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E. Rostand, Cyrano de Bergerac

LE THÉÂTRE

Les objets au théâtre • Commentaire

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14

Antilles, Guyane • Septembre 2017

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Les objets au théâtre

Commentaire

Vous ferez le commentaire du texte d'Edmond Rostand (texte C) en vous aidant du parcours de lecture suivant :

1. En quoi le dispositif dramatique et dramaturgique (organisation matérielle de la scène, lettre, éclairage…) favorise-t-il la découverte progressive de la situation par Roxane ?

2. En quoi l'aveu indirect de Cyrano à Roxane est-il particulièrement émouvant ?

Se reporter au texte d'Edmond Rostand.

Les clés du sujet

Trouver les idées directrices

Inspirez-vous des pistes de recherche qui vous sont données.

Définissez les caractéristiques du texte pour trouver les axes.

Scène de dénouement d'un drame (genre) dans laquelle Cyrano fait un aveu amoureux indirect à Roxane (thème), lyrique, pathétique, dramatique, tragique ? (registres), théâtrale, génératrice de coup de théâtre, émouvante, poignante, poétique (adjectifs), pour rendre compte de l'état d'âme de Cyrano et émouvoir le spectateur (buts).

Pistes de recherche

Première piste : une scène de reconnaissance originale

Analysez comment Rostand renouvelle la scène traditionnelle de l'aveu amoureux (situation, progression…).

À partir des répliques et des didascalies, analysez le rôle et les effets des éléments de mise en scène (jeux de lumière, accessoires, mouvements).

Comment accompagnent-ils la découverte de la vérité par Roxane ?

Deuxième piste : une scène émouvante, un dénouement tragique

Analysez ce qui émeut le spectateur, qui a une position privilégiée dans cette scène. Montrez que la lettre lui offre deux niveaux d'interprétation.

Analysez la poésie de la scène et son lyrisme (amoureux).

Appréciez les effets de la présence et de la mention de la mort dans cette scène d'aveu. D'où vient le tragique de la scène ?

Étudiez d'où vient la souffrance de Cyrano et les raisons de sa retenue (notamment les conséquences de son aveu).

Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Les dramaturges s'inspirent parfois de personnages réels : ainsi, Edmond Rostand, à la fin du xixe siècle, dans Cyrano de Bergerac, met librement en scène Savinien Cyrano de Bergerac, écrivain, poète, physicien mais aussi soldat libertin du xviie siècle. Sous la plume de Rostand, l'écrivain devient un héros plein de panache, follement amoureux de sa cousine Roxane mais affublé d'un nez démesuré qui l'enlaidit et l'empêche d'être aimé en retour. Roxane, elle, est amoureuse du beau Christian, qui meurt au combat. Pendant de longues années, pour la consoler de sa peine, Cyrano rend visite à Roxane chaque semaine dans le couvent où elle s'est retirée.

définition

La scène de reconnaissance est le moment d'un récit où la véritable identité d'un personnage est révélée.

[Présentation du texte] Alors qu'il est mortellement blessé à la suite d'une embuscade, Cyrano vient rendre une dernière visite à Roxane et lui demande de lui laisser lire une lettre d'adieu censée être de Christian. Cette scène, longtemps attendue par le spectateur est à la fois une scène de reconnaissance et une scène d'aveu amoureux. [Annonce des axes] Les éléments de mise en scène dramatisent et favorisent la découverte de la vérité par Roxane, qui amène au dénouement de l'action [I]. Mais l'intérêt de cette scène lyrique et tragique réside aussi dans le fort pouvoir émotionnel que cet aveu exerce sur le spectateur [II].

I. Une scène de reconnaissance d'un nouveau genre

La scène de reconnaissance et la scène d'aveu amoureux sont des lieux communs littéraires, mais Rostand les renouvelle par le suspense et l'effet d'attente qui les accompagnent et les dramatisent.

1. Une atmosphère crépusculaire qui dramatise la scène d'aveu

Le dispositif dramatique et dramaturgique crée une atmosphère de fin de pièce : la scène se déroule à la fin d'une saison (l'automne), à la fin de la journée et à la fin de la vie de Cyrano (« adieu, je vais mourir ! »). La nuit qui tombe est la métaphore de la faiblesse physique et de l'agonie de Cyrano. Les personnages portent la marque du temps : le spectateur les a laissés jeunes à la fin de l'acte IV et les retrouve vieillis dans cette scène 5 de l'acte V.

L'atmosphère est théâtralisée par la mise en scène et les effets d'éclairages en decrescendo : « Le crépuscule commence à venir », « L'ombre augmente ». Tandis que l'éclairage décroît, l'amour secret de Cyrano est mis en lumière crescendo et il peut continuer à lire, car il connaît la lettre par cœur. La mise en scène est ici cruciale parce qu'elle mène à son terme la prise de conscience de Roxane : la diminution de l'intensité lumineuse ne fait que confirmer les soupçons mis en avant par ses paroles (« Comme vous la lisez ! »).

Les déplacements sur scène accompagnent la découverte de Roxane : au début de la scène, elle s'éloigne de Cyrano après lui avoir remis la lettre, puis peu à peu se rapproche comme si cette proximité spatiale exprimait également celle de leurs deux cœurs.

2. La lettre, porteuse d'aveu et de vérité

La révélation de la vérité n'est possible que parce que Cyrano lit la lettre à haute voix, moyen détourné pour accompagner l'aveu amoureux. Roxane a toujours cru que Christian était l'auteur des lettres qu'elle recevait, et notamment de la plus belle, qu'elle porte « depuis quatorze ans » sur elle.

Le champ lexical de la lecture, omniprésent dans la scène (le mot lettre, répété plusieurs fois, est associé aux différentes formes du verbe lire : « lisant, lisez »), souligne l'importance de cet outil théâtral dans la révélation.

