Ecole et mobilité sociale

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2016 | Académie : Pondichéry


Pondichéry • Avril 2016

raisonnement • 10 points

École et mobilité sociale

 À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que l’école rencontre des difficultés pour assurer la mobilité sociale.

Document 1

Les dispositions et les compétences acquises dès la petite enfance déterminent les succès et les échecs scolaires et, malgré quelques parcours héroïques d’élèves issus des milieux les plus modestes, l’école n’arrive pas à neutraliser les effets des inégalités sociales et culturelles initiales. Cette tendance est d’autant plus implacable que l’école elle-même ne parvient pas à être véritablement neutre. « Toutes choses égales par ailleurs », les systèmes scolaires traitent plus favorablement les élèves issus des milieux privilégiés : l’offre scolaire est de meilleure qualité dans les beaux quartiers, les choix d’orientation avantagent les favorisés, les jugements scolaires profitent plus aux élèves socialement proches des enseignants et, au bout du compte, l’arbitre est loin d’être impartial.

François Dubet, « L’égalité des chances et ses limites », Cahiers français no 386, mai-juin 2015.

Document 2 Retard scolaire à l’entrée en sixième (en %)

Au moins un an de retard

Selon le sexe

Filles

11,0

Garçons

13,6

Selon l’origine

Nationalité française

11,8

Nationalité étrangère

32,4

Selon la catégorie sociale du responsable de l’enfant

Catégorie sociale très favorisée

3,6

Catégorie sociale favorisée

7,6

Catégorie sociale moyenne

11,2

Catégorie sociale défavorisée

20,5

Selon le territoire de résidence

En ZUS1

21,7

Hors ZUS

11,6

Ensemble

12,3

Source : d’après le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, DEPP, 2011.

Champ : primo-entrants en sixième2 à la rentrée scolaire 2011.

1. Zones urbaines sensibles.

2. Primo-entrants : qui entrent pour la première fois en sixième.

Note : selon les définitions de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale), la catégorie « défavorisée » regroupe les ouvriers, les chômeurs et les inactifs n’ayant jamais travaillé. La catégorie « très favorisée » regroupe les cadres, les professions libérales, les chefs d’entreprise et les enseignants. La catégorie « favorisée » correspond aux professions intermédiaires. La catégorie « moyenne » regroupe les agriculteurs exploitants, les artisans commerçants, les employés.

Document 3

[Les diplômés du supérieur long] deviennent sensiblement moins souvent cadres supérieurs qu’il y a vingt-cinq ans : s’ils sont encore 45 % dans ce cas, ils étaient 65 % au milieu des années 1980. La même évolution s’observe pour les diplômés du supérieur court qui étaient 70 % à accéder à une profession intermédiaire, proportion tombée à 56 % aujourd’hui.

Si le diplôme constitue aujourd’hui, plus que jamais, la meilleure protection contre le chômage et les emplois précaires ou routiniers, chaque diplôme pris isolément voit sa valeur absolue diminuer. Ces deux constats ne sont nullement contradictoires, contrairement à ce que laisse trop souvent penser le débat entre ceux qui soulignent les bénéfices de la démocratisation scolaire et ceux qui mesurent la dévalorisation des diplômes. […] Obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur est plus nécessaire que jamais pour s’insérer dans de bonnes conditions sur le marché du travail, mais avoir un diplôme élevé n’offre pas une protection absolue contre le déclassement.

Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, 2013.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

L’école représente l’ensemble du système éducatif allant de l’école primaire à l’enseignement supérieur. Responsable de la formation initiale et de l’attribution des diplômes, elle a également pour mission de garantir l’égalité des chances d’accès aux différentes positions sociales, indépendamment de l’origine des individus.

La mobilité sociale désigne les changements de position sociale d’un individu au cours de sa vie (mobilité intragénérationnelle) ou par rapport à la position sociale de ses parents (mobilité intergénérationnelle).

