École et mobilité sociale

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : Moyen-Orient
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
École et mobilité sociale
 
 

Classes, stratification et mobilité sociales

Corrigé

27

Ens. spécifique

sesT_1305_09_02C

 

Liban • Mai 2013

dissertation • 20 points

> L’école favorise-t-elle la mobilité sociale ?

Document 1

Accès à une profession de cadre ou à une profession intermédiaire en 2010 pour les diplômés du baccalauréat1, selon le sexe et le milieu d’origine (en %)


 

Source : ministère de l’Éducation nationale, novembre 2011.

1. Il s’agit des individus dont le niveau de diplôme le plus élevé est le baccalauréat.

Document 2

Pourcentage de bacheliers selon la catégorie socioprofessionnelle du père et l’année de naissance


 

Source : ministère de l’Éducation nationale, novembre 2011.

Document 3

Table de destinée : catégorie socioprofessionnelle du fils en fonction de celle du père (en %) en 1977 (données en italiques) et en 2003 (données en gras)

 

Catégorie socioprofessionnelle du père

Catégorie socio-

professionnelle du fils

(en italiques : 1977)

en gras : 2003)

Agriculteur

Artisan,

commerçant,

chef d’entreprise

Cadre et

profession

intellectuelle

supérieure

Profession

intermédiaire

Employé

Ouvrier

Ensemble

Agriculteur

36

2

2

1

1

2

11

22

1

0

0

0

1

4

Artisan,

commerçant, chef

d’entreprise

8

29

11

9

8

8

11

6

21

6

6

7

8

9

Cadre et profession

intellectuelle

supérieure

3

14

48

23

15

4

9

9

22

52

33

22

10

19

Profession

intermédiaire

8

19

25

36

29

17

18

17

24

26

33

28

23

24

Employé

6

8

6

11

15

9

9

9

9

6

9

17

12

11

Ouvrier

39

28

8

19

31

60

42

37

24

9

17

26

46

34

Ensemble

100

100

100

100

100

100

100

100

100

100

100

100

100

100

 

Source : INSEE, 2006.

Champ : hommes actifs ayant un emploi ou anciens actifs ayant eu un emploi, âgés de 40 à 59 ans, en 1977 et en 2003.

Document 4

Extrait d’entretien : Femme, 39 ans, hôtesse d’accueil, père cadre dans la fonction publique.

« - Et ces études-là, ça vous plaisait ?

- C’était sur Paris, et c’était pas forcément évident. Et les conditions de vie sont pas forcément très simples, et les conditions financières, il fallait quand même faire très attention. Je pouvais avoir l’opportunité, à l’époque, de continuer sur une licence sur Paris, dans une Fac1 au sud de Paris, mais j’ai pas forcément pris la décision de poursuivre. Donc je me suis arrêtée avec mon Bac+2, mon DUT2. (…) Quand je vois qu’avec un bac+2, quand même, bac+2, c’est pas rien ! Je me retrouve à faire l’hôtesse d’accueil… quand même, bac+2 pour répondre au téléphone, c’est dingue quand on y pense… Mon père, avec le BEPC3, il dirige une équipe ! »

La mobilité sociale descendante. L’épreuve du déclassement, Camille Peugny, 2007.

1. Fac : faculté, composante de l’université.

2. DUT : Diplôme universitaire technologique.

3. BEPC : Brevet d’études du premier cycle, équivalent du Diplôme National du Brevet.

Définir les mots clés

La mobilité sociale, définie par l’ensemble des changements de position des individus dans l’espace social, est estimée par leur position socioprofessionnelle, soit au cours de leur vie active (mobilité intragénérationnelle), soit d’une génération à l’autre (mobilité intergénérationnelle).

On entend par le terme « école » l’ensemble du système éducatif.

Dégager la problématique

Si l’école joue en principe un rôle primordial dans les possibilités de mobilité sociale d’un individu, nous verrons cependant que son action peut être limitée.

