Deux regards sur l’Afrique

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Afrique : les défis du développement
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Deux regards sur l’Afrique
 
 

L’Afrique : les défis du développement

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Géographie

41

CORRIGE

 

Polynésie française • Juin 2014

étude critique de documents

> Vous confronterez les représentations que les documents donnent du développement du continent africain et de son insertion dans la mondialisation.

Document 1

Couverture du magazine GEO n° 403, septembre 20121


 

1. Le mot « poudrière » évoque ici un lieu où les risques de conflits armés sont importants.

Document 2

La situation de l’Afrique en 2012 selon une géographe

« L’Afrique est devenue dans les médias le continent qui gagne. […] Un taux de croissance et des investissements étrangers directs qui rappellent ceux de la Chine au début des années 2000, l’intégration de l’Afrique du Sud dans les fameux BRICS, un désendettement exemplaire, une classe moyenne équivalente à celle de l’Inde (300 millions de personnes), plus de 500 millions de téléphones portables en circulation… Les attributs de l’émergence semblent enfin réunis. […]

Pourtant, l’engouement qu’elle suscite aujourd’hui paraît aussi aveugle que l’était le catastrophisme d’hier […]. Car les lignes de faiblesse du continent demeurent : aujourd’hui, la croissance africaine n’est pas durable. L’ampleur des inégalités internes crée des tensions sociales d’autant plus fortes que les réseaux de communication et d’information mettent directement en contact des univers autrefois cloisonnés. Les Africains “du dedans”1, principalement citadins, branchés sur l’économie mondiale, vivent sur une autre planète que ces Africains “du dehors” que sont les ruraux. […]

Dans les villes, des cohortes de jeunes – deux tiers de la population a moins de 25 ans – rongent leur frein et leur rancœur, prompts à enfourcher toutes les révoltes. Dans les campagnes, l’insécurité alimentaire précarise des millions de personnes, qui ne demanderaient qu’à saisir les opportunités économiques… si elles leur étaient offertes.

L’Afrique […] reste un continent riche peuplé de pauvres, où chaque aléa naturel fonctionne comme un révélateur des dysfonctionnements politiques. Que valent les immenses richesses africaines quand plus de la moitié de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté en n’en percevant que de dérisoires miettes ? »

Sylvie Brunel, « L’Afrique est-elle si bien partie ? »,
Les Échos, 3 octobre 2012.

1. L’auteure distingue ici, parmi les Africains vivant en Afrique, ceux qui sont intégrés à la mondialisation (« du dedans ») de ceux qui ne le sont pas (« du dehors »).

Lire la consigne

  • Le sujet aborde la troisième partie du programme, consacrée aux dynamiques géographiques des grandes aires continentales. La deuxième question est consacrée à l’Afrique : les défis du développement.
  • La question du développement est majeure en Afrique, qui est toujours le continent le plus pauvre. Son insertion dans la mondialisation lui permet pourtant aujourd’hui d’accéder à des formes de développement qu’il faudra analyser ici, à travers l’étude comparée des documents.
  • Le sujet est original, puisqu’il demande de « confronter les représentations » données par les documents. Les deux documents présentent en effet des points de vue opposés.

Analyser les documents

  • Le document 1 est la couverture d’un magazine mensuel bien connu. Son titre, GEO, cache souvent un contenu plus touristique que véritablement géographique, mais les articles sont souvent de qualité. Le numéro de septembre 2012 est consacré à l’Afrique, titré « Le réveil d’un continent ». On utilisera aussi les sous-titres, qui sont autant d’arguments pro-développement.
  • Le document 2 est un article du quotidien économique Les Échos, daté du 3 octobre 2012. Son auteure, Sylvie Brunel, est une géographe souvent médiatisée, spécialiste du développement et de la faim dans le monde. Après avoir rappelé les signes de l’émergence, Sylvie Brunel critique les afro-optimistes en questionnant la durabilité de la croissance africaine.

Définir les axes de l’étude

Un premier axe devra présenter l’afro-optimisme et les réalisations d’une Afrique émergente. Une deuxième partie montrera les limites de la croissance africaine. Une troisième partie tentera de mettre en évidence, entre les deux documents, des points de convergence pour parvenir à un bilan précis du développement africain et de ses relations avec la mondialisation.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] En 1962, dans l’euphorie des indépendances africaines, un livre faisait scandale : L’Afrique noire est mal partie. À tort ou à raison, le livre de René Dumont fut considéré comme le début d’un courant afro-pessimiste, qui prévalut pendant presque un demi-siècle. Puis, au tournant des années 2000, il fallut se rendre à l’évidence : l’Afrique connaissait des taux de croissance fabuleux. Un courant afro-optimiste s’empara de la statistique.

[Présentation des documents] Le document 1 rend compte de cet afro-­optimisme. Il s’agit de la couverture du magazine GEO (septembre 2012), titré « Le réveil d’un continent ». Le document 2 est un article des Échos, daté du 3 octobre 2012. Son auteure, Sylvie Brunel, est une géographe spécialiste du développement et de la faim. Renouvelant l’afro-pessimisme, elle titre : « L’Afrique est-elle si bien partie ? »

[Problématique] Les deux documents présentent donc deux réponses opposées à la question majeure : dans quelle mesure l’insertion dans la mondialisation permet-elle un développement réel de l’Afrique ?

