École et cohésion sociale

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Sujet zéro
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
École et cohésion sociale
 
 

Intégration, conflit, changement social

Corrigé

39

Ens. spécifique

sesT_1200_00_33C

 

Sujet zéro

dissertation • 20 points

> Quelle est la contribution de l’école à la cohésion sociale en France aujourd’hui ?

Document 1

Situation professionnelle des jeunes et conditions d’emploi trois ans après la sortie de formation initiale

 

Année de sortie de formation initiale

Ensemble des sortants

Ensemble des sortants en emploi

Taux d’emploi

Taux de chômage (%)

Part de jeunes en CDI ou fonctionnaires (%)

Part de jeunes en emploi de cadres ou professions intermédiaires (%)

Salaire médian net mensuel (en euros courants)

2004

2007

2004

2007

2004

2007

2004

2007

2004

2007

Sans diplôme

56

48

33

40

41

37

18

19

1 120

1 140

CAP ou BEP

76

70

17

24

55

54

13

14

1 200

1 200

Bac professionnel ou technologique

78

75

13

15

57

54

30

31

1 200

1 250

Bac général

62

55

14

19

51

43

47

45

1 200

1 200

Bac + 2

88

86

7

9

68

68

68

68

1 410

1 460

Licence, L3

83

80

7

11

70

71

81

75

1 470

1 480

Bac + 4

83

851

10

81

67

721

83

851

1 510

1 7301

DEA, DESS, M2 – Écoles d’ingénieurs ou de commerce

91

88

5

9

79

79

94

94

2 000

2 000

Doctorat

91

92

7

5

58

59

98

99

2 150

2 220

Ensemble du supérieur

87

85

7

9

70

72

79

80

1 530

1 630

Ensemble

77

73

14

18

61

60

50

52

1 300

1 380

 

Source : CÉREQ, enquête 2010 auprès de la génération 2007, enquête 2007 auprès de la génération 2004, Bref du CÉREQ, n° 283, mars 2011.

Champ : Ensemble des sortants de formation initiale.

1. L’évolution observée entre la génération 2004 et la génération 2007 n’est pas significative parce qu’elle résulte avant tout du recul du nombre de sorties au niveau M1 dans les universités, qui augmente le poids relatif des diplômés d’écoles de niveau bac + 4.

Document 2

Extrait des programmes d’enseignement de l’école primaire – Instruction civique et morale

[…] l’instruction civique permet aux élèves d’identifier et de comprendre l’importance des valeurs, des textes fondateurs, des symboles de la République française et de l’Union européenne, notamment la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Au cours du cycle des approfondissements, les élèves étudient plus particulièrement les sujets suivants :

1. L’estime de soi, le respect de l’intégrité des personnes, y compris de la leur : les principales règles de politesse et de civilité, les contraintes de la vie collective, les règles de sécurité et l’interdiction des jeux dangereux, les gestes de premiers secours, les règles élémentaires de sécurité routière, la connaissance des risques liés à l’usage de l’Internet, l’interdiction absolue des atteintes à la personne d’autrui.

2. L’importance de la règle de droit dans l’organisation des relations sociales qui peut être expliquée à partir d’adages juridiques (« nul n’est censé ignorer la loi », « on ne peut être juge et partie », etc.).

3. Les règles élémentaires d’organisation de la vie publique et de la démocratie : le refus des discriminations de toute nature, la démocratie représentative (l’élection), l’élaboration de la loi (le Parlement) et son exécution (le gouvernement), les enjeux de la solidarité nationale (protection sociale, responsabilité entre les générations).

4. Les traits constitutifs de la nation française : les caractéristiques de son territoire (en relation avec le programme de géographie) et les étapes de son unification (en relation avec le programme d’histoire), les règles d’acquisition de la nationalité, la langue nationale (l’Académie française).

5. L’Union européenne et la francophonie : le drapeau, l’hymne européen, la diversité des cultures et le sens du projet politique de la construction européenne, la communauté de langues et de cultures composée par l’ensemble des pays francophones (en relation avec le programme de géographie).

Ministère de l’Éducation nationale, Bulletin officiel,
hors-série n° 3, 19 juin 2008.

Document 3

Proportion de bacheliers dans une génération


 

Source : Depp, dans TEF, INSEE.

Champ : France métropolitaine.

