Deux lycéens confrontent leurs points de vue sur le rôle du voyage pour nourrir l’inspiration poétique

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Année : 2015 | Académie : France métropolitaine
Corpus Corpus 1
Le voyage

France métropolitaine 2015, série L • Invention

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CORRIGE

France métropolitaine • Juin 2015

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Deux lycéens confrontent leurs points de vue sur le rôle du voyage pour nourrir l’inspiration poétique : l’un estime le voyage indispensable, l’autre lui oppose que l’on peut faire œuvre poétique sans avoir voyagé. Imaginez ce dialogue, au cours duquel chacun de vos personnages développe des arguments qui s’appuient sur les textes du corpus, sur ceux que vous avez étudiés en classe et sur vos lectures personnelles.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre : « dialogue ». Respectez-en les caractéristiques formelles : guillemets, alternance de prise de parole.
  • Sujet du dialogue : « rôle du voyage dans l’inspiration poétique »
  • Type de texte : « confrontent leur point de vue », « estime », « lui oppose ». Le texte est argumentatif. Les deux interlocuteurs ont des thèses opposées. L’une des thèses soutenues est : « Les poètes doivent trouver leur inspiration en voyageant ». L’autre thèse est : « Il n’est pas indispensable de voyager pour trouver l’inspiration poétique. »
  • Situation d’énonciation : Qui ? à qui ? « deux lycéens »
  • Niveau de langue : correct. L’expression doit avoir la vivacité de l’oral, sans être familière.
  • Le registre ne vous est pas indiqué.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Dialogue (genre), qui argumente sur (type de texte) le rôle / la nécessité du voyage pour nourrir l’inspiration poétique (thème), ? (registre), vivant, documenté (adjectifs), pour déterminer la source de l’inspiration poétique (buts).

Chercher des idées

Peu de choix à faire

  • L’identité des interlocuteurs : vous pouvez choisir des élèves de 1re qui ont cette discussion en rapport avec leur programme de français pour le baccalauréat.
  • Le registre : comme les deux interlocuteurs sont en désaccord, le dialogue peut être polémique. Leur enthousiasme rendra, par moments, les adolescents lyriques.

Le fond : thèses, arguments, exemples

  • Le sujet, du point de vue du fond, est une dissertation « déguisée » en dialogue.
  • Il s’agit non pas de constater que la poésie fait voyager (point de vue du lecteur) mais de discuter du voyage comme source d’inspiration nécessaire (point de vue du poète). Par ailleurs, au départ de la discussion, il s’agit du voyage au sens propre (dans d’autres lieux), même si, au fil de la discussion, la notion de voyage peut être élargie (prise au sens figuré).

La forme, l’écriture : le naturel d’une conversation

  • Le dialogue suit un fil conducteur, les répliques doivent se suivre logiquement.
  • Vous devez « habiller » les arguments avec le ton naturel d’une conversation pas de « plan » rigoureux comme dans une dissertation mais une succession de répliques (argument/contre argument) qui a la dynamique d’un dialogue.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Voici un extrait qui ne comprend que quelques arguments. Rédigez de la même façon l’ensemble en développant d’autres exemples.

Deux lycéennes viennent de passer plusieurs semaines à confectionner leur anthologie poétique (à présenter à leur oral de français au baccalauréat) sur le thème du voyage…

Toscane. – Quelle idée de nous avoir imposé un thème ! C’est très réducteur, ça ne permet pas de donner une idée complète de la poésie. Comme s’il fallait avoir toujours sa valise prête et devenir une madone des aéroports pour être bon poète ! Ça ne t’a pas gênée, toi ?

Ambre. – Pas trop… Moi, tu sais, j’aime les voyages ! Depuis toute petite, j’ai bourlingué avec ma famille et cela m’a mis plein de belles images dans la tête. Le voyage, surtout dans l’enfance, est une source inépuisable de souvenirs qui viennent ensuite nourrir la poésie ultérieure et intérieure. Regarde, Saint John Perse a passé ses premières années dans les Caraïbes et pour lui la tâche du poète est de dresser l’inventaire inépuisable des étranges beautés du monde. Supervielle, lui qui a vécu en Uruguay, explique que « Dehors, dedans, ce sont des mondes/ Dont les silences se répondent […] à l’abri dans les profondes températures de l’homme, tout un cosmos avec ses astres et ses vertiges. » C’est l’énorme respiration de la mer qui se donne à entendre à travers leur poésie.

