Discours de François Mitterrand sur les conflits au Proche et Moyen-Orient

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Discours de François Mitterrand sur les conflits au Proche et Moyen-Orient
 
 

Un foyer de conflits

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HISTOIRE

16

CORRIGE

 

France métropolitaine • Septembre 2013

étude critique de document

> À partir des propos de l’auteur, montrez en quoi le Proche et Moyen-Orient est un foyer de conflits et indiquez quels autres facteurs de tension troublent cette région. Dans quelle mesure la solution pour établir la paix que propose l’auteur dans le dernier paragraphe a-t-elle été mise en œuvre ?

Document

Allocution télévisée de François Mitterrand, président de la République, le 3 mars 1991

« Mes chers compatriotes,

[…] Le Conseil de sécurité a décidé aujourd’hui même que l’Irak devait renoncer publiquement à ses visées, libérer les prisonniers, aider à identifier les champs de mines et d’explosifs et les lieux où sont dissimulées les armes chimiques et biologiques. Réparer enfin le dommage causé au Koweït1. […] Quant à la recherche d’une paix juste, répétons aujourd’hui comme hier, que la libération du Koweït n’a réglé qu’un problème parmi d’autres. […] Comment réconcilier des peuples qui ne se parlent pas ? Sauf à souscrire à la loi du plus fort ? C’est ainsi qu’Israël doit réellement disposer de frontières sûres et reconnues et des moyens de sa sécurité, les Palestiniens posséder en tant que peuple leur identité, leur patrie, leur État, le Liban exercer librement sa souveraineté et je n’oublie ni l’intégrité de l’Irak, ni les aspirations de son peuple.

Est-ce trop demander ? Cela ne vaudrait-il pas mieux que la guerre perpétuelle, la mort aux aguets, l’angoisse des jours et des nuits, le risque permanent d’une conflagration générale ? Il me semble que le rôle joué par les Nations unies durant cette crise justifie qu’on leur fasse confiance et qu’elles sauront restaurer ou plutôt instaurer les mécanismes de conciliation et d’arbitrage qui s’imposent pour la prévention et la solution des conflits. D’autres problèmes au demeurant subsisteront dans la région. Droits des minorités, comme celle des Kurdes, protection de l’environnement, partage des ressources, contrôle mutuel des armements, et ce dernier point concerne aussi bien les pays qui vendent des armes que ceux qui les achètent. […] »

1. La guerre du Golfe ou du Koweït oppose l’Irak, dirigé par Saddam Hussein, à une coalition internationale conduite par les États-Unis qui réunit trente-quatre pays, dont la France. L’Irak a envahi puis annexé le Koweït en août 1990. Les Nations unies exigent son retrait et autorisent le recours à la force pour l’imposer. Les opérations militaires de la coalition (17 janvier-28 février 1991) se terminent par la libération du Koweït, la défaite de l’Irak et un cessez-le-feu qui permet à Saddam Hussein de conserver provisoirement le pouvoir. Le président François Mitterrand s’adresse aux Français trois jours après le cessez-le-feu.

Lire la consigne

  • La consigne se décompose en deux propositions distinctes. Dans un premier temps, elle invite à identifier les sources (« foyers ») de conflits évoquées par le texte (« à partir des propos de l’auteur ») ou issues de vos connaissances (« les autres facteurs de tension »). Il s’agit ainsi de recenser l’ensemble des problèmes de la région. Dans un second temps, vous devez évaluer la « solution » proposée par l’auteur, démarche qui s’appuiera sur le texte et la note qui l’accompagne, mais qui renvoie aussi à vos connaissances pour une évaluation sur le long terme.
  • Par extension, il faudra s’interroger sur les solutions relatives aux tensions préalablement listées. Le « dans quelle mesure » invite à évoquer les limites de ces solutions. Cette locution appelle une approche anti­thétique. Elle se distingue du « en quoi » qui introduit plutôt une démarche thématique.

Analyser le document

Le document est une allocution télévisée, donc une intervention publique, adressée à tous. L’auteur en est le président de la République française, François Mitterrand, le chef des armées d’un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’exprime trois jours après la fin de la guerre afin de la justifier et de rassurer l’opinion sur ses résultats. Ce document officiel permet d’évaluer la complexité des relations internationales au Proche et au Moyen-Orient.

Organiser la réponse

Recensez d’abord les sources de tension ; mais, pour mieux coller au texte et jouer sur un changement d’échelle, consacrez une première partie à la crise de 1991 puis exposez les autres facteurs de tension dans un deuxième paragraphe. Dans un troisième temps, évaluez la solution proposée par l’auteur concernant l’Irak. Ce cas particulier traité, passez à une évaluation plus générale des solutions afin de préparer la conclusion : les intérêts contradictoires sont si imbriqués que Proche et Moyen-Orient restent des foyers de tension explosifs.

Corrigé

Présenter un document

1 Même si la consigne ne le précise pas, présentez le(s) document(s) à étudier. Ce travail aide à définir son intérêt par rapport au sujet ; il permet aussi d’introduire votre devoir.