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • Le sujet invite à montrer comment l’école contribue à la cohésion sociale en France aujourd’hui. L’école doit s’entendre au sens large, c’est-à-dire comme l’ensemble du système éducatif allant de l’école primaire à l’enseignement supérieur.
  • La cohésion sociale désigne une situation dans laquelle les membres d’un groupe ou d’une société sont liés entre eux par un ensemble de relations sociales et de normes collectives qui participent à assurer son unité. La cohésion d’une société résulte du double processus de socialisation et d’intégration.

Dégager une problématique

Pour développer votre réflexion, vous pouvez prendre appui sur la problématique suivante : par quels moyens et par quels processus l’école contribue-t-elle à assurer la cohésion sociale en France aujourd’hui ?

Analyser les documents

Document 1

Il met en relation la situation professionnelle des jeunes et leurs conditions d’emploi trois ans après la sortie de formation initiale selon leur niveau de diplôme. Les données présentées montrent que plus le niveau de diplôme s’élève, plus les chances d’obtenir un emploi augmentent et plus les conditions d’emploi sont favorables.

Document 2

Il présente quelques aspects du programme d’instruction civique et morale dispensée à l’école primaire. Il montre que l’école a pour objectif d’aider chaque enfant à construire sa personnalité (« estime de soi ») et de le socialiser aux normes et valeurs. L’école concourt ainsi au processus d’intégration des jeunes générations et à la construction de leur citoyenneté.

Document 3

Il présente l’évolution de la proportion de bacheliers d’une génération dans l’ensemble et selon le type de baccalauréat en vigueur en France depuis les années 1980. On observe une augmentation très importante de la part des bacheliers dans la génération de la seconde moitié des années 1980 à 1995 ; depuis, on constate une stabilisation de ce pourcentage autour de 63 %. Cette évolution très rapide est significative des politiques d’éducation volontaristes mises en œuvre en France et visant à ce que 80 % d’une classe d’âge obtiennent le niveau baccalauréat. Elle indique également un processus de démocratisation de l’enseignement secondaire.

Définir le plan

Vous pourrez organiser votre propos en montrant tout d’abord que l’école participe à la cohésion sociale en socialisant les jeunes générations et en rendant possible l’exercice de la citoyenneté, puisqu’elle facilite l’accès aux diplômes, facteur essentiel d’une insertion professionnelle réussie, elle-même source d’intégration et de cohésion sociale.

Corrigé

Introduction

  • Les débats suscités par chaque réforme d’une partie du système éducatif (autonomie des universités, réforme du lycée, etc.) traduisent les fortes attentes à l’égard de l’école. En effet, dans une société démocratique, l’école – c’est-à-dire l’ensemble du système éducatif – joue un rôle essentiel dans la cohésion sociale. Celle-ci désigne une situation dans laquelle les membres d’un groupe ou d’une société sont liés entre eux par un ensemble de relations sociales et de normes collectives qui participent à assurer son unité. La cohésion d’une société résulte du double processus de socialisation et d’intégration.
  • Par quels moyens et quels processus l’école contribue-t-elle à assurer la cohésion sociale en France aujourd’hui ?
  • L’école participe à la cohésion sociale, d’une part, en socialisant les jeunes générations et en rendant possible l’exercice de la citoyenneté et, d’autre part, en facilitant l’accès aux diplômes, facteur essentiel d’une insertion professionnelle, elle-même source d’intégration sociale.

I. En socialisant les jeunes générations
et en les préparant à l’exercice de la citoyenneté,
l’école contribue à la cohésion sociale

1. L’école socialise les jeunes générations…

  • L’école est, avec la famille, un agent de la socialisation, processus par lequel les individus apprennent et intériorisent les normes et les valeurs collectives, les intègrent à la structure de leur personnalité et, par là, s’adaptent à leur environnement socio-économique. L’école, en intervenant dès le plus jeune âge, est une instance de la socialisation primaire. À partir de ce « socle de base », l’enfant va construire sa représentation du monde social et interpréter les expériences auxquelles il sera confronté. Les parents ont l’obligation de scolariser leurs enfants âgés de 6 à 16 ans ; le rôle socialisateur de l’école se renforce avec le temps de scolarisation.
  • Cette action socialisatrice de l’école s’opère de multiples façons. Par l’organisation du temps scolaire et les contenus des enseignements, l’école prépare aux règles de vie collective. Ainsi, le programme d’instruction civique et morale de l’école primaire recommande aux professeurs d’étudier avec les élèves « les principales règles de politesse et de civilité, les contraintes de la vie collective », ou bien encore « l’interdiction absolue des atteintes à la personne d’autrui » (document 2, l. 10 et 14). L’école est également un lieu de relations entre pairs qui initie les enfants à vivre ensemble et à construire leur personnalité.