Toscane. – Oh la la ! Tu te prends pour un poète, ma parole ! Tu vas donc devenir poète comme eux !

Ambre. – Ne te moque pas ! La poésie, c’est un immense musée, plein de tableaux de paysages exotiques et exaltants… Des poètes voyageurs, « madones des aéroports » comme tu dis ironiquement, je peux t’en dresser une sacrée liste. Rappelle-toi Cendrars, qu’on a étudié cet hiver. Lui, dès quinze ans il quitte les siens et court aux quatre coins du monde par amour des espaces que le bateau, le train, l’avion ont ouverts. Et plus tard il nous donne La Prose du Transsibérien, rien moins que ça ! D’ailleurs, tiens : je te disais « poésie égale peinture »… Hé bien sa longue « Prose » a été magnifiquement illustrée par un tableau de Sonia Delaunay aux couleurs éclatantes, exubérantes : un enchantement pour l’oreille et l’esprit couplé avec un enchantement pour les yeux ! Pour devenir poète, il faut faire comme les peintres de la Renaissance qui devaient faire leur séjour en Italie au moment de leur formation pour s’éduquer l’œil au contact de la beauté des paysages…

Toscane. – Encore faut-il pouvoir se les payer, les voyages ! Et si on n’a pas de quoi s’acheter un billet pour l’Amazonie ou les Caraïbes ? Non, non, pas besoin d’aller si loin pour savoir décrire de beaux paysages ou raconter des expériences exotiques ! Tu me donnes un exemple de peintre, en voici un autre : le Douanier Rousseau n’a pas dépassé le Jardin des Plantes pour imaginer le tigre dans la jungle ou la charmeuse de serpent. Pareil pour Leconte de Lisle : il est né à la Réunion, mais il a vécu en métropole… Et pourtant, il a écrit des poèmes magnifiques « Le sommeil du condor », « Le rêve du jaguar », fruits de son imagination.

Ambre. – Chacun ses goûts ! À mon avis, c’est un danger pour l’inspiration de rester enfermé dans sa tour d’ivoire. Comme le disait Montaigne, il faut « frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ». En voyageant, le poète ouvre son imaginaire, il rencontre d’autres cultures, d’autres hommes, il enrichit sa sensibilité…

Toscane. – Montaigne ! Encore le xvie siècle ! Atterris, si je peux me permettre ce mauvais jeu de mots… On est au xxie siècle !

Ambre. – Lis donc Maulpoix. « Je m’en suis allé de par le monde, à la recherche de mes semblables : les inconnus, […], les hommes en vrac. » C’est un poète encore vivant qui écrit ça ! De tels « bourlingages » peuvent même paradoxalement inspirer une poésie engagée quand le poète découvre la réalité du monde…

Toscane. – Prévert n’a pas eu besoin d’aller au Brésil pour écrire « Les enfants d’Aubervilliers » et dénoncer leur misère, ni pour prendre la défense de la nature dans « Arbres ». Jacques Réda, c’est en sillonnant Paris en mobylette qu’il trouve l’inspiration ! Mon idée, c’est que le voyage risque d’altérer l’inspiration et de détourner de la quête de soi. Sans compter que tu risques de tomber dans un exotisme de pacotille… Et puis les poètes-voyageurs, ils en reviennent de leurs voyages… et ils aspirent au retour. Du Bellay, Lamartine, même Rimbaud, « l’homme aux semelles de vent » ; il revient en Europe et il abandonne la poésie : « je ne me soucie plus de tout ça » ! Il choisit le vrai voyage mais, du coup, il n’écrit plus… finalement, ses fugues autour de Charleville ont été plus fécondes que les courses autour du monde…

Ambre. – Un poète peut très bien combiner plusieurs sources d’inspiration… et nourrir sa poésie de voyages mais aussi de son monde intérieur ?

Toscane. – Tu n’as pas totalement tort… Mais permets-moi de te dire « chapeau » pour toutes ces citations que tu connais par cœur… Tu y passes tes soirées ?

Ambre. – Ben non, mais quand j’ai dû faire la préface de mon anthologie, j’en ai récolté quelques-unes qui me paraissent intéressantes et… utiles pour le bac !

La discussion s’est prolongée fort tard et les anthologies ont eu le plus grand succès…