L'émotion de Cyrano doit transparaître dans les intonations du comédien. Elle est suggérée dans les répliques de Roxane : « Comme vous la lisez ! ».

La lettre est donc pour Cyrano l'élément essentiel de l'aveu tandis que, chez Roxane, elle provoque une prise de conscience. Que Cyrano demande à lire la lettre étonne Roxane : ses trois questions successives (« Ah ! Vous voulez ?… Sa lettre ? » ; « Tout haut ? ») marquent sa perplexité.

Puis les exclamations, les phrases inachevées qui dictent l'évolution des intonations de l'actrice, prennent une double fonction : elles traduisent d'abord la surprise et le trouble de Roxane, puis son insistance. Enfin, la forme brève et affirmative de sa dernière réplique (« C'était vous ») rend compte de sa certitude.

La progression dans la découverte de la vérité par Roxane se marque aussi par les didascalies qui précisent ses jeux de physionomie (« étonnée, troublée ») et ses différents gestes et mouvements – dont certains sont significatifs – qui rapprochent physiquement la jeune femme (« tout près ») de Cyrano.

[Transition] Il s'agit donc à la fois d'une scène de reconnaissance par Roxane de l'identité de l'auteur des lettres et d'une scène d'aveu par Cyrano de ses sentiments. C'est ce qui la rend particulièrement émouvante.

II. Une scène émouvante et tragique : un dénouement de drame romantique ?

1. Une déclaration amoureuse indirecte et lyrique

L'usage des guillemets met en place un double niveau d'interprétation : le texte de Cyrano est emprunté à Christian, selon ce que pense Roxane. Néanmoins, l'importance et la fréquence des indices personnels de la 1re personne ainsi que les différentes indications scéniques sur la lumière indiquent clairement que Cyrano est le véritable émetteur de la lettre. Cyrano prend en charge sa propre parole amoureuse, mais seul le spectateur le sait.

Le contenu même de la lettre est coloré d'un lyrisme amoureux émouvant qui, à travers le champ lexical de l'amour, accompagne l'expression des sentiments de Cyrano : la métonymie « mon cœur » qui représente Cyrano, le verbe « aima » et les termes par lesquels il désigne Roxane (« ma bien-aimée »…). Le lyrisme naît aussi de l'évocation des souvenirs des « gestes » de Roxane (« J'en revois un tout petit… ») et des images de la jeune femme dans toute sa beauté. Cyrano utilise un style précieux, multipliant les métaphores, les personnifications recherchées, et recourant à l'hyperbole (« jusque dans l'autre monde/vous aima sans mesure »).

2. Une scène placée sous le signe de la mort

Cependant, cet aveu est placé sous le signe de la mort, présente à la fois dans la lettre et dans l'action, ce qui lui confère une forte charge émotive.

conseil

Lorsque le texte est en vers, il est indispensable de relever et de commenter les figures de versification qui créent des effets (mots mis en relief, enjambements, rejets…).

La lettre a été écrite avant l'assaut du siège d'Arras, alors que Cyrano et Christian pensaient qu'ils allaient perdre la vie. Elle devient alors une sorte de testament, d'adieu à l'amour et à la vie. Elle se fait chant de deuil lyrique, avec ses allusions et ses euphémismes (« l'autre monde »), ses répétitions (« je vais mourir », « je meurs »). La plupart de ces mots sont mis en relief en début ou en fin de vers.

Par ailleurs, Cyrano est mortellement blessé, mais seul le spectateur connaît la gravité de cette blessure alors que la « blessure » qu'évoque Roxane au début de l'extrait est métaphorique. Ainsi la réplique de Roxane : « Chacun de nous a sa blessure » prend un sens ironique et tragique pour le public qui sait que Cyrano est condamné. Enfin, la précision temporelle « c'est pour ce soir » intensifie le tragique de la scène en soulignant l'imminence de la mort de Cyrano.

3. Une déclaration d'amour retenue, une torture affective

Pire encore, la mort rend cet amour impossible et l'aveu inutile.

Cyrano lui-même rappelle implicitement pour le spectateur le sacrifice douloureux qu'il a accompli pendant des années par l'expression : « J'ai l'âme lourde encore d'amour inexprimée ». La retenue dans l'aveu que s'impose Cyrano intensifie l'émotion : en proie à une véritable torture affective, il résiste de toutes ses forces par loyauté et fidélité au compagnon mort : « je voudrais crier », « un long silence ».

Enfin, un troisième personnage hante cet échange amoureux : Christian. Absent puisque mort au combat, il est néanmoins présent, évoqué par métonymie et à la troisième personne à travers « sa lettre », les « larmes » et le « sang ».

De plus, cette sorte d'adultère posthume que Cyrano ressent comme une trahison risque d'entacher son « panache » et sa stature de héros dévoué. Il a honte du mensonge de toute une vie, honte renforcée par l'expression métaphorique « il a joué ce rôle », qui suggère une véritable « imposture » de la part de Christian et de lui-même.

conseil

Si vous connaissez la suite du texte à commenter, vous pouvez en tirer parti dans votre commentaire.

Conclusion

Cette scène de Cyrano de Bergerac est sans doute la plus tragique de la pièce puisqu'elle est à la fois un aveu d'amour et une mise en scène des dernières souffrances – physiques et morales – du héros. En raison de sa situation complexe, de la découverte progressive de la vérité par Roxane, du combat que Cyrano mène avec lui-même alors qu'il est mourant, ce moment de lyrisme amoureux soulève l'émotion du public et s'apparente au dénouement d'un drame romantique après l'heure. [Ouverture] La force de la pièce, c'est son mélange de lyrisme, de tragique et de poésie.

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