École et mobilité sociale

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2014 | Académie : Polynésie française
Corpus Corpus 1
École et mobilité sociale

Classes, stratification et mobilité sociales

sesT_1409_13_00C

Ens. spécifique

29

Polynésie française • Septembre 2014

raisonnement • 10 points

> À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que l’école ne parvient pas toujours à assurer une mobilité sociale.

 Document 1 Table de destinée – Catégorie socioprofessionnelle du fils en fonction de celle du père (en %)
 

Catégorie socioprofes­sionnelle du fils

Catégorie socioprofessionnelle du père

Agriculteur

Artisan,commerçant, chef d’entreprise

Cadre et profession intellectuelle supérieure

Profession intermédiaire

Employé

Ouvrier

Ensemble

Agriculteur

22

1

0

0

0

1

4

Artisan,

commerçant,

chef d’entreprise

6

21

6

8

7

8

9

Cadre et profession intellectuelle supérieure

9

22

52

33

22

10

19

Profession intermédiaire

17

24

26

33

28

23

24

Employé

9

9

6

9

17

12

11

Ouvrier

37

24

9

17

26

46

34

Ensemble

100

100

100

100

100

100

100

 

Source : Insee, 2006.

Champ : hommes actifs ayant un emploi ou anciens actifs ayant eu un emploi, âgés de 40 à 59 ans en 2003.

Remarque : dans la mesure où les données sont arrondies, il est possible que le total en colonne ne soit pas égal à 100.

 Document 2

Dès la maternelle, des inégalités sociales sont visibles, particulièrement marquées dans le domaine de la logique verbale […] mais les écarts sociaux sont également significatifs […] dans les autres dimensions cognitives1 (aisance graphique, structuration spatiale, organisation temporelle) […]. Ensuite, au fil de la scolarité, les apprentissages scolaires revêtent un caractère cumulatif. […]

Les élèves entrent donc en 6e avec un niveau fort inégal : en mathématiques comme en français, les 10 % d’élèves les plus forts réalisent des performances environ trois fois supérieures aux 10 % les plus faibles. […] À ces inégalités de réussite, viennent s’ajouter, à partir du collège, des inégalités tenant spécifiquement aux choix scolaires. […] Les choix d’orientation concourent à l’accroissement des inégalités sociales au collège. En effet, dans notre pays, l’orientation est conçue comme une réponse aux demandes familiales. Or celles-ci sont variables selon le niveau économique et culturel : on croit d’autant plus à l’utilité des diplômes et on en désire d’autant plus pour son enfant qu’on est soi-même instruit et/ou de milieu social élevé. De plus, les demandes sont marquées par une autosélection inégale selon les milieux sociaux […]. Une étude récente du ministère de l’Éducation nationale montre qu’avec moins de 9 de moyenne au contrôle continu du brevet, 66 % des familles de cadres, contre 18 % des familles ouvrières, demandent une orientation en second cycle long. […]

Projets et stratégies deviennent encore plus importants dans l’enseignement supérieur, où en particulier l’autosélection est omniprésente, notamment pour l’accès aux filières sélectives. Ainsi, les classes préparatoires aux grandes écoles, à valeur scolaire identique, sont nettement plus souvent choisies par les jeunes de milieu favorisé. Au total, le « paysage » des études supérieures est donc socialement très contrasté.

Marie Duru-Bellat, « Les causes sociales des inégalités à l’école », Comprendre, n° 4, octobre 2003.

1. Cognitives : relatives aux connaissances.

 Document 3 Origine sociale des étudiants français au cours de l’année 2012-2013 (en %)

 

Source : ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 2013.

Lecture : les étudiants issus de la catégorie « ouvriers » représentaient 20 % des étudiants inscrits dans les sections de technicien supérieur à la rentrée 2012.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

  • La mobilité sociale désigne les changements de position sociale d’un individu au cours de sa vie (intra-générationnelle) ou par rapport à la position sociale de ses parents (intergénérationnelle).
  • L’école, en conduisant la formation initiale et en attribuant les diplômes, a pour mission de garantir l’égalité des chances d’accès aux différentes positions sociales, indépendamment de l’origine des individus.
  • Pour interroger le rôle de l’école dans la mobilité sociale, il est nécessaire d’étudier les liens entre origine sociale et diplôme, d’une part, et entre diplôme et position sociale, d’autre part.

