En pleine mer… (texte de B. Cendars, photo d'un coucher de soleil sur la mer)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Visions poétiques du monde
Type : Sujet complet | Année : 2017 | Académie : Antilles, Guyane

Visions poétiques

Visions poétiques du monde

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D’après Antilles, Guyane • Septembre 2017

100 points

En pleine mer…

document A Texte littéraire

35°57’ latitude Nord 15°16’ longitude Ouest

C’est aujourd’hui que c’est arrivé

Je guettais l’événement depuis le début de la traversée

La mer était belle avec une grosse houle de fond qui nous faisait rouler

Le ciel était couvert depuis le matin

Il était 4 heures de l’après-midi

J’étais en train de jouer aux dominos

Tout à coup je poussai un cri et courus sur le pont

C’est ça c’est ça

Le bleu d’outremer

Le bleu perroquet du ciel

Atmosphère chaude

On ne sait pas comment cela s’est passé et comment définir la chose

Mais tout monte d’un degré de tonalité

Le soir j’en avais la preuve par quatre

Le ciel était maintenant pur

Le soleil couchant comme une roue

La pleine lune comme une autre roue

Et les étoiles plus grandes plus grandes

Ce point se trouve entre Madère à tribord et Casablanca à bâbord

Déjà

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes 1924-1929 © Denoël.

document B Image

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ph © Photocreo Bednarek/stock.adobe.com

travail sur le texte littéraire et sur l’image 50 points • 1 h 10

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Grammaire et compétences linguistiques

1. Faites toutes les remarques que vous trouvez intéressantes sur la forme du poème. Justifiez votre réponse en citant le texte. (3 points)

2. Quel procédé d’écriture est employé au vers 8 ? Dans quel but ? Trouvez deux autres exemples de ce procédé dans le poème. (2 points)

3. Dans les vers 5 à 7 de « Il était »… à « sur le pont ».

a) Indiquez le mode et le temps des verbes conjugués. (2 points)

b) Que traduisent ces emplois verbaux ? (2 points)

c) Quel élément renforce cet effet ? (1 point)

4. « Je guettais l’événement depuis le début de la traversée

La mer était belle avec une grosse houle de fond qui nous faisait rouler

Le ciel était couvert depuis le matin

Il était 4 heures de l’après-midi

J’étais en train de jouer aux dominos

Tout à coup je poussai un cri et courus sur le pont […]

Mais tout monte d’un degré de tonalité

Le soir j’en avais la preuve par quatre »

Réécrivez ces vers en remplaçant « je » par « ils ». Vous ferez toutes les transformations qui en découlent. (10 points)

Compréhension et compétences d’interprétation

5. Relevez les éléments qui montrent que le poète se trouve à bord d’un navire. (4 points)

6. Donnez un autre titre au poème. Justifiez-le. (4 points)

7. Peut-on définir ce qu’attend le poète ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte. (4 points)

8. Relevez et analysez ce qui traduit l’émerveillement du poète. (6 points)

9. En quoi ce poème propose-t-il une vision poétique du monde ? (6 points)

10. L’image reprend-elle l’intégralité du poème ? (6 points)

dictée 10 points • 20 min

Le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre et les noms « Boris », « Péguy » et « La Tapisserie de Notre-Dame » sont écrits au tableau.

Jacques Lusseyran

Le monde commence aujourd’hui

La Table ronde, 1959

Un matin noir d’hiver, dans l’encre de l’aube, nous étions une ­trentaine d’hommes épuisés, grelottants, et nous nous bousculions autour de l’une des vasques rouges pour un peu d’eau glacée. C’était le silence, celui qui était de règle dans tous les actes accomplis en commun et obligatoires. Mais tout à coup un voisin chanta. Sa voix partit en avant et s’étendit sur nous d’une façon immédiatement magique. C’était celle de Boris, c’est-à-dire celle d’un homme si extraordinaire qu’il m’est impossible de parler de lui aussitôt. Voix souple comme une chevelure, riche comme le plumage d’un oiseau, cri d’oiseau, chant naturel, promesse. […] Il récitait du Péguy : La Tapisserie de Notre-Dame, je crois.

rédaction 40 points • 1 h 30

Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants. Votre travail fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).

