Deux lecteurs débattent de ce qu’ils attendent de la fin d’un roman

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Les fins de roman
 
 

Les fins de roman • Invention

Le roman

fra1_1206_13_11C

 

Polynésie française • Juin 2012

Le personnage de roman • 14 points

Écriture d’invention

> Deux lecteurs débattent de ce qu’ils attendent de la fin d’un roman. L’un préfère une fin heureuse, l’autre recherche des romans qui se terminent de façon tragique. Vous rédigerez leur dialogue en veillant à argumenter vos propos. Vous vous appuierez sur des exemples précis et vous emploierez un niveau de langue correct.

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour en cerner les contraintes.

  • Sujet du texte : la fin d’un roman.
  • Genre du texte à produire : un dialogue. Pensez à respecter les caractéristiques du dialogue.
  • Type de texte : « débattent », « ce qu’ils attendent de », « argumenter » indiquent que le texte est argumentatif.
  • Situation d’énonciation : deux lecteurs de romans débattent.
  • Niveau de langue : courant ou soutenu, car il s’agit d’une discussion entre personnes relativement cultivées (lecteurs).
  • Faites la « définition » du texte.

Dialogue (genre) argumentatif (type de texte) sur les fins de roman (thème), pour défendre son point de vue sur les qualités nécessaires à une bonne fin de roman (but).

Chercher des idées

Les choix à faire

  • L’identité des interlocuteurs : des adultes ? des adolescents ? Leur personnalité doit transparaître dans leurs propos.
  • Le registre : comme les deux interlocuteurs sont en désaccord (« débattent »), le dialogue peut être polémique.

Le fond : thèses, arguments, exemples

  • Le sujet, du point de vue du fond, est très proche de la dissertation (sujet précédent). La partie I de la dissertation est proche de la thèse du premier interlocuteur, la partie II de celle de son contradicteur. De nombreux arguments et exemples de la dissertation peuvent être repris.
  • Mais précisez les notions en jeu : il s’agit ici de traiter de la fin tragique (et non plus précisément de la mort) et de la fin heureuse (bonheur familial, paix ou sérénité retrouvée, réussite professionnelle, etc.).
  • Exemples de romans à fin heureuse : Orgueils et Préjugés (Austen), Bel-Ami (Maupassant), Au Bonheur des dames (Zola), Olivier Twist (Dickens), Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo (Dumas), La Peste (Camus), Sans famille (Malot) et tous les romans « à l’eau de rose ».

La forme : le naturel d’une conversation

Attention ! Vous devez argumenter avec le ton naturel d’une conversation qui ne doit pas suivre le plan rigoureux d’une dissertation, mais être construit sur une succession de répliques (argument/contre-argument) et avoir la dynamique d’un dialogue.

>Réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Voici un extrait qui ne comprend que quelques arguments. Rédigez de la même façon l’ensemble.

Toscane. – Pourquoi les professeurs ne nous proposent-ils que des romans qui se terminent mal ? Mon Dieu ! Zola ! Thérèse Raquin, tu l’as lu ? Trois morts : le mari assassiné, la femme et l’amant suicidés ! Rien que ça ! Je n’en peux plus de ces malheurs qui s’entassent… Je n’ai lu que quelques-uns de ses romans, mais j’arrêterai là : ils sont trop déprimants.

Raphaël. – C’est que tu n’as pas dû lire Au Bonheur des dames : le roman se termine sur la réussite professionnelle d’Octave Mouret, qui a su donner une nouvelle dimension au commerce et contemple son magasin avec la satisfaction d’un général vainqueur.

Toscane. – Oh mais je suis sûre que ce doit être le seul !

Raphaël. – Eh bien, moi, je préfère de loin les fins tragiques… Tu dois sans doute préférer les romans à l’eau de rose de la collection Harlequin, où l’on file le parfait amour… Romans complètement mièvres et niais !

Attention

Dans une écriture d’invention, comme dans une dissertation, il ne suffit pas de citer un titre d’œuvre ; il faut la qualifier par quelques mots qui en donnent la teneur ou en soulignent les caractéristiques intéressantes par rapport à l’argument à soutenir.

Toscane. – Tu ne peux pas dire que Regain de Giono soit de la sous-littérature ! C’est poétique : l’auteur pose des questions fondamentales et pourtant le roman se termine bien. Panturle a réussi à surmonter les épreuves, sa femme attend un enfant et il fait revivre son village…

Raphaël. – Au fond, c’est le fameux « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » des contes de fées ! C’est bien pour les romans pour la jeunesse ou les romans d’aventures du type feuilletons à la Dumas. Mais ce n’est pas la vraie vie, ça ! Or, une des fonctions du roman, c’est de nous faire voir la réalité et de nous permettre de mieux la comprendre. Moi, je préfère une fin cohérente avec l’ensemble du roman. Tu imagines Laurent et Thérèse filant le parfait amour, après avoir tué Camille ? Ce serait immoral…

Toscane. – Cela fait aussi plaisir de voir que certains personnages qui se sont battus finissent par connaître le bonheur : Rieux, par exemple, dans La Peste, fait comprendre qu’il est bon de retrouver une ville débarrassée de la maladie et de pouvoir profiter à nouveau du soleil et de la mer… C’est réconfortant ! Tu ne vas tout de même pas me dire que la fin de La Peste est immorale ?

Raphaël. – Non, mais souvent, une fin heureuse déçoit… Pour moi, cela décrédibilise les personnages et le roman tout entier. Regarde la fin d’Harry Potter… À la fin du roman, le lecteur laissait les personnages blessés, sur un champ de bataille. Normal, cohérent, logique… Et puis voilà que l’auteur rajoute un épilogue : dix-neuf ans après, les personnages adultes sont mariés, heureux avec des enfants… Ça détonne…

Toscane. – D’accord, c’est un peu brutal… Mais à l’inverse, certains romanciers tuent systématiquement leur personnage juste pour créer de l’émotion, et cela vient parfois comme un cheveu sur la soupe !

Raphaël. – Écoute, je crois qu’on est en train de poser un faux problème. La qualité d’une fin de roman ne tient pas au fait que ça termine bien ou mal. Une bonne fin, c’est une fin qui est en phase avec le reste du roman. D’ailleurs, quantité de dernières pages de roman ne sont ni tout à fait tragiques ni tout à fait heureuses. Tiens, par exemple, la fin des Misérables

Toscane. – Tu as sans doute raison.