Discours de la méthode, Descartes

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2006 | Académie : Inédit

 

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Sujet d’oral n° 4

Descartes

Commentez ce texte de Descartes, extrait du Discours de la méthode.

Document

« Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j’ai faites ; car elles sont si métaphysiques et si peu communes, qu’elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde. Et toutefois, afin qu’on puisse juger si les fondements que j’ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d’en parler. J’avais dès longtemps remarqué que, pour les mœurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, mais, pource [parce] qu’alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu’il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance, qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer. Et pource qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j’étais sujet à faillir, autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes.

Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

René Descartes (1596-1650), Discours de la méthode, IV.

Corrigé

 

Préparation

Cerner les enjeux

Ce texte a des enjeux épistémologiques car il permet à Descartes, par sa découverte du cogito, de fonder tout l’édifice de la connaissance.

Mais il a aussi des enjeux anthropologiques dans la mesure où l’on apprend que l’homme se définit d’abord par sa conscience.

Éviter les erreurs

L’idée du cogito est si connue que les élèves généralement s’autorisent à ne pas l’expliquer. Or, la simple affirmation « je pense donc je suis », si elle n’est pas resituée dans son contexte réflexif, perd tout son sens. La ­compréhension du cogito est elle-même de l’ordre de l’expérience métaphysique. Cette explication est une invitation à la repenser avec Descartes.

Présentation

Introduction

Que puis-je savoir avec certitude ? Le projet général de Descartes dans ce livre est de fonder la connaissance sur le sujet et non l’inverse. Rappelons que Descartes est un rationaliste : il fonde le savoir sur la raison.

Au terme de la méditation mise en œuvre dans ce texte, l’expérience d’un doute généralisé, Descartes découvre une première vérité. Alors même que je peux douter de tout, une seule chose résiste : le doute, lui-même et donc le fait même de penser. C’est le fameux « je pense donc je suis ».

Développement

Première étape

Dans une première partie (jusqu’à « entièrement indubitable »), Descartes présente son projet de trouver une vérité absolument indubitable, c’est-à-dire à laquelle ne subsiste aucun doute. Il s’adresse à un vaste public et pourtant, il va faire le récit de ses méditations qui sont si « métaphysiques » qu’elles ne peuvent être au goût de tous car il s’agit de s’abstraire d’un monde qui nous est donné immédiatement pour en démonter toutes les certitudes. Mais la démarche de Descartes se distingue du scepticisme qui consiste à faire du doute une fin en soi. Ici, il s’agit d’un doute méthodique (provisoire) pour rechercher ce qui se présente de manière indubitable pour vrai, afin précisément de savoir ce qu’est le vrai. Le doute peut être dangereux car il risque de laisser les plus fragiles qui ne parviennent pas à s’en affranchir, « égarés toute leur vie ».

Descartes reproduit son cheminement (cf. méthode : méta odos, le « chemin vers ») qui lui permet d’apporter un fondement à la science. La connaissance est conçue comme un édifice déductif où chaque pierre est constituée par une autre qui le soutient. La substance pensante, c’est-à-dire le sujet, est le seul fondement possible de la science.

Deuxième étape

Dans la deuxième partie (jusqu’à « illusions de mes songes »), Descartes nous fait part de son expérience du doute. Tout d’abord, nos sens sont trompeurs quelquefois, comme les illusions d’optique (par exemple une tour carrée vue comme ronde de loin). Il s’agit là d’un doute raisonnable. Mais le doute devient radical car il n’admet aucun intermédiaire entre le vrai et le faux : il ne va plus seulement concerner l’incertitude sensible, mais toute certitude sensible, et finalement l’existence du monde extérieur.

Puis il va douter des évidences intellectuelles elles-mêmes. Comme on peut se tromper par les sens, on peut se tromper rationnellement. La rationalité elle-même doit être fondée, car une rationalité non critiquée, spontanée, ne vaut guère mieux que la soumission aveugle au sensible. Dès ce moment, le monde entier, et pas seulement les objets sensibles, mais toutes vérités deviennent « illusion et tromperie ».

Descartes doute de toute réalité : tout pourrait être un rêve. Il ne s’agit pas de conclure que la réalité n’est qu’un rêve mais de saisir que notre croyance au monde extérieur n’est pas si certaine que cela. Mais comment sortir de ce doute ?

Troisième étape

Enfin, dans la dernière partie du texte, Descartes établit une première certitude : le cogito. En effet, au moment même où je doute de toutes mes représentations, il reste une chose dont je ne puis absolument pas douter, c’est que précisément je doute. Or si je doute, je pense, et si je pense (cogito), je suis.

Ainsi, la connaissance de soi est plus facile que celle des choses extérieures, celle de l’âme plus aisée que celle du corps. Ce cogito est donc la première vérité et celle-ci lui permettra de trouver un critère de vérité : l’évidence.

Conclusion

Ainsi la conscience, avant d’être une question philosophique comme une autre, est la condition de possibilité de toute pensée philosophique. De la même manière, Socrate inaugure la philosophie avec la question « connais-toi toi-même », qui implique la mise à l’épreuve des savoirs. Mais avec Socrate, le non-savoir est une conscience de son ignorance ; avec Descartes, la conscience n’est plus seulement une condition négative du savoir mais le fondement et le modèle de la vérité.

Entretien

Voici une autre question que l’examinateur pourrait vous poser lors de ­l’entretien.

 Que veut dire Descartes lorsqu’il affirme : « J’avais dès longtemps remarqué que, pour les mœurs il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu’il a été dit ci-dessus ? »

Ici, Descartes fait allusion à sa morale provisoire : il s’agit de s’adapter aux coutumes de son pays, d’être ferme dans ses actions car l’action n’attend pas. On ne peut suspendre son action comme on suspend son jugement (c’est-à-dire quand on doute).