En quoi les œuvres littéraires permettent-elles de construire une réflexion efficace sur la condition de l’homme ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : La dissertation littéraire - La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La condition de l’homme
 
 

La condition de l’homme • Dissertation

Question de l’homme

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Polynésie française • Juin 2012

Série L • 16 points

Dissertation

> En quoi les œuvres littéraires permettent-elles de construire une réflexion efficace sur la condition de l’homme ?

Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus, les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Comprendre le sujet

  • Termes indiquant le thème général : « réflexion […] sur la condition de l’homme ». Ils renvoient de façon très vaste à la question de l’homme mais mettent aussi sur la voie de la littérature d’idées (éventuellement engagée).
  • Termes indiquant sur quelle « matière » doit porter la réflexion : « œuvres littéraires », c’est-à-dire les textes qui témoignent d’un travail sur la langue et les mots et d’une mise en « forme » (cela exclut les textes de « consommation », les textes scientifiques ou techniques).
  • La perspective à adopter se trouve dans « efficace », c’est-à-dire qui atteint son objectif, qui est adapté (à son public).
  • « En quoi » suggère de chercher pourquoi la littérature est efficace, donc d’analyser ses atouts, mais de chercher aussi ses moyens spécifiques.
  • La problématique est donc : Pourquoi, comment la littérature est-elle efficace pour (faire) réfléchir sur l’homme, exprimer une thèse/des idées, pour argumenter, convaincre ou persuader?
  • Vous pouvez éventuellement dépasser ce questionnement et vous demander à quelles conditions la littérature est efficace, si elle ne présente pas des limites ou si elle est suffisante pour faire réfléchir et traiter de la condition de l’homme.

Chercher des idées

  • Mettez la question en relation avec les grands thèmes de la question de l’homme dans la littérature argumentative, notamment la condition de l’homme, « condition » signifiant la nature, l’état, la situation.
  • Réfléchir sur la condition de l’homme, c’est s’interroger sur ce qui fait que l’homme a des limites, sur ce à quoi il est soumis (mort, destin, nature, sentiments, pression du groupe…), sur sa situation (par rapport à l’univers, au temps, à un dieu éventuel…). C’est aussi l’envisager en tant que membre d’un groupe social (famille, milieu, travail, nation…) et aborder les questions d’ordre religieux et éthique (valeurs, bonheur, pouvoir, liberté…).
  • Divisez la problématique en sous-questions : Quels sont les atouts des genres de l’argumentation directe ? de l’argumentation indirecte ? À quels moyens les auteurs recourent-ils pour faire réfléchir le lecteur sur la condition de l’homme ? De quoi dépend l’efficacité d’un texte littéraire ? Quels textes pour quel public ?
  • Les exemples : faites la liste des genres et des registres, des textes que vous connaissez qui abordent la condition de l’homme. Utilisez le corpus mais ne vous limitez pas aux genres purs de l’argumentation. Pensez au roman, au théâtre, à la poésie, par exemple.

>Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Les titres en couleur ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] « Car enfin, qu’est-ce qu’un homme dans la nature ? » s’interrogeait Pascal au xviie siècle dans ses Pensées… Cette interrogation fondamentale sur l’homme n’est propre ni au siècle, ni à l’écrivain. La Condition humaine est le titre d’un roman de Malraux qui obtint le prix Goncourt en 1933… Voilà qui indique clairement l’importance et le rôle de la littérature dans la réflexion et l’évolution des idées sur l’homme et les sociétés humaines. [Problématique] D’où vient donc l’efficacité des œuvres littéraires pour répondre aux préoccupations existentielles des hommes depuis l’Antiquité ? Si la littérature, par la mise en forme et le travail sur le langage qu’elle implique, est un support privilégié pour explorer en profondeur les questions relatives à la condition de l’homme, c’est que les écrivains disposent de formes et de moyens extrêmement variés pour le faire. [Annonce des axes] L’argumentation directe, plus propre à convaincre [I], tient sa force de ressources différentes de celles l’argumentation indirecte, plus propre à persuader [II]. Ainsi la puissance des œuvres littéraires varie selon la stratégie argumentative adoptée mais aussi et surtout selon le public auquel elles s’adressent. L’écrivain doit tenir compte du contexte, de son lecteur pour donner à sa réflexion toute sa profondeur et sa portée [III].

