Ecrivez une lettre à Guillaume Apollinaire en exprimant votre émotion à la lecture de son poème

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Année : 2016 | Académie : Polynésie française

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Polynésie française • Juin 2016

Écriture poétique et quête du sens • 14 points

Sujets douloureux

Écriture d’invention

Imaginez que la lettre de Guillaume Apollinaire a été remise par erreur à une autre personne que Lou. Elle est renvoyée au poète par celui ou celle qui l’a reçue. Écrivez la lettre qui accompagne la réexpédition du poème à son auteur. Dans votre lettre, vous exprimerez l’émotion qu’ont suscitée la lecture du poème et la situation des amants séparés.

Voir la lettre de Guillaume Apollinaire

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour en cerner les contraintes.

Genre du texte à produire : « lettre ». Respectez les caractéristiques formelles de la lettre : formule d’adresse, de congé à la fin, implication de l’auteur et du destinataire (1re et 2e personnes).

Thème : « la lettre de Guillaume Apollinaire », le « poème ». Il faut donc bien analyser le poème et se référer à son contenu et à son écriture.

Type de texte : il s’agit d’un éloge, donc d’une argumentation. L’idée à soutenir est : Ce poème et la situation qu’il décrit sont émouvants. Il faut donc expliquer pourquoi, analyser ce qui est émouvant, dans le sujet et dans la façon d’écrire.

Niveau de langue : correct, voire soutenu.

Registre : non précisé ; lyrisme, pathétique.

Caractéristiques du texte à produire (à définir à partir de la consigne) :

Lettre (genre), éloge (type de texte : argumentatif) du poème-lettre d’Apollinaire (thème), ? (registres), enthousiaste (adjectif) pour faire part de son émotion et montrer les qualités d’écriture du poème (buts).

Chercher des idées

Le fond

Vous devez choisir l’identité de la personne qui écrit à Apollinaire. Il faut qu’à travers la lettre apparaisse une vraie personnalité.

Faites des allusions au poème et à son écriture (images, rythmes, situation d’énonciation…).

La forme

Rendez sensible l’implication de celui/celle qui écrit (indices personnels de la 1re personne, vocabulaire affectif) et du destinataire (Apollinaire).

Utilisez les procédés d’écriture de l’éloge et du lyrisme : exclamations, questions rhétoriques, effets de gradation, jeu sur les rythmes ; mots mélioratifs…

L’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

Identifier les caractéristiques d’un texte : voir guide méthodologique.

La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Nous vous proposons le travail composé par une élève en un temps limité.

Paris, le 27 mars 1915

Cher Monsieur,

Conseil

Respectez toujours les contraintes formelles du genre du texte à produire (ici : mention du lieu, de la date, formule d’adresse et formule finale, signature).

Je sais que je n’ai aucun droit de vous écrire cette lettre – pas plus que je n’avais le droit de lire celle que vous avez adressée à Lou le 25 mars dernier, et que je vous renvoie ici. Je pense que vous pardonnerez mon audace : il fallait que je sache qui avait écrit la missive qui s’était égarée jusque dans ma boîte aux lettres, pour pouvoir la renvoyer à l’expéditeur…

J’ai été profondément émue par votre poème « Faction », bouleversée par sa cruelle beauté : être ainsi séparé de celle que l’on aime, en souffrir intensément à chaque seconde, qui en devient une éternité… Avec, tout au fond de soi, plus terrible encore, tapie dans les replis obscurs de son âme, la conscience que la vie se finira peut-être sur cette déchirante absence de l’être aimé. Je pense que vous avez su exprimer ce que vivent beaucoup d’entre nous, en ces sombres jours où nous nous débattons aussi bien contre l’ennemi que contre le désespoir : aussi ai-je été heureuse que vous ayez mis des mots sur ce que tant de personnes éprouvent, sans savoir l’exprimer.

Vous n’avez pas parlé de combats, de morts, d’assauts, de cadavres. Non, vous avez parlé d’amour, de beauté, de souvenir. Vous avez fait sentir ce que le désir a de sublime, en rendant stellaire le regard de votre Lou ; vous avez inclus en elle les femmes du monde entier, en lui donnant le ciel pour mesure. Vous avez su me faire ressentir la longueur de l’absence, alors que je pensais que seul Racine avait le pouvoir de le faire – « Que le jour recommence, et que le jour finisse,/Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice »… Vous avez saisi ce mélange doux-amer, si délicat, d’angoisse profonde devant le temps qui passe et de désir de vieillir avec la personne aimée. Et vous avez fait résonner en moi l’écho du Souvenir, d’autant plus obsédant qu’il est immatériel. Vous avez pris le soldat que vous êtes et vous l’avez fait redevenir un homme, alors que cette impitoyable guerre a pris des hommes et les a forcés à ne plus être que des soldats.

C’était la respiration d’un homme que j’entendais en vous lisant : chaque vers était un souffle, ample, douloureux, mais apaisé à la fois – grâce à la beauté majestueuse de l’alexandrin… Chacun est un battement de cœur, un moment de souffrance, oui, mais aussi de vie volée à la guerre, que les rythmes et les répétitions scandent, à la fois lancinantes et salutaires. J’entendais votre voix quand vous vous adressez en amant éperdu à Lou (quelle heureuse femme que la destinataire d’un tel joyau, dont vos images font une constellation tutélaire ou, mieux, tout un « ciel » !), mais aussi quand vous interrogez fiévreusement l’Amour, devenu votre compagnon de toujours. Mon souffle s’est mêlé au vôtre, mon cœur a battu comme le vôtre et mon âme a espéré avec la vôtre qu’un jour cette « lente nuit » de séparation devienne le « Souvenir » de ma vieillesse…

Ne pensez pas que je vais vous harceler : cette lettre sera la seule que je vous adresserai jamais. Je ne suis sortie de l’inexistence dans laquelle j’étais pour vous que pour mieux y replonger maintenant que j’ai écrit tout ce que j’avais à vous confier.

J’ai simplement pensé qu’il était important de dire que vous aviez tout ce qu’il faut pour être un grand poète : du cœur, et du talent.

Poétiquement bien à vous,

(Une autre) Louise