Du Citoyen, Hobbes

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2009 | Académie : Inédit

 

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Sujet d’oral n° 8

Hobbes

Commentez ce texte de Hobbes, extrait Du citoyen.

Document

« La plupart de ceux qui ont écrit touchant les républiques, supposent ou demandent, comme une chose qui ne doit pas leur être refusée, que l’homme est un animal politique, ζϖον πολιτικον, selon le langage des Grecs, né avec une certaine disposition naturelle à la société. Sur ce fondement-là, ils bâtissent la doctrine civile ; de sorte que pour la conservation de la paix, et pour la conduite de tout le genre humain, il ne faut plus rien, sinon que les hommes s’accordent et conviennent de l’observation de certains pactes et conditions, auxquelles alors ils donnent le titre de lois. Cet axiome, quoique reçu si communément, ne laisse pas d’être faux, et l’erreur vient d’une trop légère contemplation de la nature humaine. Car si l’on considère de plus près les causes pour lesquelles les hommes s’assemblent, et se plaisent à une mutuelle société, il apparaîtra bientôt que cela n’arrive que par accident, et non par une disposition nécessaire de la nature. En effet, si les hommes s’entr’aimaient naturellement, c’est-à-dire en tant qu’hommes, il n’y a aucune raison pourquoi chacun n’aimerait pas le premier venu, comme étant autant homme qu’un autre ; de ce côté-là, il n’y aurait aucune occasion d’user de choix et de préférence. Je ne sais aussi pourquoi on converserait plus volontiers avec ceux en la société desquels on reçoit de l’honneur ou de l’utilité, qu’avec ceux qui la rendent à quelqu’autre. Il en faut donc venir là, que nous ne cherchons pas de compagnon par quelque instinct de la nature ; mais bien pour l’honneur et l’utilité qu’il nous apporte. »

Thomas Hobbes (1588-1679), Du citoyen.

Corrigé

 

Préparation

Cerner les enjeux

Ce texte marque une rupture avec la philosophie politique de l’Antiquité grecque, en particulier celle d’Aristote : l’origine des sociétés n’est pas naturelle, mais conventionnelle. Elle s’appuie sur un pacte social. Ce texte réfute la thèse d’Aristote qui affirme que l’homme est un animal politique (cf. sujet d’oral n° 3).

Éviter les erreurs

En plus de bien connaître l’œuvre de Hobbes, il est donc important de savoir la situer dans l’histoire de la philosophie politique, sinon on risque de faire un contresens en confondant les arguments de Hobbes avec ceux qu’il critique.

Présentation

Introduction

Ce texte est extrait du Citoyen de Hobbes, qui anticipe son ouvrage le plus connu : le Léviathan. Ce texte au cœur de la philosophie politique en interroge les fondements mêmes : pourquoi les hommes ont-ils formé des sociétés ? Pour y répondre il faut faire appel à une fiction méthodologique : le passage de l’état de nature (état sans loi) à un état civil, autrement dit à la société organisée par des institutions.

Après avoir montré dans la préface que la condition des hommes à l’état de nature est en réalité un état de guerre permanente et généralisée, Hobbes va dans cette première partie, intitulée « La liberté », décrire l’état des relations entre les hommes en dehors de la société civile.

Pour ce faire il va d’abord interroger le présupposé convenu de l’époque d’un homme comme animal politique, pour ensuite le critiquer, et enfin apporter une nouvelle réponse radicalement différente à la question de savoir ce qui pousse les hommes à former des sociétés.

Développement

Première étape

Dans la première partie du texte, Hobbes analyse la fameuse définition aristotélicienne de l’homme comme « animal politique ». Elle exprime ce que l’ensemble de ses prédécesseurs ont pu écrire sur la république. En effet, si l’homme est un animal, il se distingue de celui-ci par le fait d’être « politique » c’est-à-dire que sa sociabilité est inscrite dans sa nature. L’homme est « né avec une disposition naturelle à la société ». Autrement dit, c’est parce qu’il est inscrit dans la nature des hommes de former des sociétés qu’ils se sont rassemblés et organisés autour de lois communes.

La vie en société est ce qui permet selon la tradition grecque de réaliser ce pourquoi les hommes sont faits, d’actualiser ce qu’ils sont en puissance : ils (hommes/femmes ; maître/esclaves) sont complémentaires. De là vient une sorte de bienveillance naturelle des uns pour les autres.

Les juristes en ce sens n’ont plus qu’à observer ce que naturellement les hommes font, et à normaliser ensuite ces comportements sous forme de lois.

Deuxième étape

C’est à cette idée communément partagée que Hobbes veut se confronter. Il affirme qu’elle est fausse et résulte d’une mauvaise observation de la nature humaine. Il montre en effet, grâce à un raisonnement par l’absurde, que la sociabilité de l’homme n’est pas naturelle, n’est pas une essence mais un accident.

Si les hommes étaient poussés naturellement les uns vers les autres, ils s’aimeraient tous mutuellement de manière égale. Or bien évidemment ce n’est pas le cas, les hommes ont tous des préférences.

L’enjeu ici est, en montrant qu’il n’y a pas de bienveillance innée pour autrui, d’affirmer que l’origine de la société n’est pas naturelle, et donc qu’elle fait l’objet d’un choix, qu’elle est le fruit d’un acte libre.

Troisième étape

La place est alors faite pour affirmer que l’entrée en société résulte d’une décision : le pacte social. En effet, à partir du moment où l’association des hommes en une société n’est pas commandée par la nature, elle se trouve entièrement construite et choisie par l’homme. Hobbes appuie son argument par le fait que les hommes se retournent toujours vers ceux qui apportent plus d’honneurs et d’utilité. Par conséquent, la sociabilité est toujours intéressée.

Conclusion

Ainsi Hobbes marque une rupture avec la pensée grecque, qui faisait de la société un état de fait naturel. Avec Hobbes la société devient le résultat d’une décision humaine, et donc permet de mettre en avant comme fondement même de tout accord social la liberté humaine.

Entretien

Voici d’autres questions que l’examinateur pourrait vous poser lors de ­l’entretien.

 Par quoi est guidé le passage de l’état de nature à l’état social si ce n’est par une bienveillance naturelle ?

Par une crainte réciproque : les hommes perçoivent les autres comme des dangers potentiels, et anticipent le conflit en les agressant d’abord. L’homme devient « un loup pour l’homme ».

 Quel pourrait être le modèle du gouvernement idéal pour Hobbes ?

La monarchie, mais pas de droit divin car celle-ci n’est qu’une forme dérivée d’une conception naturaliste de la société.