Emploi et intégration sociale

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2012 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Emploi et intégration sociale
 
 

Intégration, conflit, changement social

Corrigé

38

Ens. spécifique

sesT_1200_00_31C

 

Sujet inédit

raisonnement • 10 points

> À l’aide des documents et de vos connaissances, montrez pourquoi l’emploi est source d’intégration sociale.

Document 1

Loin de séparer, la division du travail renforce la complémentarité entre les membres d’une société. Non seulement elle donne à chacun, si monotone que soit sa tâche, le sentiment de son utilité, mais elle le transforme de l’intérieur, le socialise, et lui fait partager avec d’autres une « même vie morale ». […] C’est ce que montre l’entretien avec Yves L., 62 ans, chauffeur-livreur à Rungis […] :

« Rungis ça a changé énormément, Rungis c’est une usine, vous comprenez ? Je vais vous expliquer. Aux Halles de Paris1, on se connaissait tous, on se voyait tous les jours, on voyait les mêmes personnes, on était en contact intimement avec tout le monde vous voyez, c’était une ambiance… Une vie collective, confraternelle parce que y en avait un qui peinait, qui poussait un chariot de viande […] un type passait à côté, bah, il lui demandait même pas, il l’aidait à pousser le chariot […] même les patrons des fois ils arrivaient, ils vous donnaient la main, vous voyez, or Rungis ça a été fini, ça n’a plus existé, on se connaissait plus, ça a été l’usine. […] Et y avait plus cette ambiance qu’on avait pour casser la croûte par exemple, on sortait avec un kilo de bidoche, on allait au café,“Tiens, tu me feras cuire ça pour tout à l’heure”, on buvait un pot, on repartait au boulot. »

C. Baudelot, M. Gollac et alii,Travailler pour être heureux ?
Le bonheur et le travail en France,
Fayard, 2003.

1. Les Halles formaient le grand marché alimentaire de Paris jusqu’à la décision, prise en 1962, de leur déplacement à Rungis et à La Villette.

Document 2

Niveau de vie médian selon la situation
par rapport à l’emploi (2007)


 

Source : D’après INSEE, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux, 2005 à 2007.

Champ : France métropolitaine, individus dont le revenu déclaré à l’administration fiscale est positif ou nul et dont la personne de référence n’est pas étudiante.

Document 3

Nombre moyen d’interlocuteurs directs1
par semaine et par catégorie

 

Occupation actuelle

Actif occupé

Chômeur

Personne au foyer

Retraité ou retiré des affaires

Parenté

2,5

2,3

2,6

2,2

Ami

2,0

2,2

1,9

1,6

Voisin

0,9

0,9

1,2

1,3

Collègue de travail

2,2

0,4

0,1

0,2

Relation de service

0,8

0,8

1,0

0,9

Autre relation

1,1

0,9

1,2

1,0

Non classé

0,2

0,2

0,2

0,2

Ensemble

9,7

7,7

8,2

7,4

 

Source : D’après INSEE, Données sociales, 1997.

Champ : Personnes de 15 ans ou plus habitant en France métropolitaine.

1. Est considéré comme interlocuteur toute personne vivant hors du foyer, avec qui l’on a une discussion à caractère personnel de 5 minutes au moins.

Entrer dans le sujet

  • Les évolutions récentes de l’emploi font que la relation emploi / intégration sociale est l’objet d’interprétations diverses.
  • L’intégration sociale désigne le processus par lequel l’individu se sent appartenir à la société en adhérant aux normes et aux valeurs communes, et participe à la vie collective.
  • L’emploi correspond à une activité professionnelle rémunérée.

Analyser les documents

Document 1

  • Ce texte démontre comment l’emploi donne la possibilité de s'intégrer en permettant au salarié de s’insérer dans une division du travail qui implique le respect de normes collectives.
  • La participation à un collectif de travail est également source de solidarité entre les membres qui le composent.

Document 2

  • Ce graphique montre qu’il existe des inégalités de niveau de vie selon la situation socioprofessionnelle des individus. Par exemple, les actifs occupés ont un niveau de vie médian plus élevé que les chômeurs.
  • La détention d’un emploi permet de consommer davantage et ainsi d’accéder aux normes de la société de consommation.

Document 3

Ce tableau indique que l’intensité des relations sociales est plus forte pour les individus exerçant une activité professionnelle que pour ceux qui en sont dépourvus (chômeurs, retraités, personnes au foyer). On en conclut que l’emploi est un facteur d’intégration sociale car il permet de nouer des relations sociales et ainsi de participer à la vie collective.