Comprendre les documents

Document 1

Ce texte du sociologue François Dubet, spécialiste des questions scolaires, remet en cause le rôle de l’école pour assurer une véritable égalité des chances. En effet, l’école ne réussit pas à réduire les inégalités de départ, c’est-à-dire celles existant à l’entrée des enfants à l’école en fonction du milieu social. Au contraire même, l’école favorise les enfants des milieux les plus privilégiés. Ainsi, l’école apparaît comme un instrument de la reproduction sociale.

Document 2

Les données statistiques de ce tableau confirment l’analyse du document 1, en montrant que le retard scolaire à l’entrée en sixième est plus important pour les enfants des catégories sociales les moins favorisées. Les différences dépendent également de l’origine nationale et du lieu de résidence.

Document 3

Ce texte relativise le rôle du diplôme dans l’accession aux positions sociales les plus élevées aujourd’hui. En effet, Camille Peugny constate que les plus diplômés connaissent un déclassement social par rapport à leurs parents, confirmant ainsi le paradoxe d’Anderson. Cependant, il réaffirme le rôle clé du diplôme pour éviter la précarité de l’emploi ou le chômage.

Définir le plan

Après avoir montré comment en principe l’école doit assurer l’égalité des chances, nous verrons que le système scolaire tend à être un instrument de la reproduction sociale.

Corrigé

Corrigé

Introduction

L’école a pour rôle d’assurer la formation initiale des individus et de les conduire aux diplômes et donc à une certaine position sociale. Ainsi, pour certains, l’école doit favoriser la mobilité sociale, c’est-à-dire la possibilité pour chacun de changer de position sociale, soit par rapport à son origine sociale (mobilité intergénérationnelle), soit au cours de sa vie (mobilité intragénérationnelle). Nous montrerons que, si l’école est en principe un instrument de l’égalité des chances et donc de la mobilité sociale, elle reste en réalité un instrument de la reproduction sociale.

1. L’école, instrument de l’égalité des chances en principe

Dans les sociétés démocratiques, fondées sur l’idéal méritocratique, l’école apparaît comme l’instrument de l’égalité des chances. En contribuant à la formation et à la qualification des personnes, elle leur permet d’acquérir la position sociale que leurs choix, leurs talents et leurs efforts leur permettent d’atteindre.

L’école accompagne la mobilité structurelle. En effet, en créant de nouveaux diplômes, l’école répond aux besoins croissants de l’appareil productif en main-d’œuvre qualifiée. Elle facilite ainsi les possibilités de mobilité liées à l’évolution de la structure socioprofessionnelle d’une génération à une autre. De plus, aujourd’hui, un niveau de diplôme élevé est le meilleur protecteur contre la précarité et le chômage (document 3).

2. L’école, instrument de la reproduction sociale dans la réalité

Les données statistiques ne confirment pas le caractère égalitaire de l’école : la part des élèves entrant en sixième avec au moins un an de retard originaires de catégorie sociale défavorisée est près de six fois plus élevée que la part des enfants de catégorie sociale favorisée (document 2). L’origine nationale et le lieu de résidence sont également des facteurs d’inégalités dans la réussite scolaire.

Pour François Dubet, l’école ne réussit pas à réduire les inégalités de départ, c’est-à-dire celles existant à l’entrée des enfants à l’école en fonction du milieu social. Au contraire même, l’école favorise les enfants des milieux les plus privilégiés (document 1). Pierre Bourdieu explique ces inégalités par le rôle que joue le capital culturel transmis par la famille, possédé en quantité et en qualité inégales, dans la réussite scolaire.

Le caractère inégalitaire est renforcé par le sentiment de déclassement que connaissent les nouvelles générations qui n’ont pas accès à une position équivalente à celle de leurs parents à diplôme égal, voire même supérieur, confirmant ainsi le paradoxe d’Anderson (document 3).

Conclusion

Si, en principe, dans une société démocratique, l’école doit jouer un rôle central dans la mobilité sociale, la réalité du fonctionnement de l’école ne confirme pas ces principes démocratiques, car le poids du milieu social d’origine reste particulièrement influent.