Analyser les documents

Document 1

Ce document indique donc que le rendement social des diplômes est inégal selon le sexe et le milieu social d’origine. Ainsi, 30 % des hommes diplômés du baccalauréat accèdent à une profession de cadre ou de profession intermédiaire contre seulement 27 % des femmes. L’inégalité est encore plus forte selon le milieu d’origine : si 37 % des personnes dont le diplôme le plus élevé est le baccalauréat et ayant un père cadre ou profession intermédiaire deviennent cadre ou profession intermédiaire, ce pourcentage baisse à 25 % lorsque le père est ouvrier ou employé.

Document 2

Ce graphique met en évidence une augmentation du pourcentage de bacheliers selon les générations : 35 % des personnes nées entre 1964 et 1968 ont obtenu le baccalauréat, alors que 65 % des personnes nées entre 1983 et 1987 accèdent à ce niveau de diplôme. Les inégalités d’accès au baccalauréat selon la catégorie socioprofessionnelle (CS) d’origine se réduisent mais demeurent encore significatives : parmi les personnes nées entre 1983 et 1987, 85 % des enfants de cadres et professions intermédiaires obtiennent le baccalauréat, ils ne sont que 55 % parmi les enfants d’ouvriers et d’employés.

Document 3

Ce document présente la table de destinée sociale des hommes (actifs ou anciens actifs) âgés de 40 à 59 ans en 1977 et 2003. On observe une augmentation de la mobilité sociale intergénérationnelle pour certaines catégories comme les agriculteurs exploitants (AE) et les ouvriers. Ces évolutions sont à la fois la conséquence d’évolutions structurelles de l’emploi (la part des ouvriers et des AE a diminué entre 1977 et 2003) et de l’élévation du niveau de formation (cf. document 1) qui permet des parcours de mobilité intergénérationnelle ascendante. On observe cependant que la reproduction sociale demeure importante en particulier pour les fils d’ouvriers et les fils de cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS).

Document 4

Cet extrait d’entretien expose une situation de déclassement : la détention d’un diplôme plus élevé (DUT) que celui de son père (BEPC) ne permet pas d’accéder à un emploi (hôtesse d’accueil) plus valorisé que son père (chef d’équipe). Cette situation illustre le paradoxe d’Anderson.

Définir le plan

Dans une première partie, vous montrerez que l’école est un vecteur de mobilité sociale et dans une seconde partie vous mettrez en évidence les limites de cette relation.

Corrigé

Introduction

Toute société démocratique repose sur le principe méritocratique selon lequel la position sociale de chaque individu doit être fonction de son mérite et non de son origine sociale. Il devrait donc exister, notamment grâce à l’école, une forte mobilité sociale intergénérationnelle (ensemble des changements de position socioprofessionnelle des individus dans l’espace social entre les générations). Pourtant, de nombreux éléments font craindre une panne de « l’ascenseur social » et conduisent à s’interroger sur le rôle du système éducatif dans la mobilité sociale. Après avoir montré le rôle essentiel joué par l’école dans la mobilité sociale, nous serons amenés à le nuancer.

I. L’école joue un rôle essentiel dans la mobilité sociale…

1. L’école est un vecteur essentiel de l’idéal démocratique…

  • Dans une société démocratique, le système éducatif est garant de l’égalité des chances. L’une des missions centrales de l’école est en effet de permettre à chaque individu, indépendamment de son origine sociale, d’accéder à un diplôme, condition essentielle de son insertion professionnelle et sociale.
  • Les mutations du système éducatif renforcent la démocratisation scolaire. Sous l’effet de politiques éducatives volontaristes, le système scolaire s’est massifié et relativement démocratisé en permettant aux enfants des catégories populaires d’accéder aux diplômes du second degré puis du supérieur. Ainsi plus de 50 % des enfants d’ouvriers et d’employés nés entre 1983 et 1987 obtiennent le baccalauréat contre seulement 21 % pour la génération née entre 1964 et 1968 (document 2).