Sujet d’imagination

En commençant vous aussi par « c’est aujourd’hui que c’est arrivé », écrivez un texte poétique pour décrire un paysage inconnu découvert lors d’un voyage que vous pouvez avoir vécu ou que vous inventerez.

Sujet de réflexion

À l’heure où l’avion permet d’aller bien plus vite, en quoi peut-il être intéressant de voyager en bateau ? Vous répondrez à cette question dans un développement argumenté et organisé en vous appuyant sur votre expérience, sur vos lectures, votre culture personnelle et les connaissances acquises dans chacune des disciplines.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Blaise Cendrars (1887-1961) est un écrivain d’origine suisse, célèbre pour ses romans comme pour ses poèmes. Il est amputé du bras droit à la suite d’une blessure reçue pendant la Première Guerre mondiale. Après-guerre, il voyage beaucoup et devient grand reporter.

L’image (document B)

La photographie montre un coucher de soleil sur la mer, elle a été prise depuis le pont d’un bateau assez grand. D’après son aspect, il s’agit sans doute d’un bateau de transport de marchandises.

Rédaction (sujet d’imagination)

Recherche d’idées

Si tu choisis un lieu que tu as réellement vu, cherche d’abord à te le ­remémorer clairement afin d’en donner des détails particuliers. Si tu imagines un paysage, veille à rester vraisemblable. Choisis un lieu spectaculaire (paysage de haute montagne, chutes d’eau, canyon…), propre à susciter des émotions fortes, que tu mentionneras : admiration, enthousiasme, angoisse, effroi, etc.

Conseils de rédaction

Écrire un texte poétique ne signifie pas forcément écrire un poème ­respectant les règles de la versification classique. Tu peux, comme Cendrars, écrire un texte en vers libres, ou même un texte en prose.

Utilise des images (métaphores, comparaisons…) et sois attentif aux sonorités. Pense aussi à réutiliser certains procédés de Cendrars : répétitions, phrases nominales, ponctuation libre.

Rédaction (sujet de réflexion)

Recherche d’idées

Tu peux partir d’une comparaison entre le bateau et l’avion, mais il s’agit avant tout de montrer les avantages que peut revêtir un déplacement en bateau : plaisir de naviguer, contact avec la nature…

Si tu as déjà pris le bateau, souviens-toi des émotions ressenties ; sinon, tente de les imaginer : bien-être, sentiment de liberté… Appuie-toi aussi sur tes lectures, ou sur des reportages en mer.

Conseils de rédaction

Pour éviter la répétition des mots « bateau » et « voyage », dresse au brouillon une liste de synonymes. Pour « bateau » : navire, embarcation, voilier. Pour « voyage » : déplacement, traversée, navigation, croisière.

Tu peux mentionner d’abord les avantages de voyager à un rythme lent, puis le plaisir d’une traversée au contact de la nature. Ton opinion personnelle peut éventuellement être mentionnée, mais uniquement dans la conclusion.

Corrigé

Corrigé

travail sur le texte littéraire et sur l’image

Grammaire et compétences linguistiques

1. Il s’agit d’un poème en vers, marqué par le retour à la ligne et les majuscules en début de ligne. Mais ces vers sont de longueurs variées (le vers 20 compte 2 syllabes, le vers 12 en compte 19) et ne présentent pas de rimes régulières, hormis pour les trois premiers vers : « arrivé/traversée/rouler ». Il s’agit donc de vers libres. Il n’y a pas de ponctuation. Toutefois, les deux derniers vers, séparés du début du poème, semblent constituer une strophe indépendante.

2. Le vers 8 présente une répétition. Il s’agit ici d’insister sur la révélation que vient d’avoir le poète sur le pont. Ce procédé se retrouve aux vers 9 et 10 (« le bleu de… »), 16 et 17 (« comme une roue ») et 18 (« plus grandes »).