Comprendre les documents

  • Le document 1 présente une table de mobilité sociale « des destinées » qui indique la catégorie socioprofessionnelle (CSP) des actifs, en fonction de la CSP de leur père. La diagonale de ce tableau montre le poids de l’immobilité sociale intergénérationnelle. Ainsi, on constate que 46 % des fils d’ouvriers sont ouvriers et seulement 10 % cadres. Ce document permet donc de nuancer le rôle de l’école dans l’attribution des positions sociales en soulignant la force du lien entre l’origine sociale et la position sociale.
  • Le document 2 souligne le poids du milieu familial et social, d’une part dans les performances scolaires, d’autre part dans les choix et les ambitions scolaires, qui sont autant de freins à l’égalité des chances et à la mobilité sociale.
  • Le document 3, un diagramme en bâtons, montre que les enfants de cadres représentent une proportion plus grande parmi les étudiants (30,7 %) que parmi l’ensemble des 18-23 ans (17 %), ce qui est l’inverse pour les enfants d’ouvriers. En outre, la part des enfants de cadres et celle des enfants d’ouvriers diffèrent fortement selon le type d’études supérieures suivies.

Définir le plan

Après avoir confronté les principes de l’école aux réalités de la mobilité sociale, nous analyserons le rôle du milieu social sur les performances et sur les stratégies scolaires, puis nous nuancerons le lien entre école et position sociale.

Corrigé
Corrigé

Introduction

L’école a pour rôle d’assurer la formation initiale des individus et de les conduire aux diplômes garantissant ainsi leur mobilité sociale, c’est-à-dire la possibilité pour chacun de changer de position sociale, soit par rapport à son origine sociale – mobilité intergénérationnelle –, soit au cours de sa vie – mobilité intra-générationnelle. Nous montrerons que le milieu social et familial reste cependant influent dans l’attribution des positions sociales.

I. L’école, des principes à la réalité

  • Dans les sociétés démocratiques, fondées sur l’idéal méritocratique, l’école apparaît comme l’instrument de l’égalité des chances. En contribuant à la formation et à la qualification des personnes, elle leur permet d’acquérir la position sociale que leurs choix, leurs talents et leurs efforts leur permettent d’atteindre.
  • L’analyse des tables de mobilité sociale, qui mesurent les déplacements intergénérationnels, met en évidence le lien fort entre l’origine sociale et la position sociale. Ainsi, on constate que plus d’un enfant de cadre sur deux est cadre lui-même en 2003, tandis que seulement 9 % sont ouvriers. À l’inverse, près d’un fils d’ouvrier sur deux est ouvrier lui-même, alors que seulement 10 % sont cadres (document 1).

II. Le milieu social pèse sur les performances et sur les stratégies scolaires

  • Les travaux de Pierre Bourdieu ont montré que l’école tend à reproduire les inégalités sociales par le rôle que joue le capital culturel transmis par la famille, possédé en quantité et en qualité inégales, dans la réussite scolaire. Dès les premières années d’école, des difficultés d’apprentissage qui s’accumulent et deviennent source d’échec scolaire touchent avec une plus forte probabilité les enfants issus de milieux défavorisés (document 2).
  • Le milieu social pèse également sur l’ambition des familles et sur les choix d’orientation, les enfants des catégories sociales supérieures étant davantage incités à suivre des formations plus rentables les conduisant à des positions sociales élevées. C’est ainsi que les étudiants de classes préparatoires aux concours des grandes écoles sont pour près de la moitié d’entre eux enfants de cadres et pour 6,3 % d’entre eux enfants d’ouvriers (document 3).

III. Le lien entre le diplôme et la position sociale n’est pas automatique

  • On peut constater qu’un diplôme égal à celui des parents ne garantit pas une position sociale supérieure, ce que souligne le paradoxe d’Anderson, dans un contexte où l’offre de personnes qualifiées sortant du système scolaire croît plus vite que la demande d’emplois qualifiés, générant une forme de déclassement.
  • En outre, le milieu social d’origine continue d’exercer son influence au-delà de la formation, au travers du capital social dont les ressources, très inégalement réparties selon les milieux, s’avèrent décisives dans l’accès à certaines positions sociales à diplôme égal.

Conclusion

Il apparaît en définitive qu’en dépit de ses principes, l’école ne joue pas entièrement son rôle dans l’attribution des positions sociales, le poids du milieu social d’origine restant particulièrement influent.