Deux élèves s'opposent sur leur conception de la poésie : les deux points de vue évoluent en se nuançant

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re S - 1re ES | Thème(s) : L'écriture d'invention - Écriture poétique et quête du sens
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : Moyen-Orient
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Célébrer la vie
 
 

Célébrer la vie • Invention

Poésie

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Liban • Mai 2013

Série ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> Dans le cadre d’un débat organisé par le club poésie de leur établissement, deux élèves discutent et s’opposent : l’un part de l’idée que les plus grands textes expriment des sentiments souvent douloureux, l’autre trouve cette conception de la poésie trop réductrice. Au fil des échanges, les deux points de vue évoluent en se nuançant.

Comprendre le sujet

Faites la « définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Débat (genre) dans lequel deux élèves argumentent sur (type de texte) leur conception de la poésie (thème), pour déterminer si son rôle est seulement d’exprimer des sentiments douloureux (buts).

Chercher des idées

Le fond : deux thèses s’opposent

  • Thèse 1 : rapprochement entre poésie et souffrance
  • La poésie est propre à l’expression des sentiments : le poète exprime son moi intérieur.
  • La poésie n’est pas affaire de raison ou de logique, elle est irrationnelle.
  • La vie est souffrance, la poésie apporte des remèdes aux maux de la vie.
  • La poésie sublime la douleur, sert de remède.
  • Thèse 2 : autres conceptions et fonctions de la poésie
  • Décrire : le poète latin Horace définit la poésie comme une « peinture ».
  • Créer un nouveau langage en travaillant ou en jouant avec les mots.
  • Mettre en valeur des idées, exprimées avec plus de force et d’intensité que par la prose, défendre des idées : c’est la poésie engagée.
  • Recréer le monde ou créer un monde nouveau.
  • Jouer un rôle d’évasion.
  • « Dévoiler » la face cachée du monde (le poète est un « voyant »).
  • Constituez-vous une liste de poèmes illustrant la thèse 1 et une autre illustrant les fonctions de la poésie retenues dans la thèse 2. Ces exemples donneront à votre écriture d’invention son efficacité argumentative.

La forme : les choix à faire

  • La personnalité des interlocuteurs : il ne s’agit pas de rédiger un devoir argumentatif du type dissertation, mais de faire sentir la personnalité des élèves ; le dialogue doit avoir la spontanéité et la vivacité de la vie.
  • L’issue du débat : les interlocuteurs peuvent finir par tomber d’accord.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Nous ne donnons ici qu’un extrait de dialogue possible.

Toscane. – […] Pour moi, poésie et sentiments vont de pair : la poésie n’est pas une affaire de raison, mais d’affectivité. Tu remarqueras que le siècle des Lumières n’a pas produit de grands poètes – Chénier peut-être… C’est que les philosophes considéraient la poésie comme un genre ennemi de la clarté et de la raison. Tandis que le xixe siècle !... Écoute Musset repousser dans la Nuit de mai les genres que la Muse lui propose : poésie purement plastique, épique, philosophique… Pour lui, la vraie poésie naît de la souffrance, semblable à celle du Pélican qui regarde « couler sa sanglante mamelle… », et « rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur ».

Conseil

Apprenez des poèmes : ils vous serviront comme exemples précis, indispensables pour alimenter une écriture d’invention argumentative à teneur littéraire.

Ambre. – Tu connais ça par cœur ? Bravo ! Hé bien, tu vois, moi, je pense que le poète ne doit pas être replié sur lui-même ; comme il est plus clairvoyant que le commun des mortels, il doit prêter sa voix aux autres, s’engager et oublier sa propre souffrance pour « éclairer » le « peuple », comme dit Hugo. Pense aux Châtiments, véritable coup de poignard à la tyrannie de Napoléon III.

Toscane. – Mais, au fond, cette poésie-là aussi parle de souffrance. Pas directement de celle du poète, mais de celle des victimes : poésie engagée et poésie de la douleur ne sont pas si éloignées que ça.

Ambre. – Mais le poète doit avant tout être tourné vers les autres, ceux qui n’ont ni son talent ni son génie pour faire entendre leur voix…

Toscane. – Je veux bien, mais pour parler pour les autres, il faut d’abord bien se connaître, puiser dans son moi intime. Et puis, la poésie engagée est parfois trop enracinée dans le quotidien, elle risque de se périmer… Elle ne plonge pas dans les tréfonds de l’être. Le poète doit chercher en lui ce qui fait la richesse affective de l’homme… Et puis, souvent, la douleur inspire des poèmes sublimes : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,/ Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots ».

Ambre. – Encore Musset !

Toscane. – Bon… J’aurais tout aussi bien pu te citer Gautier, pour qui « Il faut qu’il [le poète] ait au cœur une entaille profonde/ Pour épancher ses vers, divines larmes d’or » (« Le Pin des Landes »).

Ambre. – Encore un romantique… mais nous ne sommes plus au xixe !

Toscane. – Hé bien alors, Cadou qui doit ses plus beaux vers à la mort de son père (« Tu n’es plus là mon père… ») ou Jaccottet… il est encore vivant, lui ! tu ne peux pas me dire que c’est une conception vieillotte de la poésie !

Ambre. – Mais c’est là une idée noire de la poésie ! Moi j’aime la poésie joyeuse, celle qui célèbre la vie, celle qui joue avec les mots et me fait rire : les inventaires à la Prévert, les facéties de Max Jacob (souviens-toi, on les apprenait en primaire…) : « Les manèges déménagent/ Ménager manager/ De l’avenue du Maine/ Qui ton manège mène/ Pour mener ton ménage ! » et même Pierre de Marbeuf en 1628 : « Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage…/ Et la mer est amère, et l’amour est amer… »

Toscane. – Alors là, tu donnes des verges pour te faire battre ! Ton dernier exemple montre justement que l’expression de la douleur et le jeu sur le langage ne sont pas incompatibles en poésie. Tu vois bien que j’ai raison !

Ambre. – D’accord, mais je pense que le poète doit aussi montrer la beauté de la vie et savoir, pour parodier un poète célèbre, « inviter au voyage » !

Toscane. – Entièrement d’accord, mais n’oublie pas que ces beaux paysages, ces envolées dans l’azur… Baudelaire en puise l’inspiration dans son fameux spleen et qu’ils lui servent d’exutoire. D’ailleurs, il a une expression géniale pour expliquer ça : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or »… La boue, c’est aussi la douleur ; le poète transforme la laideur en beauté.

Ambre. – Écoute, au fond nous sommes un peu d’accord : nous ne pensons ni l’une ni l’autre que le poète doit se complaire dans sa souffrance, l’intensifier, et dresser un tableau noir du monde. Il doit la transformer, la purifier…

Toscane. – Oui, c’est exactement ça… […]