Descartes, Principes de la philosophie

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : La vérité
Type : Explication de texte | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine

 

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France métropolitaine • Juin 2016

explication de texte • Série ES

Descartes

Expliquer le texte suivant :

[…] Parce que nous savons que l’erreur dépend de notre volonté, et que personne n’a la volonté de se tromper, on s’étonnera peut-être qu’il y ait de l’erreur en nos jugements. Mais il faut remarquer qu’il y a bien de la différence entre vouloir être trompé et vouloir donner son consentement à des opinions qui sont cause que nous nous trompons quelquefois. Car encore qu’il n’y ait personne qui veuille expressément se méprendre, il ne s’en trouve presque pas un qui ne veuille donner son consentement à des choses qu’il ne connaît pas distinctement : et même il arrive souvent que c’est le désir de connaître la vérité qui fait que ceux qui ne savent pas l’ordre qu’il faut tenir pour la rechercher manquent de la trouver et se trompent, à cause qu’il les incite à précipiter leurs jugements, et à prendre des choses pour vraies, desquelles ils n’ont pas assez de connaissance.

René Descartes, Principes de la philosophie, 1644.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

Descartes problématise le thème de l’erreur. Comment se fait-il que nous nous trompions ? La réponse paraît aller de soi. L’erreur est due à l’ignorance sous ses différentes formes : le préjugé, l’illusion due à la puissance de nos désirs, la certitude d’avoir un savoir que l’on n’a pas.

Or Descartes n’accepte pas ces idées. L’erreur est, selon lui, un acte de la volonté. Dès lors, elle semble inexplicable car nul n’a la volonté de se tromper. Pourtant, il est clair que l’erreur existe. Il faut donc rendre compte du problème suivant : l’erreur peut-elle venir de la volonté sans être cependant délibérée ?

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

Le texte est divisé en trois parties. La première pose le problème en mettant en avant le lien entre l’erreur et la volonté.

La deuxième apporte une réponse en distinguant deux usages de la volonté (« Mais il faut remarquer […] distinctement »).

La dernière partie apporte une précision importante, en soulignant que l’erreur est parfois due à un désir de vérité qui ne sait pas se discipliner. La démarche argumentative est claire. Descartes raisonne de façon linéaire. À la position du problème succède sa résolution par la mise en lumière progressive du rapport de la volonté à la raison et au désir.

Éviter les erreurs

Il ne faut pas parler de l’erreur en général. De même, la notion de volonté ne doit pas être prise dans un sens vague mais définie comme un pouvoir de décision.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Conseil

Montrez ce qui motive la réflexion de l’auteur.

L’erreur est un phénomène répandu et aisément constatable. Chacun l’a vérifié à ses dépens. Mais quelle est sa cause ? On s’accorde volontiers à dire qu’elle est due à un mauvais jugement dicté par nos sens ou par nos sentiments. Les choses semblent donc claires. Or Descartes ne s’en tient pas à cette thèse. Le jugement est, selon lui, un acte de la volonté. Il faudrait ainsi croire que nous nous trompons volontairement. Mais cette idée est absurde. Qui, en effet, pourrait vouloir se tromper ? Il faut donc, pour dénouer ce problème, éclairer le sens de notions employées, à commencer par celles de volonté et d’erreur dont les relations ne sont pas simples.

1. La position du problème

A. L’étonnement initial

Conseil

Soulignez la progression du problème.

Descartes commence sa réflexion en admettant qu’il est légitime de s’étonner de l’existence de l’erreur que nous rencontrons dans nos jugements. Pourquoi cet étonnement ? Nous sommes habitués à croire que nos sens ou notre imagination peuvent nous faire mal juger. Les illusions d’optique ou les représentations issues de nos désirs en témoignent. Mais Descartes ne se satisfait pas de cette pensée. L’erreur doit être référée à une décision de la volonté. Cette faculté nous permet de juger, c’est-à-dire de décider. Vouloir c’est choisir, donc affirmer, nier, ou rester délibérément dans le doute en attendant d’avoir des idées plus nettes. Descartes l’a fortement souligné dans les Méditations métaphysiques en soutenant que la volonté est absolument libre d’arbitrer sur tous les sujets. L’erreur est le fait d’un usage de notre libre arbitre qui, n’étant déterminé par rien d’autre que lui-même, peut juger comme il l’entend. Celui qui juge sépare le vrai du faux ou le juste de l’injuste. Il est toujours possible qu’il se trompe en accordant sa confiance à ce qui ne le mérite pas et, inversement, qu’il rejette ce qui devrait être choisi.

B. Une contradiction apparente

Tout semble clair. Or, surgit ici une difficulté de taille que Descartes met en relief : « Personne, note-t-il, n’a la volonté de se tromper ». Vouloir le faux est un acte contradictoire. On peut concevoir que quelqu’un se trompe par ignorance comme celui qui emprunte une mauvaise route. Mais il est clair que son erreur est involontaire. Le cas est semblable pour celui qui commet une erreur parce qu’il a été trompé, à cette seule différence que son ignorance a été exploitée par autrui. La naïveté, l’insouciance sont autant de causes possibles de l’erreur mais ici le cas est différent. Descartes soutient que celui qui se trompe le veut. Il ferait donc le choix de se tromper comme quelqu’un qui se ment à soi-même par mauvaise foi. Or l’expérience dément cette possibilité. Comment d’ailleurs se tromper si on sait que l’on se trompe ?