2. … ce qui rend possible la cohésion sociale

  • Par la formation qu’elle dispense, l’école est le moyen pour chaque individu de construire sa personnalité, sa capacité de jugement et, ainsi, d’exercer pleinement sa citoyenneté (droit de vote, liberté de jugement, etc.). L’école forme aussi à la citoyenneté en transmettant les valeurs de la République dont elle est dépositaire. Les enfants apprennent les symboles de la nation, les règles juridiques de base et les principes d’organisation de la vie publique et de la démocratie (document 2).
  • Tous ces éléments concourent à l’intégration sociale. C’est ainsi que l’école de la IIIe République issue des lois Ferry a contribué à l’unification culturelle et linguistique de la France. L’éducation à la citoyenneté reste encore aujourd’hui un objectif important assigné à l’école.
  • Si l’école contribue à la cohésion sociale par le renforcement des liens qui unissent les individus et par la création d’un sentiment d’appartenance à une même communauté, elle y participe également en favorisant l’insertion professionnelle.

II. L’école facilite l’accès aux diplômes,
facteur essentiel d’une bonne insertion professionnelle

1. La mise en œuvre de politiques éducatives volontaristes
a permis une forme de démocratisation de l’enseignement

  • Dans les années 1980, l’école avait pour objectif de mener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Cette politique d’éducation volontariste a permis d’élever significativement le niveau de formation et d’engager un mouvement de démocratisation de l’enseignement (qui reste toutefois ­inachevé). La part des bacheliers d’une génération est passée de 26 % en 1980 à plus de 60 % en 1995, soit une augmentation de plus de 34 points. Depuis 1995, ce pourcentage s’est stabilisé autour de 63 %, mais il a de nouveau augmenté ces dernières années (document 3).
  • Cette tendance devrait se poursuivre dans l’enseignement supérieur car la loi d’orientation sur l’école de 2005 ambitionne de conduire 50 % d’une classe d’âge au niveau licence. Cet accroissement du niveau de diplôme doit faciliter l’insertion professionnelle des jeunes générations, notamment dans un contexte où les emplois créés nécessitent une qualification de plus en plus élevée.

2. Le diplôme est un élément essentiel d’une insertion professionnelle et sociale réussie, elle-même source d’intégration et de cohésion sociales

  • On constate que, plus le niveau de diplôme est élevé, plus l’insertion professionnelle est bonne. En effet, en 2010, le taux de chômage des personnes sans diplôme s’élève à 40 % trois ans après leur sortie de formation initiale, alors qu’il ne représente que 9 % pour les titulaires d’un DEA, d’un Master 2 ou d’un diplôme d’école d’ingénieurs ou de commerce (document 1). Le diplôme est bien un véritable passeport pour l’emploi.
  • On remarque également que, parmi les personnes disposant d’un emploi trois ans après leur sortie de formation initiale, les plus diplômés sont dans des situations plus favorables. Par exemple, les détenteurs d’un bac + 4 ont un salaire médian net mensuel de 1 730 euros, contre 1 200 euros pour les personnes ayant un CAP ou un BEP. De la même façon, les plus diplômés sont plus souvent en contrat à durée indéterminée et occupent relativement davantage de poste de cadres ou de professions intermédiaires.
  • Ainsi, l’obtention d’un diplôme permet une meilleure insertion professionnelle. Or, l’accès à un emploi est une condition essentielle de l’intégration sociale car il est une source de revenu, donc de consommation. Travailler, c’est aussi participer à la vie collective en étant inséré dans un système de droits et de devoirs, et en devenant, ainsi, un membre à part entière de la société (vie associative par exemple). Cette participation à la vie collective est également le gage d’un renforcement de la cohésion sociale.

Conclusion

  • Il apparaît donc que l’école joue un rôle essentiel dans la cohésion sociale. L’école est une institution qui transmet les normes et les valeurs indispensables à la vie collective, elle participe pleinement à la formation des citoyens. En ce sens, elle concourt à rendre possible le vivre-ensemble et à garantir la cohésion de la société.
  • Cependant, ce rôle demeure limité par le maintien de profonds déterminismes sociaux dans la réussite scolaire et par la difficulté à assurer un lien systématique entre diplôme et insertion professionnelle. Ce constat, que certains assimilent à une « crise de l’institution scolaire », invite à s’interroger sur les évolutions à apporter à l’école pour qu’elle garantisse, avec plus d’efficacité encore, sa fonction d’intégration sociale.