[Annonce du plan] L’afro-optimisme soutient d’abord que l’Afrique est en voie d’émergence. Mais l’émergence est un phénomène dual, qui marginalise autant qu’il développe. Cela dit, les représentations des documents sont partielles et méritent d’être complétées.

I. Une Afrique en émergence ?

1. Les réussites du continent noir

Le document 1 souligne les réussites du continent africain. Son sous-titre insiste sur l’idée reçue que l’Afrique aurait longtemps été « endormie ». Depuis les années 2000, le « réveil » se traduit par des taux de croissance très élevés, de plus de 5 % des PIB en moyenne, et même de 4 % par habitant. GEO insiste sur ces réussites : développement du tourisme en Namibie, développement des activités d’assemblage électronique au Kenya, boom pétrolier en Angola, richesses minérales dans la région des Grands lacs.

2. Les attributs de l’émergence

 

Info

La primarisation signifie que les exportations sont essentiellement composées de produits primaires, exportés bruts, avec pas ou peu de valeur ajoutée.

Sylvie Brunel, dans le document 2, synthétise ces arguments qui font de l’Afrique un continent émergent, selon plusieurs catégories : économique (taux de croissance, IDE), géopolitique (l’Afrique du Sud dans les BRICS), financière (désendettement), sociale (développement de la classe moyenne et explosion de la téléphonie mobile : 1 milliard d’abonnements estimés pour 2015 !). Elle rappelle également les richesses africaines : 10 à 15 % du pétrole mondial, 30 % des minerais, des terres arables encore peu exploitées. Ces ressources sont très convoitées et les exportations africaines sont fortement marquées par la primarisation. La mondialisation est à l’origine de cette croissance : les matières premières africaines sont exportées notamment vers les pays émergents, surtout la Chine.

[Transition] Est-ce donc dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en développement ?

II. Une Afrique duale

1. L’Afrique « du dedans »

 

Conseil

Cette énumération sommaire pourrait faire l’objet d’un petit schéma d’accompagnement.

D’une position relativement nuancée (ni « engouement » afro-optimiste, ni « catastrophisme » afro-pessimiste), Sylvie Brunel estime que cette croissance n’est « pas durable », car elle oppose les Africains « du dedans » à ceux « du dehors », les populations intégrées à la mondialisation et celle qui sont marginalisées. L’Afrique du dedans est surtout urbaine et connectée. Cette Afrique, c’est celle des grandes villes, notamment portuaires et aéroportuaires, où se trouvent les centres de commandement des espaces périphériques, à vocations agricole commerciale, minière ou énergétique. C’est l’Afrique de Lagos et de Johannesburg, de Luanda et de Dar-es-Salam…

2. L’Afrique « du dehors »

Mais il existe aussi une Afrique « du dehors », une Afrique marginalisée, hors de la mondialisation, où les inégalités sociales sont criantes. Deux catégories sont exclues : dans les villes, les jeunes – deux tiers des Africains ont moins de 25 ans – souvent désœuvrés, constituent autant de facteurs de trouble à la stabilité sociale, pourtant nécessaire au développement ; dans les campagnes, les populations rurales, encore largement majoritaires (60 % de la population totale), malgré une urbanisation galopante. Les campagnes sont en effet largement délaissées, avec des taux de pauvreté massifs, des agricultures souvent encore traditionnelles, des économies fragiles.

[Transition] Comment concilier ces deux visions apparemment irréductibles ?

III. Le développement africain

1. Le développement, processus du temps long

En fait, ces deux analyses ne sont contradictoires qu’en apparence. Nulle part, dans l’histoire, le développement ne s’est réalisé de façon linéaire ni uniforme. C’est un processus qui se lit dans le temps long. La croissance est inégale selon les lieux et, s’il n’y a pas de développement sans diffusion de la richesse, il n’y a pas de développement sans croissance. L’Afrique se trouve dans une phase où, pour la première fois, la croissance économique est forte. Cette croissance est un des bénéfices de la mondialisation qui insère l’Afrique dans les circuits de la division internationale du travail. Reste, dans les années à venir, à passer pour de bon de la croissance de quelques-uns au développement du plus grand nombre.

2. Des disparités géographiques à l’échelle continentale

 

Conseil

Là aussi, un schéma peut être envisagé. Tracer des contours géométriques simples pour représenter l’Afrique, colorier en noir au sud du Sahara, laisser en blanc au nord…

Par ailleurs, l’Afrique n’est pas une. D’abord, contrairement à ce que laisse supposer la couverture de GEO, l’Afrique ne peut se réduire au « continent noir ». Il existe une « Afrique blanche » au nord du Sahara. L’Afrique est plurielle et les niveaux de développement ne sont pas homogènes dans l’espace. L’Afrique septentrionale et australe est ainsi sensiblement plus développée que l’Afrique occidentale ou orientale. La bande sahélienne, par exemple, ne compte que des PMA (pays les moins avancés). Ainsi, une analyse à l’échelle continentale est nécessairement réductrice.

Conclusion

L’étude des documents confirme donc l’insertion de l’Afrique dans la mondialisation et la croissance économique, puis le développement, qui en résultent. Entre afro-optimisme et afro-pessimisme, une analyse nuancée permet de voir toute la réalité du développement en cours, mais aussi tout le chemin qui reste à parcourir. L’Afrique, dont on a vu qu’elle était diverse, est donc dans une phase de développement qui reste à amplifier, à diffuser à toutes les couches de la population, à élargir à tous les territoires.