Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2011 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac
 
 

Oral • Le texte théâtral

Sujets d’oral

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Sujet d’oral n° 2

Le texte théâtral et sa représentation

> Après avoir étudié la stratégie de séduction déployée par Cyrano, vous montrerez que le texte mêle étroitement le pathétique et un certain humour.

Document

Cyrano de Bergerac

La scène se passe à Paris, au xviie siècle. Cyrano, aussi célèbre pour ses prouesses militaires que pour son physique disgracieux, aime sa cousine Roxane. Mais celle-ci lui a confié qu’elle est amoureuse du beau Christian et qu’elle en est aimée. Elle reproche cependant à Christian de ne pas savoir lui parler d’amour. Prêt à se sacrifier, Cyrano, poète à ses heures, décide d’aider Christian. Ainsi, quand celui-ci, dissimulé avec Cyrano sous le balcon de Roxane, la désespère par la maladresse de son discours amoureux, Cyrano vient en aide à son rival en se faisant passer pour lui.

Roxane, s’avançant sur le balcon.

C’est vous ?

Nous parlions de… de… d’un…

Cyrano

Baiser. Le mot est doux !

Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose ;

S’il la brûle déjà, que sera-ce la chose ?

Ne vous en faites pas un épouvantement :

N’avez-vous pas tantôt, presque insensiblement,

Quitté le badinage et glissé sans alarmes

Du sourire au soupir, et du soupir aux larmes !

Glissez encore un peu d’insensible façon :

Des larmes au baiser il n’y a qu’un frisson !

Roxane

Taisez-vous !

Cyrano

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?

Un serment fait d’un peu plus près, une promesse

Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,

Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;

C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,

Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,

Une communion ayant un goût de fleur,

Une façon d’un peu se respirer le cœur,

Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

Roxane

Taisez-vous !

Cyrano

Un baiser, c’est si noble, madame,

Que la reine de France, au plus heureux des lords,

En a laissé prendre un, la reine même !

Roxane

Alors !

Cyrano, s’exaltant.

J’eus comme Buckingham1 des souffrances muettes,

J’adore comme lui la reine que vous êtes,

Comme lui je suis triste et fidèle…

Roxane

Et tu es

Beau comme lui !

Cyrano, à part, dégrisé.

C’est vrai, je suis beau, j’oubliais !

Roxane

Eh bien ! montez cueillir cette fleur sans pareille…

Cyrano, poussant Christian vers le balcon.

Monte !

Roxane

Ce goût de cœur…

Cyrano

Monte !

Roxane

Ce bruit d’abeille…

Cyrano

Monte !

Christian, hésitant.

Mais il me semble, à présent, que c’est mal !

Roxane

Cet instant d’infini !…

Cyrano

Monte donc, animal !

Christian s’élance, et par le banc, le feuillage, les piliers, atteint les balustres qu’il enjambe.

Christian

Ah ! Roxane !

Il l’enlace et se penche sur ses lèvres.

Cyrano

Aïe ! au cœur, quel pincement bizarre !

Baiser, festin d’amour, dont je suis le Lazare2 !

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, 
acte III, scène 10 (v. 1505-1535), 1897.

1 Duc anglais, amant de la reine de France dans Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas.

2 Personnage de l’Évangile, Lazare, pauvre et malade, vivait des restes de la table d’un homme riche.

1 Duc anglais, amant de la reine de France dans Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas.

2 Personnage de l’Évangile, Lazare, pauvre et malade, vivait des restes de la table d’un homme riche.

Préparation

> Tenir compte de la question

  • La question vous suggère déjà le plan de la réponse à travers ses mots clés : « stratégie », « pathétique » et « humour ».
  • Vous devez utiliser ces mots dans les intitulés de vos axes.

> Trouver les idées directrices

Utilisez les pistes que vous ouvre la question, mais composez aussi la « définition » du texte.

Scène de théâtre (genre) dans laquelle un personnage argumente (type de texte) pour séduire et obtenir un baiser (thème), pathétique et comique (registres), poétique, lyrique (adjectifs) afin d’émouvoir le spectateur (but).

> Première piste : une habile stratégie de séduction

  • Le mot « stratégie » désigne tout plan et ensemble de moyens utilisés pour arriver à ses fins. On parle de « stratégie argumentative ». Ici, le but visé est de séduire Roxane et d’obtenir un baiser.
  • Vous devez chercher quels moyens (verbaux) utilise Cyrano, en quoi son discours amoureux est habile.

