Dites ce qu’apportent selon vous au texte théâtral le jeu des personnages et les choix de mise en scène

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S - 1re L | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Jeu des acteurs et mise en scène

Jeu des acteurs et mise en scène • Dissertation

Corrigé

19

Théâtre

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Sujet inédit

le texte théâtral et sa représentation • 16 points

Dissertation

> Les scènes que vous venez de lire sont destinées à être représentées. Dites ce qu’apportent selon vous au texte théâtral (discours des personnages et didascalies) le jeu des personnages et les choix de mise en scène. Vous vous appuierez, pour traiter cette question, sur les textes du corpus ainsi que sur vos lectures personnelles et les œuvres étudiées au cours de l’année.

Comprendre le sujet

  • Les termes « représentées », « jeu des personnages » et « choix de mise en scène » font référence à la représentation, par opposition au « texte théâtral » écrit et seulement lu. Ils indiquent sur quoi repose la problématique du sujet : le sujet traite du passage du texte à la représentation, incarnation de la pièce.
  • L’expression « ce qu’apportent » est générale. Elle peut signifier :
  • « pour mieux comprendre » : saisir l’intrigue de la pièce, mais aussi le message éventuel de l’auteur ;
  • « pour apprécier » : on vous demande aussi de réfléchir à l’intérêt ou au plaisir pris lors de la représentation.
  • La problématique peut être reformulée ainsi : « Peut-on trouver du plaisir à lire une pièce sans assister à sa représentation ? » ou : « Le texte suffit-il pour comprendre et apprécier une pièce de théâtre ? »

Chercher des idées

  • Pour trouver des idées, scindez cette problématique en sous-questions que vous essaierez de varier, en modifiant les mots interrogatifs. Vous pouvez ainsi aboutir à :
  • « Est-ce que je m’intéresse plus à une pièce si je la vois représentée, est-ce que je la comprends mieux ? » ; « Peut-on trouver du plaisir à lire une pièce sans assister à sa représentation ? » ; « Que gagne une pièce à être représentée (ou vue) ? » ; « Quels éléments le spectacle ajoute-t-il au texte théâtral ? » ; « Quels sont les avantages (ou les inconvénients) de la lecture d’une pièce ? » ; « Quels sont les avantages (ou les inconvénients) de la représentation ? » ou, à l’inverse : « Que perd une pièce à être seulement lue ? »
  • Réfléchissez : aux éléments que comporte le texte théâtral (répliques, didascalies) ; au rôle des différents intervenants (metteur en scène, acteurs…). Quels choix peuvent-ils opérer par rapport aux éléments matériels du spectacle (décor, costumes, lumières, rythme imprimé à la pièce…) ? N’oubliez pas le rôle du public !
  • Utilisez les textes du corpus et constituez-vous une réserve d’exemples de pièces que vous avez lues ou vues.

> Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

> Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Le corrigé ne comporte que les exemples indispensables dans une dissertation, mais pas tous ceux qui seraient nécessaires. Vous devez donc inclure dans ce corrigé vos exemples personnels, que vous expliquerez.

Les titres en couleur et les indications en italique servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

Le texte de théâtre est double : texte à lire, texte à jouer. Cependant, certains auteurs ont écrit des pièces destinées à être lues (Spectacle dans un fauteuil, de Musset, par exemple). Mais « tout le monde sait que les comédies ne sont faites que pour être jouées » (Molière). La représentation est-elle indispensable pour apprécier et saisir le sens d’une pièce de théâtre ? Certes, le texte théâtral est primordial, et la lecture d’une pièce présente un intérêt, mais la voir représentée procure un certain plaisir et permet de mieux l’apprécier, de mieux la comprendre.

I. Le plaisir de la lecture

1. Le texte fournit l’essentiel

  • Le texte (répliques et certaines didascalies internes) permet de comprendre et de saisir la dynamique de la pièce (l’intrigue et ses rebondissements) et d’imaginer les personnages (caractère et physique). [Exemples personnels.]
  • Les didascalies externes permettent d’imaginer les décors, les mouvements et les gestes des personnages, leurs mimiques et les intonations. [Exemples personnels.]

2. Un espace de liberté laissé au lecteur

  • Le lecteur peut fragmenter sa lecture : il n’a pas de contraintes de temps ni de lieu ; il peut revenir en arrière ou relire un passage qu’il n’a pas saisi. [Exemples personnels.]
  • Il se représente les personnages librement, selon son interprétation personnelle. [Exemples personnels.]

3. Une participation active demandée au lecteur

Le lecteur peut se mettre dans la peau de l’interprète ou du metteur en scène. Il prend alors plaisir à imaginer lui-même la mise en scène, à participer à la création de la pièce. [Exemples personnels.]

Transition : La lecture laisse la pièce intacte, dans un devenir multiple, alors que la représentation fige la pièce et peut décevoir les attentes du lecteur. Mais la lecture du texte théâtral suffit-elle ?