I. Les genres littéraires propres à convaincre

1. Quels genres pour convaincre ? Dans quel contexte ?

  • Ce sont les genres de l’argumentation directe : l’essai, le traité ou le discours, qui se prêtent à l’examen méthodique et didactique d’une notion, à l’exposé d’une thèse ; ils ont en général un titre clair. Exemples : articles « Autorité » ou « Philosophe » de l’Encyclopédie ; Plaidoyer contre la peine de mort, discours prononcé à l’Assemblée constituante par Victor Hugo.
  • Ces formes ont été pratiquées à toutes les époques : dialogues de Platon, textes de Descartes, Pascal au xviie siècle. Mais elles sont privilégiées au xviiie siècle, essentiellement préoccupé par des questions philosophiques, politiques, morales. Exemples : Fénelon dans son Traité de l’éducation des filles ; Choderlos de Laclos dans De l’éducation des filles ; Rousseau dans l’Émile ou de l’Éducation ; Montesquieu dans L’Esprit des lois ; Voltaire dans son Traité de la tolérance

2. Leur atout : rigueur de la pensée et de ­l’argumentation

  • Pour mener une réflexion et convaincre, il faut de la rigueur. Ces auteurs procèdent par la logique et font appel à la raison par une démonstration rigoureuse, proche de celle des sciences. Exemple : les Essais de Montaigne (livre II, chap. 12, document A) : étudier la structure du texte et la logique du raisonnement qui progresse par questions-réponses.
  • Ces œuvres permettent d’adopter une démarche inspirée par les raisonnements mathématiques, construisant la réflexion sur des réseaux de causes, de conséquences, de concessions, d’oppositions… Exemple : les Pensées de Pascal : structure très symétrique, rigueur mathématique des « deux infinis », logique de la démonstration de l’argument du pari qui, par restrictions successives, ne mène qu’à une solution [exemples personnels].
  • Elles sont parfois plus proches des sciences expérimentales ou des sciences de l’homme. Exemple : Jean Rostand, dans les Pensées d’un biologiste (document C), s’appuie sur des connaissances scientifiques précises et sur la connaissance de l’évolution des espèces.

3. S’impliquer, impliquer son lecteur et parler à son imagination

  • Dans ces genres littéraires, l’auteur, homme lui aussi, donne de la force à la réflexion par son implication personnelle. C’est à cela que tient essentiellement l’efficacité de l’autobiographie. Exemples : Montaigne : « Je suis moi-même la matière de mon livre »/ « Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition » ; le Préambule des Confessions de Rousseau.
  • Les moyens dont dispose l’écrivain sont multiples pour impliquer directement le lecteur (apostrophes, questions rhétoriques…). Exemples : textes de Montaigne et de Rostand (documents A et C).
  • Faire réfléchir, c’est aussi s’adapter à son interlocuteur, tenir compte de sa dualité d’être de raison et d’émotion : les auteurs recourent aux images pour parler à l’imagination du lecteur. Exemples : Montaigne lui donne à imaginer « ce cours admirable de la voûte céleste, la lumière éternelle de ces flambeaux roulant si fièrement sur sa tête », Jean Rostand lui fait jeter « le regard dans les gouffres glacés où se hâtent les nébuleuses spirales » ; les « deux infinis » de Pascal le conduisent dans la contemplation vertigineuse de l’infiniment grand et de l’infiniment petit.

II. Les genres littéraires propres à persuader

1. Efficacité et atouts des apologues et des romans

  • Ils mettent en scène des personnages variés (hommes, ou personnages allégoriques des êtres humains) et des situations concrètes très diverses qui permettent de faire le tour de la condition humaine. Les apologues, en divertissant et en séduisant, abordent des sujets plus sérieux et existentiels que ne le laissent attendre leur légèreté et leur fantaisie. Exemple : dans le conte philosophique (Voltaire, Zadig, Candide, L’Ingénu) sont abordés tous les thèmes essentiels de la condition humaine : malheur/bonheur, pouvoir, place de l’homme dans l’univers, mort…
  • Les romanciers font réagir et incitent à la réflexion sur l’homme par une peinture concrète du monde, qui a autant d’impact que les grands discours. Exemple : description de la misère des mineurs par Zola dans Germinal.
  • Ils s’adressent à l’imagination (dont Montaigne et Pascal ont démontré la force persuasive) et satisfont le goût des hommes pour les « histoires ». Exemple : la théâtralité des fables mise par La Fontaine au service de la réflexion existentielle (« La Mort et le Mourant ») ou d’intentions didactiques et satiriques (« Les Obsèques de la Lionne » +exemples personnels).
  • Ils s’adressent à un large public et sollicitent la participation du lecteur qui doit interpréter le récit et, par une démarche inductive, tirer lui-même la teneur de la réflexion.

