France métropolitaine, juin 2025 • Jour 2
Sprint final
23
Intérêt du sujet • L’eau de Quinton est un sérum constitué d’eau de mer filtrée ; il sert à nettoyer les yeux et le nez. On étudie ici le titrage conductimétrique des ions chlorure d’une eau de Quinton.
René Quinton, biologiste français, a découvert et mis au point le sérum qui porte son nom : l’eau de Quinton. Issue d’un prélèvement d’eau de mer, celle-ci est ensuite filtrée pour en éliminer les impuretés. Elle est actuellement commercialisée, notamment sous forme d’ampoules pour, par exemple, nettoyer le nez ou les yeux.

© Quinton
L’objectif de cet exercice est de déterminer la teneur en ions chlorure d’une eau de Quinton commerciale provenant d’une mer bretonne, à l’aide d’un titrage suivi par conductimétrie.
Données
Conductivités molaires ioniques à 25 °C :
ion | Cl– | Ag+ | NO3– | Na+ |
λ (S · m2 · mol–1) | 7,63 × 10–3 | 6,19 × 10–3 | 7,14 × 10–3 | 5,01 × 10–3 |
Masse molaire atomique de l’élément chlore : M(Cl) = 35,5 g · mol–1
Concentration moyenne en masse en ions chlorure d’une eau de mer bretonne : 19,4 g · L–1
La concentration en ions chlorure dans le sang est comprise entre 100 et 110 mmol ⋅ L–1
Pour discuter de l’accord du résultat d’une mesure avec une valeur de référence, on peut utiliser le quotient avec x la valeur mesurée, xref la valeur de référence et u(x) l’incertitude-type associée à la valeur mesurée x.
Partie 1. Préparation de l’eau de Quinton isotonique ⏱ 10 min
Une eau de Quinton isotonique est préparée en diluant 5 fois l’eau de Quinton commerciale hypertonique étudiée.
▶ 1. Proposer un protocole permettant de préparer 100,0 mL d’eau de Quinton isotonique à partir d’eau de Quinton commerciale. Nommer, en précisant les volumes, la verrerie utilisée. (0,5 point)
▶ 2. Vérifier le caractère isotonique de la solution ainsi préparée. (0,5 point)
Partie 2. Analyse d’une eau de Quinton hypertonique ⏱ 30 min
On assimile l’eau de Quinton hypertonique étudiée à une solution aqueuse de chlorure de sodium (Na+(aq) ; Cl–(aq)). Afin d’en déterminer la concentration en ions chlorure, on réalise un titrage suivi par conductimétrie.
À l’aide d’une pipette jaugée, on prélève un volume V1 = 10,0 mL d’eau de Quinton hypertonique que l’on introduit dans un bécher, dans lequel on ajoute 200 mL d’eau distillée.
On dose la solution obtenue par une solution titrante de nitrate d’argent (Ag+(aq) ; NO3–(aq)) de concentration C2 = 3,00 × 10–1 mol · L–1. Les ions argent forment avec les ions chlorure un précipité de chlorure d’argent AgCl(s). Cette réaction de précipitation peut être considérée comme totale.
▶ 3. Écrire l’équation de la réaction modélisant la transformation mise en jeu au cours du titrage. (0,25 point)
On utilise le langage de programmation Python pour simuler et représenter l’évolution des concentrations des espèces qui participent à la conductivité de la solution titrée en fonction du volume de solution titrante versé. On néglige la dilution liée à l’ajout de la solution titrante.
C_1 : concentration de la solution titrée exprimée en mol · L–1 ;
V_1 : volume de solution titrée exprimé en L ;
C_2 : concentration de la solution titrante exprimée en mol · L–1 ;
V_2 : volume de solution titrante versé exprimé en L.
On fournit sur la figure 1 un extrait du programme et sur la figure 2 le résultat de la simulation obtenu.

