Directeur d’une école de théâtre, vous devez prononcer un discours d’accueil de vos nouveaux élèves

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Le théâtre : acteur et public
 
 

Le théâtre : acteur et public • Invention

Le théâtre

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Sujet inédit

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Écriture d’invention

> Vous êtes directeur d’une école de théâtre et vous devez prononcer un discours d’accueil de vos nouveaux élèves en début d’année. Composez ce discours dans lequel vous devrez faire comprendre aux nouveaux venus leur mission d’acteurs auprès du public.

Se reporter aux textes du corpus.

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour cerner les contraintes.

  • Sujet : « la mission (= le rôle) d’acteurs ».
  • Genre du texte à produire : un « discours d’accueil ». Vous devez respecter les caractéristiques formelles de ce genre : adresse au destinataire, implication de celui qui parle et du destinataire.
  • Forme de discours (ou type de texte) : « faire comprendre » indique que le texte est explicatif. « Mission » suggère que le texte est injonctif et argumentatif ; la thèse est : « Un acteur a une mission à remplir ; je soutiens que celle-ci consiste à… »
  • Situation d’énonciation : « un directeur d’une école de théâtre », « vous » (qui va devenir « je » dans votre texte) s’adresse « aux nouveaux venus (à l’école) ».
  • Niveau de langue : correct. Pas de langage trop familier.
  • Faites la « définition » du texte.

Discours d’accueil (genre) qui explique (type de texte) le métier d’acteur (thème) et argumente (type de texte) sur la mission des acteurs (thème) pour informer et conseiller de acteurs novices (buts).

Chercher des idées

Les choix à faire

Vous devez opter pour un registre. La situation d’énonciation suggère que l’orateur peut prendre un ton didactique ; mais il peut aussi, pris par son sujet, être lyrique, et, pour détendre l’atmosphère, avoir recours à l’humour.

Le fond

  • Cherchez des raisons de féliciter ces nouveaux lauréats.
  • Pour trouver des idées, posez-vous les questions suivantes : sur quel aspect l’acteur travaille-t-il (le texte, les personnages, etc.) ? À quelles personnes a-t-il affaire (auteur, public, autres acteurs, etc.) ? Quelles relations doit-il établir avec elles ? Quelles sont les qualités d’un bon acteur ? Quels sont les dangers du métier d’acteur ?
  • Inspirez-vous des textes du corpus.
  • Pensez à utiliser dans votre discours les mots du théâtre, à citer des auteurs ou des acteurs, des pièces connues.
  • Essayez de rendre le discours dynamique, notamment en utilisant des images.

>Réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Chères lauréates, chers lauréats,

Je vais, sans complaisance, me livrer au difficile exercice du discours de bienvenue, de la scène d’exposition de cette longue pièce que sera votre carrière.

Vous avez une chance immense, vous le savez. Pourquoi ? Parce que vous serez regardés, admirés, adulés parfois, et que tous les yeux seront rivés sur vous. Parce que vous pourrez, dans votre unique existence, vivre plusieurs vies, aimer plusieurs fois, mourir cent fois et toujours renaître… Parce que vous pourrez mettre vos pas dans les traces de monstres sacrés qui vous ont précédés : La Champmeslé, Mademoiselle Mars, Kean, Sarah Bernhardt, Louis Jouvet… Vous aurez le pouvoir exorbitant de faire croire à l’incroyable, de créer le vrai avec le faux, de faire pleurer ou de faire rire, à votre guise, vous qui faites exister la pièce.

Mais, au risque de vous décevoir, je vous dirai que vous n’êtes pas le maître, vous êtes le valet, le serviteur…

Serviteur d’un auteur, d’une œuvre, d’un personnage, d’une troupe, d’un public, de la langue. Alors comment servir ces divers maîtres ?

Vous êtes les dépositaires d’un patrimoine : des centaines d’auteurs vous ont légué des milliers d’œuvres en testament ; et c’est à vous de les faire vivre, de leur donner corps. Il vous faudra servir le texte sans le trahir, savoir jouer avec lui, sans outrepasser les limites. Mais où sont ses limites ? À vous d’en avoir l’intuition… Vous devrez sentir si vous pouvez tout accepter du metteur en scène qui vous dirigera, y compris les fantaisies les plus débridées, sous prétexte d’originalité, si vous avez le droit de transformer le Tartuffe de Molière en intégriste musulman, de jouer Cyrano en baskets, de faire de dom Juan un maffieux sicilien.