3. a) Le verbe être est conjugué à deux reprises à l’imparfait de l’indicatif, tandis que « poussai » et « courus » sont conjugués au passé simple de l’indicatif.

b) L’imparfait est le temps de l’arrière-plan, des circonstances, alors que le passé simple est utilisé pour les actions de premier plan, essentielles à la progression du texte.

c) L’emploi de l’expression « tout à coup » renforce le contraste entre les deux temps, et ajoute une valeur de soudaineté au passé simple.

4. Les modifications sont mises en couleur.

« Ils guettaient l’événement depuis le début de la traversée

La mer était belle avec une grosse houle de fond qui les faisait rouler

Le ciel était couvert depuis le matin

Il était 4 heures de l’après-midi

Ils étaient en train de jouer aux dominos

Tout à coup ils poussèrent un cri et coururent sur le pont […]

Mais tout monte d’un degré de tonalité

Le soir ils en avaient la preuve par quatre »

Compréhension et compétences d’interprétation

5. Le champ lexical de la traversée maritime, très présent, montre que le narrateur se trouve à bord d’un bateau : « traversée », « mer », « grosse houle de fond », « rouler », « pont », « tribord », « bâbord ».

remarque

Le titre choisi doit prendre la forme d’un groupe nominal.

6. « Ce point précis où tout bascule » est un titre possible pour ce poème. Il souligne à la fois l’intensité particulière du moment, et la difficulté à définir les raisons de ce changement.

7. Le poète semble attendre un instant particulier, qu’il lie à des émotions très fortes. Les couleurs (« le bleu »), l’atmosphère (« chaude ») font naître une ambiance qui frappe le poète par son intensité : « tout monte d’un degré », « la preuve par quatre », « maintenant pur », « plus grandes ».

8. L’émerveillement du poète se traduit par des réactions vives : il crie, il court. Le procédé de la répétition est employé à de multiples reprises, pour insister sur la force de l’émotion ressentie, en même temps qu’il souligne la difficulté à expliquer et définir la magie du moment.

9. En pleine mer, en un point très précis (« 35°57’ latitude Nord 15°16’ longitude Ouest »), le poète semble frappé par la beauté du monde. En ce qu’il cherche, avec des mots, à traduire une émotion intense, ce texte offre une vision poétique du monde, qui ne se réduit pas à des coordonnées topographiques précises.

10. L’image reprend certains éléments du poème : la vue sur l’horizon depuis le pont d’un bateau, sans qu’aucune terre ne soit visible, où le soleil couchant offre un spectacle assez grandiose. En revanche, nulle présence humaine sur ce pont ne fait écho aux sentiments ressentis par le poète.

dictée

Point méthode

1 Attention à l’accord des adjectifs qualificatifs ou participes fonctionnant comme des adjectifs. Les marques de féminin ou de pluriel ne ­s’entendent pas forcément, tu dois donc identifier les noms auxquels ils se rapportent pour les accorder correctement.

2 Fais bien la différence entre le déterminant tout/tous qui s’accorde avec le nom, et l’adverbe tout, invariable, que l’on retrouve dans la locution « tout à coup ».

3 Ne te trompe pas d’orthographe pour les mots suivants qui ont des homophones : encre et non ancre ; voix et non voie.

Un matin noir d’hiver, dans l’encre de l’aube, nous étions une trentaine d’hommes épuisés, grelottants, et nous nous bousculions autour de l’une des vasques rouges pour un peu d’eau glacée. C’était le silence, celui qui était de règle dans tous les actes accomplis en commun et obligatoires. Mais tout à coup un voisin chanta. Sa voix partit en avant et s’étendit sur nous d’une façon immédiatement magique. C’était celle de Boris, c’est-à-dire celle d’un homme si extraordinaire qu’il m’est impossible de parler de lui aussitôt. Voix souple comme une chevelure, riche comme le plumage d’un oiseau, cri d’oiseau, chant naturel, promesse. (…) Il récitait du Péguy : La Tapisserie de Notre-Dame, je crois.

rédaction

Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.

Attention les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur ta copie.