Figure 1. Extrait du programme

Figure 2. Évolution des concentrations en fonction du volume de solution titrante versé
▶ 4. Identifier, en justifiant, les espèces A, B, C et D parmi Na+, Cl–, NO3– et Ag+. (0,75 point)
▶ 5. Donner l’expression de la ligne 15 du programme Python permettant de calculer la valeur du volume à l’équivalence, noté V_E, en fonction de C_1, C_2 et V_1. (0,5 point)

Figure 3. Évolution de la conductivité σ au cours du dosage en fonction du volume de solution de nitrate d’argent versé
▶ 6. En utilisant les résultats de la simulation de la figure 2, expliquer l’évolution de la conductivité mesurée au cours du dosage. (0,75 point)
▶ 7. Exploiter les résultats expérimentaux pour déterminer la concentration en masse CQuinton des ions chlorure dans l’eau de Quinton. (0,5 point)
L’incertitude-type u(CQuinton) associée à la valeur de la concentration en masse trouvée précédemment est, dans cette situation :
avec u(VE) = 0,5 mL, u(V1) = 0,02 mL et u(C2) = 2×10–3 mol · L–1.
▶ 8. Vérifier si la concentration trouvée est en accord avec la concentration en ions chlorure de l’eau de mer bretonne. (0,25 point)
Les clés du sujet
Le lien avec le programme