[Transition] Ainsi s’explique l’étonnement qui donne son impulsion au texte. Voyons comment la suite résout cette difficulté.

2. La première résolution du problème

A. Une attitude absurde

Info

Il est toujours bon de faire ressortir un contraste car cela donne à penser.

Descartes insiste. Nul ne veut « expressément se méprendre ». Ce serait arbitrer contre soi en connaissance de cause. L’erreur est un signe d’imperfection. Commettre une erreur est toujours une marque de faiblesse qui nous expose à des déconvenues, voire à la malignité d’autrui. Or, qui voudrait vraiment s’affaiblir ? Mais l’emploi de l’adverbe « expressément » introduit une nuance de taille. Personne ne veut délibérément se tromper. Les choses deviennent ainsi plus claires. La raison s’accorde avec l’expérience. Il faut donc chercher la cause de l’erreur dans un mauvais usage de la volonté.

B. Une attitude très répandue

Conseil

Donnez un exemple même si le texte n’en comporte pas.

Descartes expose maintenant une attitude très répandue et qui donne la première réponse au problème. Il note que la très grande majorité des hommes acquiesce à ce qu’elle « ne connaît pas distinctement ». Les jugements ont lieu sur la base d’idées confuses. Nos représentations ne sont pas toutes d’égale qualité. Une idée mal analysée contient des imprécisions, des éléments inaperçus. Dès lors, notre volonté juge sans connaître suffisamment son sujet. Elle se laisse prendre au piège des ressemblances.

La théorie des animaux-machines en donnera un exemple frappant. Nous attribuons une âme aux animaux car nous nous fondons sur des similitudes de comportement alors que tout, en eux, s’explique mécaniquement.

Cette thèse est importante car elle sous-entend que la pensée cartésienne de la vérité et de l’erreur nécessite la prise en compte d’une autre faculté, la raison ou l’entendement. La volonté décide mais à partir des idées que lui présente l’entendement. Il faut donc veiller à la qualité de nos représentations car elle conditionne celle du jugement. Descartes indique ainsi un défaut courant. Nous avons tendance à juger de façon hâtive.

3. La deuxième résolution du problème

A. Le désir de vérité

L’explication de l’erreur s’enrichit en introduisant un autre élément à première vue surprenant : « le désir de connaître la vérité ». La notion de désir montre que la recherche de la vérité n’est pas le seul fait d’une intelligence purement rationnelle. Il faut être attiré par la connaissance, estimer que la possession du vrai nous sera bénéfique. Nous retrouvons ici l’origine même du mot philosophie. Le savoir est aimé, nous faisons effort pour l’acquérir car nous estimons que c’est un bien précieux, et Descartes n’hésitera pas à dire que celui qui vit sans philosopher est semblable à un homme qui garde les yeux fermés. Le désir de vérité est le moteur qui anime notre quête et nous pousse à surmonter les obstacles.

Descartes, tout en l’admettant, nous met cependant en garde. Il ne suffit pas d’avoir une intention droite pour qu’elle se réalise correctement. L’élan du désir peut même devenir une source d’erreur car il entraîne la volonté à des jugements précipités. Notre ardeur à vouloir posséder la vérité hâte notre jugement. Ce point est extrêmement important. Nous nous trompons parce que nous jugeons à partir d’idées qui sont claires, c’est-à-dire vives, sans être distinctes. La vivacité d’une représentation est dangereuse dans la mesure où elle nous fait croire que nous connaissons précisément toutes les propriétés de son objet.

Conseil

Ménagez des transitions, faites le point.

Descartes a donc identifié les causes de l’erreur. Il va dans un dernier temps indiquer la façon d’y remédier.

B. La méthode contre la précipitation

La précipitation est, avec la prévention due aux préjugés, la source de l’erreur dans nos jugements. Descartes leur oppose la nécessité de procéder avec méthode. La recherche de la vérité n’aboutira jamais si elle ne se fait pas suivant l’ordre qui convient au sujet. Manquer d’ordre est dommageable à plusieurs titres. Nous dilapidons nos capacités et nous confondons le faux et le vrai. Ce point est si important pour Descartes que deux de ses ouvrages, Les Règles pour la direction de l’esprit et le Discours de la méthode, y sont consacrés. Celui qui recherche sans règles est comparable à un homme qui pense trouver un trésor en courant par les rues avec l’espoir que le hasard le favorise. Cette métaphore nous fait comprendre qu’il ne faut pas juger à l’aveuglette en s’en remettant à la chance. Quant à la méthode, il s’agit, au sens étymologique, d’un chemin qui nous guide tel un fil d’Ariane, à travers la diversité des choses à connaître. Elle nous enseigne à faire le meilleur usage possible de notre volonté et de notre entendement.

Conclusion

Ce texte nous montre la clarté et la complexité de la thèse cartésienne touchant les causes de l’erreur. Celle-ci est toujours le fait de la volonté. Nous sommes alors responsables de nos jugements mais la qualité de nos décisions est conditionnée par les analyses de notre raison. Nos idées doivent être aussi claires et distinctes que possible afin que nous puissions séparer correctement le vrai du faux. C’est également à cette condition que le désir de vérité, qui est bon en soi, pourra être le moteur de jugements exacts et non précipités. La connaissance de la vérité demande donc une collaboration intelligente entre nos facultés.