Deux visions du projet d’une Europe politique au début des années 2010

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Gouverner à l'échelle continentale : le projet d'une Europe politique depuis 1948
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2015 | Académie : Afrique
Corpus Corpus 1
Deux visions du projet d’une Europe politique au début des années 2010

L’échelle continentale

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Histoire

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Afrique • Juin 2015

étude critique de documents

> En confrontant les deux documents, expliquez quelles formes a prises la construction européenne et quelles en sont les limites.

 Document 1 La construction européenne vue par un commissaire européen

« Après être passée de six membres dans les années 1950 à 27 membres depuis 2007, l’Union européenne (UE) compte maintenant plus de 500 millions d’habitants. S’étendant de l’Atlantique à la mer Noire, elle réunit désormais les régions occidentales et orientales de l’Europe.

La Communauté économique européenne avait été créée pour favoriser la paix et la stabilité du continent, et l’objectif de l’UE conserve aujourd’hui toute la pertinence qu’il avait alors. De nouveaux membres se sont joints à l’aventure et l’UE est devenue plus prospère, plus forte et plus influente.

La politique d’élargissement de l’UE fait de l’Europe un espace plus sûr, l’accent étant mis sur la consolidation de l’état de droit, tout en favorisant la démocratie et les libertés fondamentales dans tous les pays candidats, qui sont nos voisins immédiats. L’élargissement nous permet de promouvoir nos valeurs, de défendre nos intérêts et de jouer notre rôle d’acteur mondial.

Nous défendons les valeurs qui unissent l’Europe au-delà de nos frontières, sur une scène internationale marquée par les changements et les incertitudes.

Une Union qui développe la coopération entre d’anciens rivaux tout en faisant respecter les normes les plus strictes en matière de droits de l’homme maintient l’influence nécessaire pour façonner le monde qui l’entoure. »

Stefan Füle, commissaire européen chargé de l’élargissement et de la politique européenne de voisinage (2010-2014), extrait de la préface de la brochure éditée par la Commission européenne, Comprendre l’élargissement. La politique d’élargissement de l’Union européenne, 2011.

 Document 2 Groupe de manifestants du parti UKIP à Londres en octobre 2014

Source : Lemonde.fr, 24 octobre 2014

UKIP : Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, anti-européen.

« Give us our referendum » : « Donnez-nous notre référendum ».

Brigg and Goole, Sheffield, Tewkesbury : communes britanniques.

Les clés du sujet

Analysez le sujet

L’énoncé

Le sujet ne porte par sur l’Europe mais sur « deux visions » de celle-ci. Ces visions peuvent évoquer le passé mais doivent être posées « au début des années 2010 ». À travers les points de vue illustrés par les documents, il s’agit donc d’établir un bilan. La problématique consiste à voir en quoi ces visions peuvent remettre en cause le projet communautaire.

La consigne

  • Derrière la consigne se cache une question de cours. Le « expliquez » commande d’extraire du document 1 les « formes » de la construction. Le document 2 permet d’évoquer les « limites » (une contestation du projet) qu’il faut mettre en évidence à travers les raisons des opposants et en utilisant ses connaissances personnelles.
  • Les mots « formes » et « limites » peuvent inciter à suivre un plan en deux parties ; mais la consigne commande de « confronter » les documents, terme qui impose une démarche point par point, chacun étant exposé en fonction du « pour » et du « contre ».

Les documents

Ils illustrent des points de vue opposés. Mais ils sont aussi de nature et de richesse différentes.

  • Favorable au projet, le document 1 est produit par un commissaire européen, lequel est à la fois témoin et acteur en tant que dépositaire du pouvoir exécutif. Son témoignage a vocation didactique – il est extrait d’une brochure explicative ; il n’en exprime pas moins une opinion à discuter.
  • Le document 2 est la photographie d’une manifestation. Il ne fait que témoigner d’une hostilité envers l’Europe et d’une demande de référendum sans fournir d’explication. Il faut s’appuyer sur le constat de rejet ainsi illustré pour expliquer ce dernier avec ses connaissances personnelles.

Utilisez les mots clés


Évitez les pièges

  • Évitez de faire une composition sur la construction européenne.
  • Le sujet porte sur l’Union européenne (UE), mais le document 1 évoque aussi le projet porté par la Communauté économique européenne (CEE). Ne confondez pas pour autant les deux institutions.
  • Par des renvois précis, utilisez les documents pour justifier vos développements.
  • Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) n’est qu’un exemple de parti eurosceptique. Valorisez votre copie en citant d’autres organisations comme le Front national (FN) français, le Mouvement pour une meilleure Hongrie, la Ligue du Nord en Italie, Podemos en Espagne, les partis communistes, etc.
Corrigé
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Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Contexte] L’élargissement de la communauté européenne depuis les traités de Rome de 1957 (doc. 1, § 1) témoigne de son attractivité et de sa réussite. Toutefois, depuis le « non » au Traité constitutionnel européen (TCE) des Français et des Néerlandais lors des référendums de 2005, le projet d’Union européenne (UE) est de plus en plus contesté par les populations concernées.