L’exercice consiste à exposer le contexte dans lequel s’inscrit le document, information qui aide à le comprendre ; il revient aussi à préciser la fonction de l’auteur au moment où il s’exprime. La critique du document dépend de son type : qu’il soit officiel (événement), opinion (témoignage) ou didactique, il faudra lui opposer des connaissances ou avis contradictoires.

2 Lors de la rédaction, amenez le document par une entrée en matière tirée de son contexte : l’invasion du Koweït par les Irakiens, par exemple. Ce commencement permet de poser le document comme réponse à la question soulevée par l’événement évoqué. En vous aidant de l’énoncé et de la consigne, vous pouvez alors annoncer l’étude que vous allez développer.

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

 

Conseil

Présenter l’auteur d’un document ne se limite pas à recopier son nom. Précisez ses fonctions au moment où il s’exprime, celles qui donnent du poids ou de l’importance à ce qu’il dit.

Le 28 février 1991, le Koweït est libéré des forces irakiennes qui en ont envahi le territoire six mois plus tôt. Pourquoi cette crise ? En quoi est-elle représentative des tensions régionales ? Président de la République française et chef des armées, représentant de l’un des États membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, François Mitterrand s’adresse à ses compatriotes pour justifier, trois jours après son terme, l’opération à laquelle son pays a activement participé. Dans quelle mesure l’intervention de la communauté internationale a-t-elle résolu le problème ? Située entre Méditerranée, mer Caspienne et océan Indien, la région est depuis la Première Guerre mondiale un foyer de conflits permanents qui peinent à se résoudre.

I. La guerre du Golfe de 1991

  • En 1990, le problème qui préoccupe la communauté internationale est celui qui l’oppose à l’Irak de Saddam Hussein. La présence au Moyen-Orient des plus importantes réserves mondiales de pétrole, la matière première la plus convoitée au monde, suscite d’importantes tensions entre les pays.
  • Pour renforcer sa puissance économique, Saddam Hussein provoque l’invasion du Koweït dont les ressources pétrolières, ajoutées à celles de l’Irak, feraient de ce pays la première puissance mondiale productrice de pétrole.
  • L’initiative irakienne brisant le fragile équilibre politique régional, les Nations unies donnent mandat à une coalition internationale pour rétablir l’intégrité du Koweït. Après de longs mois de négociations, la coalition entre en action.

II. Les autres sources de conflits

 

Info

Quatre guerres ont opposé Israël aux États arabes voisins : en 1948, en 1956, la guerre des Six jours en 1967 et celle du Kippour en 1973.

  • Mais la crise de 1991 s’inscrit dans un environnement où sévissent d’autres facteurs de tension. Comme le rappelle François Mitterrand (fin du 1er paragraphe), les relations entre l’État d’Israël créé en 1948 et ses voisins arabes ou avec les Palestiniens sont à l’origine de guerres, de soulèvements (les intifadas) ou d’attentats terroristes. La violence affecte de façon chronique les peuples de ces pays. La rareté de l’eau est une autre source de tension entre eux.
  • Comme François Mitterrand le précise par ailleurs (2e paragraphe), des raisons historiques, culturelles, ethniques ou religieuses compliquent encore la situation, suscitant d’importantes rivalités entre les minorités (chrétiens et Druzes au Liban, Kurdes en Irak ou Turquie, coptes en Égypte, chiites contre sunnites et inversement…) et les autorités nationales en place. Le contrôle des lieux saints (Jérusalem, La Mecque, Bethléem) des trois religions monothéistes n’arrange rien, dans la mesure où celles-ci mobilisent les croyants du monde entier, et conduit les pays dont ils sont les ressortissants à s’immiscer dans les affaires intérieures des États de la région.

III. L’impuissance de la communauté internationale

  • Pour maintenir l’ordre qui leur convient, chaque pays développe sa puissance militaire et tisse des alliances avec des puissances mondiales. Mais les rapports de force ainsi établis ne font qu’entretenir méfiances et crises.
 

Info

En 2003, la France (soutenue par la Russie et la Chine) menace d’utiliser son droit de veto contre l’idée d’une intervention de l’ONU en Irak.

  • Seule une action de l’ONU semble légitime, sous réserve de trouver les termes d’un consensus. C’est le cas contre Saddam Hussein en 1991, au moment de la chute de l’URSS et de l’affirmation de l’hégémonie américaine. Cette solution n’a toutefois pas été suffisante pour désarmer l’agresseur et intimider les autres acteurs de la région. En 2003, une seconde intervention est mise en œuvre par les États-Unis, sans l’accord de l’ONU cette fois, pour abattre le régime irakien. L’opération n’a pas ramené la paix pour autant.
  • Dans le même temps, aucun des autres conflits de la région n’a trouvé de solution durable. Les tensions entre voisins restent vives (à Gaza ou Jérusalem), les troubles chroniques (guerre civile en Syrie), l’insécurité permanente des populations (attentats au Liban début 2014) et la course aux armements (notamment nucléaire pour l’Irak ou l’Iran) perpétuée.

Conclusion

Le Proche et le Moyen-Orient restent ainsi des foyers de conflits si imbriqués et à l’origine de rancœurs si vives que nul ne sait quand ni comment la région trouvera moyen de se pacifier.