Les conseils du correcteur
Partie 1. Préparation de l’eau de Quinton isotonique | ▶ 2. Convertissez la concentration moyenne en masse en ions chlorure d’une eau de mer bretonne en concentration en quantité de matière. |
Partie 2. Analyse d’une eau de Quinton hypertonique | ▶ 4. Identifiez les espèces chimiques spectatrices et caractérisez l’évolution de leur concentration en fonction du volume de réactif titrant versé. Pour les espèces chimiques réactives, raisonnez en distinguant l’évolution de leur concentration avant et après l’équivalence. ▶ 6. Utilisez la loi de Kohlrausch et raisonnez en deux temps : avant l’équivalence, puis après l’équivalence. |
Partie 1. Préparation de l’eau de Quinton isotonique
▶ 1. Proposer un protocole de préparation de l’eau de Quinton isotonique par dilution de l’eau de Quinton commerciale
On veut préparer, par dilution, 100,0 mL d’eau de Quinton isotonique (solution fille) en diluant cinq fois l’eau de Quinton commerciale hypertonique (solution mère). Il faut donc déterminer le volume Vmère de solution mère à prélever.
La conservation de la quantité de matière nsoluté de soluté au cours de la dilution se traduit par la relation : nsoluté = Cmère × Vmère = Cfille × Vfille.
On peut donc écrire : .
La dilution souhaitée est telle que donc .
Par conséquent : .
Les étapes du protocole de préparation de la solution isotonique à partir de la solution commerciale hypertonique sont les suivantes :
à l’aide d’une pipette jaugée de 20,0 mL, on prélève Vmère = 20,0 mL de solution commerciale contenue dans un bécher ;
on verse ce volume Vmère dans une fiole jaugée de 100,0 mL ;
on complète la fiole avec de l’eau déminéralisée jusqu’au trait de jauge ;
on bouche la fiole et on agite.
▶ 2. Vérifier le caractère isotonique de la solution ainsi préparée
La vérification du caractère isotonique de la solution nécessite de déterminer sa concentration en quantité de matière d’ions chlorure pour la comparer à celle du sang.
Le conseil de méthode
La concentration en masse Cm d’une solution est définie par .
La concentration en quantité de matière C de la même solution est définie par : .
Puisque la masse de soluté est liée à la quantité de matière de soluté par la relation msoluté = nsoluté × Msoluté, où Msoluté est la masse molaire du soluté, on a : .
Ainsi, la concentration en quantité de matière peut se calculer directement à partir de la concentration en masse à l’aide de la relation : .
L’énoncé précise que la solution commerciale est fabriquée à partir d’une eau de mer dont la concentration moyenne en masse en ions chlorure est 19,4 g · L–1. Pour calculer la concentration en quantité de matière Cmère de la solution commerciale, il faut diviser la concentration en masse par la masse molaire de l’ion chlorure Cl– qui est assimilable à la masse molaire atomique du chlore : M(Cl–) = M(Cl) = 35,5 g · mol–1.
On obtient alors = 0,546 mol · L–1.
Par conséquent, la solution fille a pour concentration = 0,109 mol · L–1 = 109 mmol · L–1.
Cette concentration en ions chlorure est comprise entre 100 et 110 mmol · L–1, comme le sang. La solution fille est donc isotonique.
Partie 2. Analyse d’une eau de Quinton hypertonique
▶ 3. Écrire l’équation de la réaction modélisant le titrage
à noter
Les ions sodium Na+(aq) et les ions nitrate NO3–(aq) sont spectateurs. Ils n’apparaissent donc pas dans l’équation de réaction.
L’équation de la réaction modélisant la transformation chimique mise en jeu au cours du titrage est la suivante : Ag+(aq) + Cl–(aq) → AgCl(s).
▶ 4. Identifier les espèces A, B, C et D parmi Na+, Cl–, NO3– et Ag+
à noter
Les 25 mL de solution titrante versée (voir figure 2) augmentent progressivement le volume de solution contenu dans le bécher, qui passe de 210 mL à 235 mL. Cependant, l’augmentation relative du volume reste modérée, ce qui permet de négliger la dilution due à l’ajout de solution titrante, comme cela est précisé dans l’énoncé.
Les ions sodium Na+ contenus dans la solution titrée n’interviennent pas dans le processus réactionnel ; ils sont spectateurs. Par ailleurs, aucun ion sodium n’est apporté par la solution titrante. La dilution liée à l’ajout de solution titrante étant négligée, on peut donc conclure que la concentration [Na+] reste constante. Sur la figure 2, seule l’espèce D garde une concentration inchangée pendant tout le titrage : l’espèce D est donc l’ion sodium Na+.
Les ions nitrate NO3– apportés par la solution titrante sont également spectateurs. Ils ne sont donc pas consommés et leur concentration [NO3–] augmente donc tout au long du titrage. Par ailleurs, la concentration initiale est nulle puisque la solution titrée ne contient pas d’ions nitrate. Sur la figure 2, seule la concentration de l’espèce C correspond à cette évolution : l’espèce C est donc l’ion nitrate NO3–.
Avant l’équivalence du titrage, les ions argent Ag+ apportés par la solution titrante sont le réactif limitant ; ils sont entièrement consommés tant qu’il reste des ions chlorure Cl– pour réagir avec eux. Donc avant l’équivalence, [Ag+] = 0 et la concentration [Cl–] diminue.
Après l’équivalence, les ions chlorure ont été totalement consommés, par conséquent : [Cl–] = 0. Par ailleurs, les ions argent augmentent en concentration car ils continuent d’être apportés par la solution titrante de nitrate d’argent.
En observant l’évolution des concentrations de la figure 2, on peut donc conclure que l’espèce B est l’ion argent Ag+ et l’espèce A est l’ion chlorure Cl–.
En résumé, A = Cl–, B = Ag+, C = NO3–et D = Na+.
▶ 5. Donner l’expression de la ligne du programme Python permettant de calculer le volume à l’équivalence
À l’équivalence E, les réactifs ont été mélangés dans les proportions stœchiométriques. Or, d’après l’équation de réaction écrite à la question 3, une mole d’ions argent réagit avec une mole d’ions chlorure. Par conséquent, à l’équivalence E, la quantité d’ions argent qui a été apportée par la solution titrante est égale à la quantité initiale d’ions chlorure contenue dans la solution titrée : nE(Ag+) = ni(Cl–).
Cela conduit à la relation : C2 × VE = C1 × V1 donc le volume équivalent s’exprime : .
En langage Python, la ligne 15 s’écrit donc : V_E = C_1*V_1/C_2
▶ 6. Expliquer l’évolution de la conductivité mesurée au cours du dosage
à noter
Loi de Kohlrausch
La conductivité électrique σ d’une solution ionique contenant les ions Xi en concentrations molaires [Xi] et de conductivités constantes λi :
.
Les ions présents dans le bécher sont Ag+, Na+, Cl– et NO3–. D’après la loi de Kohlrausch, la conductivité électrique de la solution est donc :
Avant l’équivalence :
les ions argent sont entièrement consommés donc [Ag+] = 0 ;
la concentration [Na+] reste constante ;
les ions Cl– sont progressivement consommés mais ils sont toujours présents donc la concentration [Cl–] diminue sans s’annuler ;
les ions nitrate sont apportés par la solution titrante donc la concentration [NO3–], initialement nulle, augmente.
On peut donc affirmer que dans l’expression de σ ci-dessus, seuls les termes et varient.
Par ailleurs, sur la figure 2, on constate que les coefficients directeurs des droites représentant [Cl–] et [NO3–] en fonction du volume versé de solution titrante sont exactement opposés. La diminution de la concentration [Cl–] compense exactement l’augmentation de la concentration [NO3–].
En revanche, la conductivité molaire ionique (7,63 × 10–3 S · m2 · mol–1) est légèrement supérieure à (7,14×10–3 S · m2 · mol–1), donc le terme décroissant l’emporte sur le terme croissant . C’est pourquoi on voit sur la figure 3 que la conductivité diminue avant l’équivalence.