II. Le plaisir de la représentation

1. Le spectacle : un art vivant

Hugo : « Il y a des cœurs humains sur la scène, des cœurs humains dans la coulisse, des cœurs humains dans la salle. »

  • La représentation est une fête pour les sens : décors, costumes et éclairages créent une atmosphère. [Exemples personnels.]
  • Le théâtre se vit, il ne se pense pas. L’illusion théâtrale a une grande force émotive ; elle permet de représenter un spectacle plus vrai que le réel, grâce à l’impression d’un rythme (ralentissements générateurs de suspense, temps forts) et aux acteurs qui incarnent des personnages et leur donnent une voix, des gestes, une présence (« Il n’y a pas de théâtre sans incarnation », Mauriac). [Exemples personnels.]
  • La pièce de théâtre n’est jamais la même, elle est chaque jour réinterprétée : parce qu’elle est imprévisible comme la vie, elle est source d’émotion.

2. La présence d’un public, personnage collectif

  • Le spectateur éprouve la satisfaction de participer à la création du spectacle.
  • Ionesco compare le spectacle de théâtre à un match, dans lequel la réception est collective : les réactions sont amplifiées par la présence d’un public.

3. La position privilégiée du spectateur, génératrice d’émotion

  • Le spectateur sait tout, voit tout – il en sait plus que les personnages eux-mêmes – et pourtant, il ne peut intervenir.
  • Il vit en direct et de l’intérieur les émotions et sentiments. [Exemples personnels.]
  • Parfois le spectateur est pris à partie par un personnage et intégré, presque comme un personnage, dans la représentation (c’est le cas des apartés et monologues, qui ne produisent vraiment leur effet qu’à la représentation). [Exemples personnels.]

Transition : Le spectacle ne se borne pas à représenter le texte : la mise en scène est interprétation et permet de mieux comprendre le texte, de lui donner une nouvelle dimension.

III. La représentation comme interprétation

1. Mieux comprendre

  • La représentation peut faire découvrir des aspects que l’on n’avait pas saisis à la lecture : les décors permettent d’imaginer l’époque, des gestes et des objets symboliques peuvent aider à mieux comprendre un personnage. [Exemples personnels.]
  • Elle est indispensable surtout quand le texte théâtral est réduit au minimum (didascalies plus nombreuses que les répliques chez Beckett). [Exemple du corpus, document C.]

2. Comprendre différemment

Le texte est unique, la représentation est multiple (chaque metteur en scène a une vision personnelle). Les choix du metteur en scène peuvent ainsi donner lieu à des adaptations inattendues ouvrant de nouvelles perspectives pour la pièce.

  • Le metteur en scène peut changer des paramètres du texte : l’âge (un Sganarelle très jeune) ou le sexe d’un personnage (un valet devient une servante dans la première mise en scène de Dom Juan par Daniel Mesguich), par exemple.
  • Certains metteurs en scène transposent l’action dans un autre cadre (Les Fourberies de Scapin dans un espace de cirque, à la Comédie-Française en 1990) ou à une autre époque (en 1995, Ariane Mnouchkine fait de Tartuffe un intégriste musulman ; Daniel Mesguich représente un Dom Juan préfasciste face à son père, vieux beau dandy qui boit de l’alcool et fait la fête, ou à un M. Dimanche sous les traits d’un Juif orthodoxe).
  • D’autres jouent sur le registre de la pièce, qui change alors de sens. L’interprétation de Dom Juan, par exemple, a pu tendre vers le tragique (le téléfilm de Marcel Bluwal en 1965) ou vers un comique parfois appuyé (la mise en scène de Daniel Mesguich en 2001). Le personnage d’Argan (Le Malade imaginaire) peut faire rire ou susciter la pitié (est-il un malade imaginaire ou un vrai malade ?).

3. Comparer des mises en scène

  • Le texte est unique, la représentation est multiple (chaque metteur en scène a une vision personnelle).
  • Le spectateur peut mieux saisir la richesse d’une pièce en en comparant les diverses interprétations. [Exemples personnels.]

Conclusion

Lire une pièce sans la voir représentée est une activité qui présente un intérêt certain ; c’est toutefois ne pas respecter le principe du théâtre : seule la conjonction du texte lu et du spectacle construit véritablement la pièce. Les deux expériences se complètent et s’enrichissent mutuellement. Cependant, il faut éviter les dérives : certaines interprétations obéissent à un parti pris qui trahit le sens de la pièce et vont parfois jusqu’au contresens, quand le metteur en scène sert avant tout ses propres intentions et non celles de l’auteur ; parfois encore la scénographie, trop envahissante, brouille le sens de la pièce ou occulte le texte. Et il ne faut pas oublier que la représentation, une fois le spectacle terminé, est un objet mort, ne survit pas alors que le texte, lui, survit.