> Deuxième piste : l’association du pathétique et de l’humour

  • Demandez-vous ce qui, dans la situation de Cyrano, provoque la pitié : comparez pour cela le début et la fin de la scène, l’évolution des sentiments du personnage. Analysez les expressions qui traduisent son désarroi.
  • Cherchez ce qui, dans la situation, est humouristique parce que invraisemblable et ce qui, dans le personnage de Christian, est un peu ridicule.
  • Étudiez les niveaux de langue et certaines images cocasses.
  • En quoi certaines attitudes de Roxane font-elles sourire ?
  • Explorez les différents procédés de l’humour : répétition, décalage, contraste…

Pour bien réussir l’oral : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir mémento des notions.

Présentation

Introduction

[Amorce] À la fin du xixe siècle, la pièce d’Edmond Rostand Cyrano de Bergerac, histoire d’amour et d’amitié qui se déroule vers 1640, renoue avec les grandes pièces du drame romantique comme Hernani ou Ruy Blas de Victor Hugo.

[Le texte] Par un étrange pacte, Cyrano prête au beau Christian ses talents de poète pour séduire la belle Roxane en lui écrivant de superbes lettres d’amour. Ici, caché sous le balcon de Roxane, Cyrano souffle ses mots d’amour à Christian, puis, la nuit aidant, prend lui-même la parole et laisse parler son cœur. Roxane propose un baiser à Christian…

[Annonce des axes] Cyrano, troublé, redouble d’éloquence et trouve les arguments pour faire tomber les dernières résistances de Roxane. L’émotion est ici humoristique, renforcée par les ruptures de registres : Rostand mêle au pathétique de la situation des moments plus légers, presque comiques.

I. Une habile stratégie de séduction

1. Rassurer

  • Dans un premier temps, Cyrano s’efforce de rassurer Roxane sur l’innocence de ce baiser, présenté comme inéluctable par le futur « que sera-ce la chose ? » Il lui montre qu’il s’agit seulement de l’aboutissement d’un parcours sentimental obligé dont il rappelle les étapes déjà parcourues (« badinage », « sourire », « soupirs », « larmes »). L’abondance des sonorités en ss en traduit la progression aussi « douce » qu’« insensible ».
  • Puis il minimise adroitement la gravité d’un tel abandon, d’abord par des conseils (« Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose », « Ne vous en faites pas un épouvantement »), puis en donnant du baiser plusieurs définitions à la manière des précieuses. Il y emploie toujours des expressions diminutives : « à tout prendre, qu’est-ce ? », « un point », « un instant », « un peu », « au bord ».
  • Mais, en même temps, ces définitions comportent des aspects valorisants qui garantissent la sincérité des gestes : « un serment », « une promesse infinie », « communion », « âme ».

2. Troubler les sens

  • Cyrano semble vouloir créer un vertige chez Roxane, par la reprise du mot « baiser » et du même tour syntaxique pour juxtaposer les définitions de ce « baiser » : « un point… », « un secret… », « une communion… », « une façon… ».
  • Il sait aussi jouer de la sensualité des évocations des parties du visage : « lèvres », « bouche », « oreilles » et du champ lexical des sensations : « doux », « goûts », « goûter », « frisson », « bruit ».
  • L’érotisme de ces allusions est adouci par des métaphores empruntées à la nature : « goût des fleurs », « bruit d’abeilles » qui renvoient à un univers innocent.

3. Un éloge éloquent et sincère

  • Ensuite Cyrano explore un autre type d’argument : le précédent historique et glorieux du baiser de la reine de France à Buckingham ; le rang des personnages (« noble », « reine », « lords ») ne peut que flatter une simple bourgeoise comme Madeleine Robin, alias Roxane, ainsi assimilée à un personnage de sang royal (« la reine que vous êtes »).
  • Enfin, Cyrano s’implique d’une façon décisive : il change d’énonciation, passe au je, abandonnant le masque sous lequel il prétendait s’exprimer.
  • Ce lyrisme passionné bouleverse Roxane qui passe alors au tutoiement. L’éloquence de Cyrano, inspirée par la sincérité de sa passion, subjugue Roxane qui, envoûtée, reprend en écho les plus belles comparaisons de Cyrano : « cette fleur », « ce goût de cœur », « ce bruit d’abeille ».

II. L’association du pathétique et du comique

Rostand, dans cette scène, associe le pathétique et le comique.