Après l’équivalence :
la concentration [Na+] reste constante ;
les ions Cl– ont été totalement consommés donc [Cl–] = 0 ;
la transformation chimique est terminée donc les concentrations des ions Ag+ et des ions NO3– (tous deux apportés par la solution titrante) augmentent.
Par conséquent dans l’expression de σ, les termes et restent constants tandis que les termes et sont croissants. Il est donc normal de constater sur la figure 3 qu’après l’équivalence, la conductivité augmente fortement.
▶ 7. Exploiter les résultats expérimentaux pour déterminer la concentration en masse CQuinton des ions chlorure dans l’eau de Quinton
Pour déterminer le volume de solution titrante versé à l’équivalence VE, on détermine graphiquement l’abscisse du point d’intersection des deux droites qui modélisent la conductivité avant l’équivalence et après l’équivalence. On obtient VE = 18,0 mL.

La relation C2 × VE = C1 × V1 permet d’exprimer la concentration C1 en quantité de matière d’ions chlorure dans l’eau de Quinton : .
à noter
Dans l’application numérique, il n’est pas utile de convertir les volumes V1 et VE en litre puisqu’on fait leur rapport.
Ici, le volume d’eau de Quinton titrée est V1 = 10,0 mL car les 200 mL d’eau qui y ont été ajoutés n’interviennent pas dans le titrage sauf pour limiter l’effet de dilution comme cela a été expliqué à la question 4 :
= 0,540 mol · L–1.
La concentration en masse en ions chlorure de l’eau de Quinton est donc : CQuinton = C1 × MCl– = 0,540 × 35,5 = 19,2 g · L–1.
▶ 8. Vérifier si la concentration trouvée est en accord avec la concentration en ions chlorure de l’eau de mer bretonne
à noter
Le rapport , appelé z-score, sert à comparer la valeur x d’une mesure à une valeur de référence xréf.
S’il est inférieur à 2, on admet généralement que la mesure est validée.
Pour savoir si la valeur de la mesure CQuinton est en accord avec la valeur de référence CEau de mer, on calcule le z-score :
L’incertitude-type sur la mesure de CQuinton s’exprime :
à noter
En général, on exprime la valeur d’une incertitude avec un seul chiffre significatif en arrondissant par excès.
L’application numérique donne :
Pour savoir si la valeur de la mesure CQuinton est en accord avec la valeur de référence CEau de mer, on calcule le rapport suivant :
= 0,3.
à noter
En général, on exprime la valeur d’une incertitude avec un seul chiffre significatif en arrondissant par excès.
Ce rapport est inférieur à 2, on peut donc considérer que la valeur mesurée est en accord avec la valeur de référence.