[Problématique] Quelles visions s’opposent sur la question ?

[Présentation des documents et annonce du plan] Le témoignage d’un commissaire européen soucieux de justifier la construction de l’UE d’une part, l’évocation d’opinions plus hostiles au projet à travers la photographie d’une manifestation organisée par un parti britannique hostile à l’Europe d’autre part, reflètent l’existence d’un débat. Celui-ci est d’autant plus vif que se succèdent depuis 2008 des difficultés économiques et sociales. Les opinions divergentes qui s’expriment sont-elles susceptibles de remettre en cause l’ambition européenne ?

I. Des valeurs bien partagées mais des frustrations citoyennes

Notez bien

Les récents conflits en Crimée et en Ukraine semblent donner raison aux pays de l’Europe de l’Est a posteriori.

  • Depuis son origine, le projet d’union vise à préserver la paix en Europe (doc. 1, § 2). Malgré la guerre des Balkans dans les années 1990, le continent a atteint cet objectif, à la grande satisfaction des peuples. Et en 2004 et 2007, les pays de l’Europe de l’Est ont adhéré massivement à l’UE pour assurer leur sécurité face à la Russie.
  • L’état de droit, la démocratie (§ 3) et le respect des droits de l’homme (§ 5) sont les conditions de toute adhésion à l’Union. Rien n’est parfait en ce domaine, mais dans tous les pays membres, les partis qui défendent ces valeurs sont largement majoritaires.
  • Cependant, loin de Bruxelles, les citoyens européens ne se sentent pas entendus par les responsables de l’organisation. Le « non » des Français et des Néerlandais au Traité constitutionnel européen en 2005 n’a ainsi pas empêché l’adoption du traité de Lisbonne en 2007, lequel reprend en grande partie le texte précédent. Le document 2 témoigne de la frustration d’électeurs qui réclament leur droit à choisir les orientations politiques de la communauté : « donnez-nous notre référendum » réclament-ils, une façon de revendiquer une « souveraineté populaire » qui leur serait confisquée.

II. Une réussite économique mais qui bute sur des limites sociales

Info

En 1951, la Communauté du charbon et de l’acier (CECA) fut la première expérience réussie, précurseur de la Communauté économique européenne (CEE).

  • Comme son nom l’indique (doc. 1, § 2), la Communauté économique européenne (CEE) avait vocation à reconstruire l’Europe et à en faire la première aire de prospérité mondiale grâce à la « coopération » entre États (§ 5). En 1990, l’objectif est atteint – l’Europe est alors le premier marché de production et de consommation mondial –, réalité justifiant les demandes d’adhésion toujours plus nombreuses : l’Europe passe de 6 à 28 États entre 1957 et 2013 (§ 1).
  • La crise financière de 2008 et celle de la dette publique de nombreux États membres (Espagne, Portugal, Italie, France… et, surtout, Grèce) atténuent cependant les performances économiques de l’UE ; ces difficultés pèsent sur le niveau de vie des populations et le taux de chômage européen (9,7 % en 2015).
  • Les retards pris dans la construction d’une Europe sociale déçoivent les populations soumises à une précarité grandissante. Les différences de droits sociaux d’un État à l’autre créent des situations de concurrences déloyales et sont contestées par les organisations syndicales.

III. Des ambitions politiques communes confrontées aux intérêts nationaux

Info

Créé en 1999, le G20 rassemble huit pays industrialisés, onze pays émergents et l’UE.

  • L’Europe a l’ambition de « jouer [un] rôle d’acteur mondial » (doc. 1, § 3). Et de fait, elle est une puissance qui compte au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) avec deux membres permanents, au G7 avec quatre pays participants ou au G20 avec quatre États et l’UE elle-même.
  • Malgré la création d’un poste de président et un autre de haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’UE peine toutefois à parler d’une même voix. Ainsi, en 2003, la moitié des pays membres soutient la France dans son opposition à une intervention en Irak au nom de l’ONU, l’autre moitié soutient le projet américain d’invasion.
  • Les intérêts nationaux restent souvent prioritaires et de nombreux partis eurosceptiques comme l’UKIP (doc. 2), le Front national en France ou les partis communistes témoignent d’une adhésion encore mesurée des peuples envers une communauté à laquelle ils s’identifient mal.

Conclusion

Info

Les unionistes sont partisans d’une simple coopération économique entre États. Les fédéralistes prônent un transfert partiel de la souveraineté nationale à une Fédération européenne.

De l’Europe, il existe des visions divergentes, parfois héritières des projets concurrents (unioniste ou fédéraliste) qui existaient déjà en 1948. À celle optimiste des européistes convaincus s’opposent celles plus retenues des eurosceptiques courtisés par ceux qui rejettent l’UE. L’avenir de celle-ci reste ainsi suspendu à l’équilibre entre ces principaux courants.