2. … et participe à la fluidité de la société

  • L’école accompagne la mobilité structurelle. En répondant aux besoins croissants de l’appareil productif en main-d’œuvre qualifiée par la création de nouveaux diplômes, l’école facilite les possibilités de mobilité liées à l’évolution de la structure socioprofessionnelle d’une génération à l’autre (document 3).
  • L’école permet à certaines catégories sociales de bénéficier d’une mobilité sociale ascendante. On observe entre 1977 et 2003 une augmentation de la mobilité sociale intergénérationnelle pour certaines catégories comme les ouvriers : si en 1977, 60 % des fils d’ouvriers devenaient ouvriers, ils ne sont plus que 46 % en 2003. De la même façon, 33 % des fils de professions intermédiaires deviennent CPIS. Ces situations de mobilité illustrent une certaine fluidité de la société française dans laquelle l’école a un rôle essentiel.

Si l’école joue, à l’évidence, une fonction importante dans la mobilité sociale, il faut admettre toutefois que son influence demeure limitée.

II. …qu’il convient cependant de nuancer

1. Une réussite scolaire sous influence

  • Le niveau de diplôme des parents influence la réussite scolaire et joue encore un rôle décisif dans l’obtention du baccalauréat. Ainsi, les enfants nés entre 1983 et 1987 dont le père est ouvrier ou employé ont 52 % de chances d’obtenir le baccalauréat. Ce taux monte 85 % si leur père est cadre ou profession intermédiaire (document 2).
  • Cela montre comment l’école participe à la reproduction sociale. Les enfants de parents diplômés héritent, selon Pierre Bourdieu, d’un capital culturel en adéquation avec les attentes de l’école. L’inégalité sociale à l’école s’explique donc par la proximité entre la culture des milieux les plus favorisés et la culture scolaire. Ne disposant pas des codes culturels (maîtrise de la langue, culture générale…) propices à la réussite scolaire, les enfants des catégories populaires (peu diplômées) sont plus souvent en échec scolaire. Cette inégalité sociale à l’école contribue fortement à la reproduction sociale.

2. Le marché de l’emploi reflète les inégalités scolaires

  • Le rendement social des diplômes est lui aussi inégal selon le sexe et le milieu social d’origine. L’accès à une profession de cadre ou de profession intermédiaire pour les diplômés du baccalauréat est marqué par des inégalités selon le sexe et le milieu d’origine. Ainsi, 30 % des hommes diplômés du baccalauréat accèdent à une profession de cadre ou de profession intermédiaire, contre seulement 27 % des femmes. L’inégalité est encore plus forte selon le milieu d’origine puisque si 37 % des personnes dont le diplôme le plus élevé est le baccalauréat et ayant un père cadre ou profession intermédiaire deviennent cadre ou profession intermédiaire, ce pourcentage baisse à 25 % lorsque le père est ouvrier ou employé (document 1).
  • L’insertion professionnelle ne dépend donc pas que du niveau de qualification, le capital social est là aussi facteur décisif. Les enfants des milieux les plus favorisés ont ainsi tendance à s’inscrire dans des réseaux sociaux pré-établis par leurs parents qui leur permettent de valoriser leur diplôme scolaire.
  • Certains effets pervers de la démocratisation scolaire limitent le rôle de l’école dans la mobilité sociale. Premièrement, si le nombre de diplômés augmente plus rapidement que le nombre de postes qualifiés, alors une partie de ces diplômés n’aura pas accès à ces emplois qualifiés. Deuxièmement, la généralisation de certains diplômes contribue à les dévaloriser sur le marché du travail, leur obtention n’est donc plus suffisante pour permettre la mobilité sociale. Le document 4 illustre ce paradoxe mis en évidence par Charles Anderson.

Conclusion

  • En définitive, il apparaît que l’école, en promouvant l’égalité des chances, en accompagnant les mutations de la structure sociale, en participant par l’obtention d’un diplôme à l’insertion professionnelle, joue un rôle important dans la mobilité sociale. Ce rôle demeure cependant limité par le maintien de profonds déterminismes dans la réussite scolaire (effet du capital culturel) et dans les conditions d’insertion professionnelle (effets du capital social). À l’extrême, certains considèrent que l’école, en ne garantissant pas pleinement l’égalité des chances participe à la reproduction sociale.
  • Ce constat invite à s’interroger sur les conditions (méthodes pédagogiques, savoirs à enseigner…) à partir desquelles l’école pourrait participer, plus encore, à la mobilité sociale.