Deux hommes de théâtre échangent leur point de vue sur la manière dont ils souhaitent mettre en scène le texte de Victor Hugo...

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les scènes de révélation
 
 

Les scènes de révélation • Invention

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Théâtre

24

CORRIGE

 

France métropolitaine • Septembre 2013

Séries ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> Deux hommes de théâtre échangent leur point de vue sur la manière dont ils souhaitent mettre en scène le texte de Victor Hugo. L’un est favorable à une mise en scène sobre et dépouillée, l’autre est d’un avis contraire. Sous la forme d’un dialogue, ils développeront et justifieront leurs choix.

Comprendre le sujet

  • Sujet : « la mise en scène du texte de Hugo ».
  • Genre : « dialogue ». Respectez-en les caractéristiques formelles.
  • Type de texte : « point de vue, favorable, avis contraire, justifieront leurs choix » indiquent que le texte est argumentatif.
  • Situation d’énonciation : « deux hommes de théâtre ».
  • Niveau de langue : assez soutenu, les deux personnages sont cultivés.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.
 

Dialogue (genre) entre deux hommes de théâtre (situation d’énonciation) qui argumentent sur (type de texte) la mise en scène d’une scène du Roi s’amuse (thème) ? (registre) pour montrer qu’une même scène permet des mises en scène très variées, voire contradictoires (buts).

Chercher des idées

  • Définissez les deux types de mises en scène suggérées : « sobre » = austère, mesurée ; antonymes : grandiose, chargée, complexe…
  • Thèses en présence : il faut jouer la scène : 1. sans exagération (scénographie et jeu des acteurs) ; 2. de manière ostentatoire et passionnée.
  • Cherchez des arguments pour soutenir les deux thèses.
  • Faites ensuite une analyse précise du texte de Hugo.
  • Rafraîchissez vos connaissances sur le drame romantique.

Faire des choix

  • L’identité des interlocuteurs : acteurs, metteurs en scène ou scénographes. Vous pouvez opter pour des personnes existant vraiment ou inventer des interlocuteurs fictifs.
  • Imaginez concrètement deux mises en scène opposées : décor, éclairage, bruitages, gestes, déplacements, attitudes et tons de Triboulet.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Matthieu Delorme était ravi : la première représentation de sa mise en scène du Roi s’amuse avait remporté un vif succès. Alors qu’il s’apprêtait à quitter le théâtre, le metteur en scène et critique Sylvain Aubert entra en trombe…

« Monsieur Aubert ! J’ignorais que vous vous trouviez dans la salle ce soir…

  • Oh non, je ne m’y trouvais pas ! et je ne compte pas m’y trouver un jour, car j’ai eu vent de la façon dont vous avez massacré le drame de Hugo, notamment les scènes 3 et 4 du dernier acte, si déterminantes… »

M. Delorme s’efforça de rester calme : se fâcher avec un collègue, qui plus est critique influent, risquait d’être fatal à sa carrière.

« Expliquez-vous, je vous prie…

  • Est-il vrai que vous avez retiré tout décor pour ne laisser qu’une fenêtre suspendue à trois ou quatre mètres du sol ?
  • Oui.
  • C’est impardonnable !… Cette pièce se déroule dans le palais de François Ier ! Le spectateur doit être plongé dans des cascades de rubans, de volants, de dorures… Et Hugo ne me démentirait pas, lui qui était si soucieux de reconstituer la couleur historique dans ses drames – l’Espagne de la Renaissance dans Hernani, par exemple…
  • Moi, coupa M. Delorme, je préfère une interprétation sobre…
  • Mais vous n’avez que ces mots-là à la bouche, vous les metteurs en scène “à la page”, et vous arrivez à trahir toutes les pièces avec votre sobriété !
 

Conseil

Donnez à votre dialogue vivacité et rythme. La personnalité des interlocuteurs doit apparaître dans leur façon de parler.

  • Trahir ?
  • Oui, Monsieur ! Hugo explique dans sa préface de Cromwell qu’on doit rester fidèle aux costumes et aux décors d’époque. Vous avez trahi Hugo ! »

Le regard du metteur en scène s’alluma :

« Non, Monsieur, je le défends au contraire ! Le drame romantique est une tentative pour rompre avec tout l’attirail des conventions théâtrales (trois unités, bienséance…). Disloquer l’alexandrin, mélanger le sublime et le grotesque, tout invite à l’audace !

  • Soit, mais cela date. Pourquoi avez-vous ignoré les didascalies qui placent sur scène une « maison dont la fenêtre supérieure est seule ouverte » ? Même une toute petite maison aurait fait l’affaire…
  • Les seuls éléments qu’exige le texte, sont une fenêtre et un sac…
  • Oui, mais un simple cadre de fenêtre suspendu sans maison autour… Le spectateur ne peut pas y croire, il ne peut pas entrer dans l’illusion théâtrale !
  • Vous ne comprenez pas mes choix. Dans ces deux scènes, le plus important, ce sont les émotions. J’ai supprimé tout décor car la douleur d’un père face au corps sans vie de son enfant n’est pas spécifique à l’époque de François Ier. Le spectateur doit oublier le contexte historique et être pris par la tragédie qui s’abat sur Triboulet. Aucun meuble, aucun accessoire… Seuls ses mots déchirants doivent résonner dans le silence et dans le vide.
  • Soit, mais alors pourquoi ne pas avoir choisi une musique dramatique pour faire écho au désespoir du bouffon ? Et pourquoi ne pas avoir poussé à l’extrême le jeu de l’acteur pour rendre compte d’une douleur extrême ?
  • Le texte de Hugo suffit ! Surjouer occulte la beauté des vers.
  • Mais tout est surjoué au théâtre ! Sans grands gestes, sans expressions appuyées, comment le spectateur du dernier rang peut-il percevoir la douleur ? Sans compter que le public d’aujourd’hui n’est pas toujours très cultivé… Il lui faut de l’exagération pour comprendre…
  • Le public de nos jours n’est pas imbécile. Il a simplement changé. Je crois qu’il est las des interprétations grandiloquentes d’un Mounet-Sully déclamant « comme un lion ». La « surthéâtralité » rompt l’illusion théâtrale. J’ai choisi de demander à l’acteur d’intérioriser ses émotions ou de les convoyer à travers un regard qui doucement s’éteint, une voix qui se brise. Ce qui suffit à bouleverser. La preuve : nous avons été fort applaudis ce soir… »

M. Delorme tendit au critique, déstabilisé, un billet pour la représentation du lendemain soir. Le critique revint au théâtre le lendemain et publia un article dithyrambique intitulé « Un Roi s’amuse étonnamment moderne ! »