École et intégration sociale

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2015 | Académie : Nouvelle-Calédonie


Nouvelle-Calédonie • Novembre 2015

raisonnement • 10 points

École et intégration sociale

 À l’aide des documents et de vos connaissances, vous montrerez que l’école contribue à l’intégration sociale des individus.

Document 1

On considère généralement qu’Émile Durkheim est le fondateur de la sociologie française de l’éducation parce qu’il affirmait que l’école a pour finalité de produire des individus socialisés, à travers une « éducation morale » visant à former des acteurs adaptés à des conditions sociales données, et des individus autonomes, des citoyens capables de s’élever vers la culture de la « grande société ». En fait, cette sociologie participait de la construction d’une école de la République chargée d’assurer la formation d’une conscience nationale, d’une participation démocratique et d’une morale universelle et laïque ; l’école de la République devait se mettre au service […] de l’intégration des individus dans la société. L’ampleur des tâches attribuées à l’école a fait de celle-ci une organisation centrale chargée d’instituer la nouvelle société qui s’est formée au xixe siècle et d’incarner l’idéal révolutionnaire.

Plus que toute autre institution, l’école a incarné la République. […] L’éducation scolaire ne se réduit ni à l’acquisition de connaissances, ni à la distribution hiérarchique de compétences et de diplômes. En France, plus que dans d’autres pays peut-être, on attend de l’école qu’elle forme des citoyens […]. L’école républicaine forgée par la IIIe République a été conçue comme une institution définissant précisément ses objectifs, ses valeurs et le rôle des maîtres et des élèves.

François Dubet, « Sociologie de l’éducation »,

Encyclopédie Universalis, 2013.

Document 2 Proportion de bacheliers dans une génération de 1981 à 2012 (en %)

sesT_1511_11_00C_01

Source : Insee, 2013.

Champ : France métropolitaine jusqu’en 2000, France (hors Mayotte) de 2001 à 2012.

Document 3 Chômage, sous-emploi et emplois temporaires en 2012 selon le diplôme obtenu 1 à 4 ans après l’obtention du diplôme

En %

1 à 4 ans après l’obtention du diplôme

Taux de chômage

Taux de sous-emploi1

Part des emplois temporaires2 dans l’emploi total

Diplôme du supérieur

10,3

5,8

26,3

Bac, CAP3, BEP4 ou équivalent

24,1

13,2

38,0

Brevet des collèges, CEP5 ou pas diplômés

46,9

17,5

46,5

Ensemble

20,4

9,6

32,5

Source : Insee, 2012.

Champ : France métropolitaine.

1. Taux de sous-emploi : proportion d’actifs occupés à temps partiel souhaitant travailler plus parmi tous les actifs occupés.

2. Emplois temporaires : contrats à durée déterminée, missions d’intérim, emplois aidés.

3. CAP : certificat d’aptitude professionnelle.

4. BEP : Brevet d’enseignement professionnel.

5. CEP : Certificat d’études primaires.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

L’école représente l’ensemble du système éducatif allant de l’école primaire à l’enseignement supérieur.

L’intégration sociale désigne le processus par lequel l’individu se sent intégré à la société en adhérant aux normes et aux valeurs communes favorisant ainsi la participation à la vie collective.

Comprendre les documents

Document 1

Ce texte présente la vision d’Émile Durkheim de l’école qualifiée de républicaine. Cette école doit former de futurs citoyens en leur transmettant les valeurs de la République : laïcité, conscience d’appartenir à une même nation. Ainsi, grâce à l’école, la République intègre les jeunes générations.

Document 2

Ce graphique présente l’évolution de la proportion de bacheliers d’une génération en fonction du type de baccalauréat depuis les années 1980. On peut observer une forte augmentation de la part des bacheliers dans une génération entre 1987 et le milieu des années 1990 (plus de 60 % de la génération concernée a le bac en 1996). Cette part stagne entre 1996 et 2009, puis augmente à nouveau à partir de 2010, pour atteindre près de 80 % en 2012. On peut l’expliquer par la part croissante de bacheliers professionnels.

Document 3

Ce tableau met en relation la situation professionnelle des jeunes sortis du système éducatif depuis au moins un an et au plus quatre ans et leur diplôme. On constate que plus le niveau de diplôme est élevé, plus l’insertion professionnelle est facilitée, car les plus diplômés sont relativement moins touchés par le chômage et la précarité de l’emploi.

Définir le plan

Le sujet invite à montrer comment l’école permet d’intégrer la société : tout d’abord en socialisant les jeunes par la transmission des valeurs de la République, ensuite en favorisant l’insertion professionnelle des plus diplômés.

Corrigé

Corrigé

Introduction

Depuis la fin du xixe siècle, l’école, c’est-à-dire l’ensemble du système de formation allant du primaire à l’enseignement supérieur, est au cœur de la République. Aujourd’hui, on reproche à l’école de ne plus jouer son rôle intégrateur.

Malgré tout, on peut considérer qu’elle continue à jouer un rôle central dans le processus par lequel l’individu se sent intégré dans la société en adhérant à ses normes et à ses valeurs communes. En effet, l’école reste une instance d’intégration primaire et elle facilite l’insertion professionnelle.

I. L’école est une instance de socialisation primaire

À la fin du xixe siècle, l’école dite républicaine, laïque, gratuite et obligatoire est conçue comme une instance de socialisation primaire. Elle complète l’éducation de la famille en transmettant les valeurs et les normes de la République. Pour Durkheim, l’école doit approfondir l’adhésion de l’ensemble des citoyens aux idéaux de la République, liberté, égalité, fraternité. Ainsi, l’école permet de développer une conscience collective permettant aux citoyens de vivre ensemble. En étant le premier lieu d’apprentissage des normes et des valeurs de la vie en collectivité, l’école donne des repères pour adapter nos comportements dans la vie sociale et échapper ainsi à l’anomie (document 1).

Depuis les années 1960, les grandes réformes scolaires ont eu comme objectif principal de démocratiser le système de formation en permettant à des jeunes de plus en plus nombreux de poursuivre plus longtemps des études. Ainsi, la part des bacheliers d’une génération a fortement augmenté depuis les années 1980 pour atteindre 80 % aujourd’hui, progression due en grande partie à l’augmentation de la part des bacheliers professionnels (document 2). Si cette massification n’a pas supprimé certaines inégalités, elle transforme toutefois les conditions de l’intégration sociale en accentuant les attentes envers l’école dans son rôle socialisateur.

II. Grâce au diplôme, l’école facilite l’insertion professionnelle

On constate que plus le niveau de diplôme est élevé, plus il est facile de s’insérer professionnellement. En effet, le taux de chômage des jeunes ayant obtenu un diplôme du supérieur depuis au moins un an et au plus quatre ans est quatre fois moins élevé que celui des jeunes n’ayant qu’un faible niveau de diplôme ou aucun diplôme (document 3). De plus, les moins diplômés sont plus souvent touchés par la précarité de l’emploi.

L’accès à l’emploi est une condition essentielle à l’intégration sociale car il est une source de revenu et donc de consommation. Celle-ci, dans une société dite de consommation, permet d’être intégré à un groupe social. L’emploi favorise l’insertion dans la division du travail qui, pour Durkheim, crée un ensemble d’interdépendances entre les individus s’inscrivant dans ce que le sociologue qualifie de solidarité organique.

Conclusion

En inculquant les normes et les valeurs de la société, l’école reste une institution de socialisation primaire majeure. Le système de formation, grâce au diplôme obtenu, favorise l’intégration professionnelle qui reste aujourd’hui le meilleur moyen pour s’insérer dans la société.