1. Une situation fondamentalement pathétique

  • Le fond même de la situation est pathétique, en raison de l’opposition entre la beauté morale et intellectuelle de Cyrano et sa laideur physique qui lui interdit de connaître un amour partagé. Obligé de recourir à un masque pour pouvoir au moins déclarer son amour, il semble condamné à jouer la comédie, sans pouvoir confier à quiconque son secret.
  • La scène du balcon lui offre enfin la possibilité de s’adresser à Roxane de vive voix et de goûter un double plaisir : celui de se livrer et celui de mesurer l’effet de sa déclaration ; il oublie alors sa laideur et connaît un moment de bonheur intense, l’exaltation de pouvoir enfin dire je (voir Ruy Blas qui, marchant « dans [son] rêve étoilé », peut oublier la « laideur » de sa condition de valet et avouer son amour à la reine d’Espagne).
  • Le retour à la réalité en est d’autant plus rude et pathétique. Le commentaire élogieux de Roxane : « Et tu es beau comme lui… » le dégrise. Le duo lyrique avec Roxane est bien fini : Cyrano est renvoyé à sa solitude, pendant que Christian enlace Roxane.

2. Un certain humour

Cependant, en contrepoint, Rostand apporte quelques touches humoristiques.

  • On sourit de la fausse pudeur de Roxane qui hésite à prononcer le mot « baiser » quand elle reprend son duo avec Cyrano ; son cœur dit « continuez à parler » quand sa bouche dit « Taisez-vous ».
  • L’autodérision dont fait preuve Cyrano dans son aparté quand il est « dégrisé » (« C’est vrai, je suis beau… j’oubliais ») amuse généralement le public, peut-être d’ailleurs en réaction à la tension lyrique qui précède et surtout si le comédien prend pour le dire un ton très détaché, ironique.
  • Son dernier commentaire contient des effets de décalage humoristiques : la familiarité de l’interjection « aïe ! » contraste avec le lyrisme un peu grandiloquent – et même parodique – de la comparaison avec le Lazare de la Bible.
  • L’hésitation de Christian à rejoindre Roxane et les bourrades amicales de Cyrano apportent un comique plus appuyé. L’apostrophe faussement brutale « Monte donc, animal » joue elle aussi sur la recherche du contraste avec le ton élégiaque du discours amoureux. Cependant, à y regarder de plus près, les hésitations de Christian montrent qu’il comprend confusément que le sens véritable de ce qui vient de se passer lui échappe.

Conclusion

Le succès populaire de Cyrano de Bergerac ne s’est jamais démenti depuis la création de la pièce. Il est dû au fait que la pièce met en scène de vrais personnages qui, après nous avoir fait rire et pleurer, continuent à vivre en nous, avec leurs répliques devenues aujourd’hui des références, comme celle qui débute la fameuse tirade du nez : « Ah non, c’est un peu court jeune homme. On pouvait dire bien des choses en somme… »

Entretien

Question

L’examinateur pourrait débuter l’entretien par la question suivante.

Comment le théâtre permet-il de persuader et d’émouvoir ?

  • Il s’agit d’une question de cours.
  • Mais il ne faut pas le « réciter » purement et simplement. Vous devez expliquer et alimenter chaque remarque d’exemples personnels qui l’illustrent.

Pour réussir l’entretien : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir mémento des notions.

L’entretien pourra se poursuivre dans diverses directions, par exemple :

> Quelles pièces de théâtre connaissez-vous ?

> Avez-vous assisté à des représentations théâtrales ?

> Comment mettriez-vous en scène cette scène de Cyrano de Bergerac ?

> Pour vous, qu’est-ce qu’un bon acteur ?

Pistes pour répondre à la première question

I. Le théâtre, un genre « à histoires » qui émeut et captive

1. Une action en direct.

2. Une intrigue qui « court », surprend et entraîne l’adhésion du spectateur [exemples].

3. Mais, sans être la vie, c’est bien un peu la vie sous toutes les couleurs [exemples].

II. Des personnages accessibles et émouvants, si proches de nous

1. Des personnages simplifiés et passionnés auxquels on s’attache et s’identifie, ou qu’on déteste [exemples].

2. Des personnages symboliques au langage stylisé [exemples].

III. Le spectacle, force de l’illusion et de l’incarnation

1. Éléments matériels et mise en scène entraînent l’adhésion physique et affective [exemples].

2. Des êtres en chair et en os, une histoire incarnée [exemples].

3. La présence d’un public, personnage collectif ; la position privilégiée du spectateur.