Définir le plan

Le sujet vous invite à montrer en quoi l'emploi est source d'intégration sociale. Il faut donc vous attacher à expliquer les mécanismes par lesquels l’emploi favorise l’intégration sociale et non discuter de cette relation entre les deux termes.

Corrigé

Introduction

  • Malgré l'analyse de certains sociologues qui prévoyaient la « fin du travail » comme facteur central de l’intégration sociale, l'emploi – activité professionnelle rémunérée – reste aujourd’hui encore un élément essentiel du processus par lequel l’individu participe à la vie collective et se sent appartenir à la société en adhérant aux normes et aux valeurs communes.
  • En effet, l’emploi permet d’accéder à la société de consommation et produit de la solidarité. Il est porteur d’identité tout en renforçant l’intensité des relations sociales.

I. En étant une source de revenus,
l’emploi permet de consommer

  • L’emploi permet d’être intégré à la société de consommation. La principale source de revenus trouve son origine dans le travail salarié. Ainsi, le niveau de vie annuel médian des français résidant en métropole est de 18 165 €, ce qui signifie que 50 % d'entre eux ont un niveau de vie supérieur à ce revenu, et que 50 % ont un niveau de vie inférieur à celui-ci.
  • Mais on constate une différence d’un peu plus de 50 % entre le niveau de vie de ceux qui ont un emploi et celui des chômeurs (document 2).
  • Grâce au revenu, l’accès à la consommation est facilité. Or, dans une société comme la nôtre, cette consommation constitue un facteur puissant d’intégration sociale. La consommation ostentatoire permet notamment de s’intégrer à un groupe social par un effet d’imitation des autres membres du groupe ainsi que par un effet de différenciation des membres de ce groupe par rapport à ceux des autres groupes sociaux.

II. L’emploi crée de la solidarité
et est porteur d’identité collective

  • Le témoignage d’un chauffeur-livreur de Rungis (document 1) illustre la façon dont l’emploi produit de la solidarité et est porteur d’identité collective. Comme l’a mis en évidence Émile Durkheim dans son ouvrage De la division du travail social, l’insertion dans la division du travail social implique le respect de certaines normes collectives (contrat de travail, règles et usages propres à chaque profession, etc.). Elle crée un tissu d’interdépendances, donc de complémentarités entre les hommes. Cela entraîne certaines formes de solidarité : les salariés se sentent appartenir à une même communauté et se vouent à des buts communs. Ils partagent ainsi des croyances et des sentiments collectifs, c’est-à-dire qu’ils adhèrent à une conscience collective.
  • Ce témoignage montre que l’emploi, source d’une identité professionnelle, est au cœur de l’identité sociale, particulièrement dans une société où plus de 85 % des actifs sont salariés. Les hommes se définissent et existent les uns pour les autres en fonction des tâches productives qu’ils occupent (médecins, ouvriers, etc.). L’emploi procure ainsi un sentiment d’utilité sociale et l’accès à des droits sociaux (santé, retraite, allocation chômage, etc.).

III. Avoir un emploi renforce l’intensité de la vie sociale

  • En outre, l’emploi renforce l’intensité de la vie sociale. Les actifs occupés ont en moyenne 9,7 interlocuteurs directs par semaine avec lesquels ils ont une « discussion à caractère personnel », contre seulement 7,7 chez les chômeurs (document 3). Les interlocuteurs privilégiés des actifs occupés sont les parents et les collègues de travail. Quel que soit le type d’interlocuteurs, les chômeurs apparaissent plus isolés que les actifs occupés, à l’exception notable des relations amicales.
  • Le travail implique effectivement de nombreuses formes de relations sociales de coopération (lorsqu’il est divisé au sein d’une unité de production ou entre plusieurs unités), de subordination (relations hiérarchiques), ou bien encore de contestation (il y a une opposition fondamentale dans la société capitaliste entre les travailleurs et les détenteurs des moyens de production). Travailler, c’est donc être inséré dans un ensemble de relations sociales qui tendent à faire exister l’individu pour lui-même, mais aussi pour autrui. À l’inverse, l’absence d’emploi nuit à la sociabilité. Le chômage pèse fortement sur les chances d’intégration sociale par ses conséquences négatives psychologiquement et économiquement (perte de revenu). 

Conclusion

En rendant possible l’accès à la consommation, en produisant de la solidarité et en générant de nombreuses formes de relations sociales, l’emploi est un vecteur essentiel de l’intégration sociale.