2. Atouts des dialogues, qui donnent à voir et à entendre

  • Grâce à la diversité des interlocuteurs, les dialogues permettent la confrontation constructive et éclairante d’idées, les débats contestataires ou dialectiques. Exemples : Le Dialogue du Chapon et de la Poularde de Voltaire ; Le Neveu de Rameau de Diderot. Le dialogue peut être épistolaire, mené à distance : les Lettres persanes de Montesquieu.
  • Le théâtre est le cadre idéal pour construire une réflexion sur l’homme parce que les idées y sont incarnées par les personnages (parfois véritables porte-parole de l’auteur) qui leur confèrent présence, réalité, vivacité, et parce qu’il touche un large public (réception collective). Exemples : En attendant Godot de Beckett, Rhinocéros de Ionesco et le théâtre de l’absurde ; la satire du monde politique ou social chez Marivaux ou Beaumarchais qui donnent la parole aux « opprimés » (femmes, domestiques) ; Ruy Blas de Hugo (le peuple opprimé) ; Ubu Roi d’Alfred Jarry ; La guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux (Andromaque et la défense de la paix).

3. Atouts de la poésie comme réflexion sur l’homme

  • Le moi intime du poète s’y exhale avec force ; le lecteur y reconnaît un homme et souvent s’y reconnaît lui-même, comme le soulignent Hugo (« Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous ») ou Baudelaire (« Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère ! »).
  • Les atouts de la poésie, ce sont la puissance, la suggestion, l’originalité de ses images et de ses symboles et son lyrisme qui dessinent une image de l’homme. Exemples : le lyrisme dramatique de Chansons des rues et des bois de Hugo (« Depuis six mille ans la guerre… ») ; le tableau épique de la guerre dans Le Mal de Rimbaud (exemples à développer en fonction des textes poétiques étudiés dans l’année, puisque le corpus ne comporte pas de poème).

III. Les paramètres dont l’écrivain doit tenir compte

1. Limites à l’efficacité : textes anciens, nouveaux publics

  • Les œuvres littéraires touchent aujourd’hui un public moins large que par le passé : le lecteur d’autrefois, moins soumis à l’image, était sans doute plus capable d’apprécier les procédés littéraires parfois complexes mis en œuvre.
  • Pour le lecteur contemporain, qui a perdu certaines références culturelles et s’informe sur Internet, l’accès aux œuvres littéraires est moins direct et leur compréhension, moins immédiate, nécessite des explications (vocabulaire inconnu, syntaxe complexe, procédés de style trop sophistiqués…).
  • Enfin, quelle que soit l’époque, l’implicite, l’ironie – qui demande du recul – et l’humour sont parfois difficiles à saisir. Exemples : Rousseau déconseille de faire lire les fables aux enfants, qui risquent de mal interpréter une morale souvent implicite ou complexe (document B). L’ironie des textes des Lumières (« De l’esclavage des Nègres », où Montesquieu feint de prendre le point de vue d’un esclavagiste) peut être mal interprétée.

2. Spécificités des genres et des ­conditions de réception

En réalité, pour construire efficacement une réflexion sur l’homme, les écrivains doivent adapter leur stratégie, le genre et le registre de leurs œuvres au public visé et aux circonstances de réception. Exemples : Voltaire choisit le genre du conte philosophique, mieux adapté à un public diversifié. Les Pensées de Pascal révèlent toute leur efficacité sur un public de penseurs, les Pensées d’un biologiste sur des esprits scientifiques, les Fables de La Fontaine sur un lectorat qui aime à se divertir.

3. La littérature, un déclencheur

Par ailleurs, la littérature ne suffit pas à construire une réflexion sur la condition humaine. Certes elle sert de déclencheur, mais il revient au lecteur, par le biais de son esprit critique, de construire sa réflexion personnelle et de se forger sa propre conception de l’homme.

Conclusion

Conseil

Terminez votre conclusion par un élargissement de la problématique ; pour cela, faites appel à toutes vos connaissances scolaires mais aussi extrascolaires (autres arts, actualité…).

[Synthèse] Le véritable écrivain, homme parmi les hommes, est un éveilleur de conscience : il parle pour les hommes de son temps, mais sa réflexion transcende les époques pour devenir universelle. [Ouverture] Cependant on peut craindre que, de nos jours, le statut de la littérature, concurrencée par l’image, devienne de plus en plus précaire. En réalité, la réflexion sur l’homme est d’autant plus riche qu’elle se nourrit à des sources artistiques multiples : La vie est belle de Roberto Benigni ne fait pas oublier Si c’est un homme de Primo Levi ; les deux œuvres se complètent pour faire méditer efficacement sur l’homme.