Oh, certes, Molière ne viendra pas vous faire de remontrances. Non, c’est le public qui vous fera savoir si vous dépassez vos prérogatives…

Car vous êtes des intermédiaires entre le passé de l’auteur et le présent de votre public et cette fonction exigera de vous que vous sachiez respecter le passé et « adapter » au présent, « interpréter ».

Eh oui, le public lui aussi est votre maître, mais il est insaisissable et multiple : il y a dans la salle l’intellectuel puriste qui connaît par cœur la pièce et ne supporte pas qu’on trahisse Molière ; il y a l’adolescent qu’on a forcé à venir avec sa classe, qui voudrait tellement voir un nouveau dom Juan et se moque des anachronismes pourvu qu’il oublie grâce à vous que cette comédie figure sur sa liste de bac ; il y a celui qui a du mal à comprendre la langue du xviie siècle, mais qui ne demande qu’à saisir ce qui se passe grâce à votre jeu ; il y a celui qui veut simplement passer une heure ou deux. Et tous, vous devez les satisfaire, les séduire. Pas de gros plans – comme au cinéma – pour mieux les émouvoir : vous n’avez que votre corps, votre voix, votre présence. Et celui qui s’est laissé charmer hier sera peut-être rétif demain. Les spectateurs sont changeants et capricieux, et vous êtes à leur merci. Leurs armes sont les huées, les sifflements, qui ont le pouvoir de vous réduire à néant. Mais faites-les rire ou pleurer, et vous les conquerrez.

Vous aurez fort à faire aussi avec votre personnage… Lui non plus vous ne devez pas le trahir. Il a sa propre vie… Il existe avant que vous ne vous vous l’appropriiez. Il est la substance, vous n’êtes qu’une peau qu’il endosse quelques heures, qu’une de ses caisses de résonance. Vous serez un Harpagon, un Argan, une Antigone… Personne n’est Antigone : elle est multiple et jamais vous n’épuiserez sa substance.

Astuce

Faites-vous un « stock » de courtes citations sur les genres littéraires au programme ; elles servent d’arguments d’autorité aussi bien pour la dissertation que pour l’écriture d’invention quand elle est argumentative, comme ici.

Vous vous trouverez aussi dans un perpétuel paradoxe : dans ce métier si narcissique de comédien, dans votre succès même, vous devrez oublier votre identité, ne pas vouloir qu’on vous reconnaisse. Le public vient voir Le Malade imaginaire de Molière, et non Le Malade imaginaire avec un tel. Je me souviens de mon maître Jouvet qui nous soutenait qu’ « il faut quitter le moi » et conseillait « l’humilité devant le personnage ».

Soyons plus dans le vent… Et si nous parlions football ? Ionesco compare la pièce de théâtre à un match… Eh bien oui, je vous avoue que, pour moi, l’acteur et le footballeur ne sont guère bien différents. Je vois en vous des Zidane, des Beckam… Qu’est leur équipe sans eux ? Que sont-ils sans leur équipe ? Vous êtes un pion dans le grand match qu’est la représentation théâtrale… Ionesco l’avait dit avant moi… Si vous tirez la couverture à vous, le spectacle sera un fiasco. Si vous jouez « collectif », il sera un succès. Tout est une question d’harmonie, d’équilibre… Vous ferez partie d’une troupe : vous devez la servir ; alors elle vous servira. Dom Juan doit savoir renvoyer la balle à Sganarelle, Sganarelle à dom Juan.

Vous vivrez dans un beau monde d’illusion, vous connaîtrez cependant des moments de découragement… Mais gardez la foi chevillée au corps…

Mais j’ai été bien long et j’ai peur de vous avoir ébranlés dans vos certitudes de jeunes lauréats pleins de fougue. C’est mon rôle, je l’ai joué jusqu’au bout… Mais il faut que je tire la morale de la pièce que nous venons de jouer et dont vous avez été les parfaits figurants. Faut-il que je vous donne une devise ? Le grand William Shakespeare disait : « Tout le monde est un théâtre », et moi, ce soir, j’ai envie de vous dire : le théâtre est tout votre monde.