Sujet d’imagination

[Émotions] C’est aujourd’hui que c’est arrivé. Magie des premières fois… J’ai senti l’émotion me gagner avant de pouvoir traduire ce que je voyais par des mots : émotion brute qui se passe du langage. Je vais pourtant essayer de retranscrire ce que j’ai vécu, pour en garder une trace, un souvenir. Magie des lieux, que l’on découvre mais qu’on a l’impression de connaître déjà…

conseil

Pour rythmer ton texte, pense à utiliser des phrases nominales, plus courtes, et des répétitions.

[Description] Cela fait déjà quinze jours que je suis au Chili. Mais aujourd’hui, c’est différent. Aujourd’hui, j’ai découvert le désert. Aujourd’hui, j’ai découvert la vallée de la Lune. Située au Chili, dans cette région qu’on appelle l’Atacama, la vallée de la Lune pourrait s’appeler vallée de la mort.

Sécheresse, aridité, silence.

Le sol, entre sable et roche, craque sous mes pas. La poussière ocre est l’unique couleur de ce monde mort. Pas un arbuste, pas une plante ; pas d’oiseaux, pas d’insectes. Du vent ou du silence. Le ruban gris de la route serpente dans ce paysage, mais personne ne l’emprunte. Je suis seul. Et pas d’ombre. Partout, cette lumière pesante qui n’épargne personne.

Nulle trace de vie. Seulement moi. Nulle trace de vie. La solitude et moi.

[Explications] Pourtant dans ce désert, j’ai découvert la vie, et pas seulement la mienne ; celle, absurde et obstinée, qui pousse l’homme à survivre, quand tout, dans cette nature spectaculaire, lui crie sa petitesse et sa fragilité.

J’ai aimé me sentir seul et j’ai aimé avoir peur de cette solitude.

Mais tout cela n’a duré qu’un instant ; le soir, en retrouvant mes compagnons de voyage, j’ai senti cette émotion s’étioler, doucement, déjà souvenir d’une journée trop vite passée.

Je sais pourtant que j’y retournerai.

Sujet de réflexion

[Introduction] Les déplacements sur la planète n’ont jamais été aussi ­nombreux ni aussi rapides qu’aujourd’hui. L’avion permet de rallier en un temps record des points de la planète éloignés. Quel peut être alors l’intérêt de privilégier le bateau plutôt que l’avion comme mode de transport ?

[Un rythme de croisière a des avantages pour le corps et l’esprit] Le bateau est un mode de transport bien plus lent que l’avion. Mais de cette façon, il permet de mieux se rendre compte de la distance qui sépare deux lieux ; le trajet s’avère alors moins perturbant, pour le corps comme pour l’esprit qui ont le temps de s’habituer progressivement au changement de lieu (climat, environnement). À l’arrivée, il n’y aura pas les effets négatifs d’un important décalage horaire qui vous laisse inactif pendant deux jours.

[Le bateau offre à voir l’environnement] Par ailleurs, voyager par la mer permet souvent de découvrir différents lieux, par exemple lorsque le bateau longe les côtes ou fait escale. Qui n’a jamais rêvé de faire une croisière, où les paysages aperçus depuis le pont comptent au moins autant que les visites faites pendant les escales ? Le déplacement peut aussi être l’occasion d’observer des animaux marins, comme des dauphins qui viendraient nager aux abords de l’embarcation.

conseil

Veille à utiliser un vocabulaire maritime riche et varié, en reprenant le lexique du texte : pont, traversée, embarcation, océan, onde, houle, embruns

[Le bateau permet de voyager au contact de la nature] Enfin, dans un bateau, on sent la force de l’élément qui nous porte, on savoure ou on souffre au contact des embruns et de la houle, on se sent vivifié par l’air marin. Tandis que l’avion nous enferme dans une cabine pressurisée et nous immobilise sur un siège, le bateau laisse libre de se déplacer et de prendre l’air pour une expérience riche de sensations.

[Conclusion] Le bateau, mode de transport plus lent que l’avion, est souvent pris par défaut, quand l’avion pour relier deux points n’existe pas ou se révèle trop onéreux. Mais prendre le bateau permet de donner au déplacement un agrément que l’avion est loin de posséder.