En quoi les situations de conflit peuvent-elles intéresser le lecteur et nourrir sa réflexion ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation - La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Le conflit
 
 

Le conflit • Dissertation

Question de l’homme

fra1_1305_12_02C

 

Pondichéry • Mai 2013

La question de l’homme • 14 points

Dissertation

> En quoi les situations de conflit qu’on trouve souvent dans les œuvres littéraires peuvent-elles intéresser le lecteur et nourrir sa réflexion personnelle ?

Vous répondrez à cette question en un développement argumenté et en vous appuyant sur des références aux textes du corpus, aux œuvres étudiées pendant l’année et à vos lectures personnelles.

Se reporter aux textes du corpus.

Comprendre le sujet

  • Le « conflit » signifie « rencontre de sentiments ou d’intérêts contraires, qui s’opposent ». Un conflit peut se traduire par un « débat » ou par un « affrontement » (c’est la traduction dans les faits du conflit, de la rivalité).
  • « Nourrir sa réflexion » signifie « faire réfléchir, susciter des questions ».
  • La problématique est donc : « Pourquoi les conflits retiennent-ils l’attention, suscitent-ils des questions et instruisent-ils les lecteurs ? »

Chercher des idées

Scindez cette problématique en plusieurs sous-questions

« Pourquoi les conflits sont-ils intéressants, pourquoi forcent-ils à réfléchir ? » ; « Qu’est-ce qui est intéressant dans un conflit ? » ; « Sur quoi les conflits incitent-ils à réfléchir ? » ; « Comment les œuvres littéraires peuvent-elles mettre en scène et en valeur les conflits ? »

Analysez la notion de conflit à partir d’exemples

  • Faites une liste d’œuvres qui présentent des situations de conflits.
  • Identifiez pour chacune : qui s’oppose à qui ou à quoi ; quel est l’objet du conflit ? son contexte ?
  • Cherchez pour chaque type de conflits : l’intérêt qu’il peut présenter ; sur quels sujets il suscite la réflexion ; quel enseignement on peut en tirer.

Avant de rédiger

  • Comme vous aurez à faire souvent référence à la notion de « conflit », constituez une liste de mots qui évite de se répéter au moment de rédiger : affrontement, s’affronter ; opposition / s’opposer ; se heurter / heurt ; se battre, combattre / combat ; se quereller / querelle ; se disputer / dispute ; désaccord ; différend ; dissensions ; divergence ; discorde ; lutte ; rivalité ; débat, débattre ; polémique / polémiquer ; contestation / contester…

>Réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Dans le corrigé ci-dessous, il faut développer certains exemples.

Introduction

Conseil

La connaissance de l’étymologie et de l’histoire des mots essentiels des objets d’étude peut fournir des amorces intéressantes ou ­suggérer des idées ou arguments.

[Amorce] En grec ancien, « agôn » désignait à la fois l’action d’une pièce de théâtre et le « combat », ce qui indique clairement que le conflit et sa concrétisation, l’affrontement, sont primordiaux dans le théâtre et plus généralement dans les œuvres littéraires. [Problématique] Les divers conflits et leurs enjeux offrent aux œuvres littéraires toute leur mesure et leur efficacité. Mais, pourquoi le conflit est-il essentiel ? [Annonce du plan] D’abord, il comporte en lui un potentiel dramatique et donne de l’intensité à l’action [I] ; il peut aussi susciter l’émotion du lecteur [II] ; enfin, grâce aux réflexions qu’il provoque, il permet à l’auteur de délivrer un message [III].

I. Le conflit donne de l’intensité à l’action

1. Le conflit comme point de départ de l’intrigue

  • Il expose une situation et fournit l’occasion d’éclairer un problème.

[Exemples] Alceste et Philinte débattent des rapports sociaux ; Mauriac pose le problème des rapports familiaux et de l’argent.

  • À travers un conflit, l’auteur expose les raisons de l’opposition entre les personnages et précise la nature de leur relation (Le Nœud de vipères) ou l’enjeu de l’action (Javert dans Les Misérables). Ce conflit permet de mettre en évidence un rapport de forces entre les personnages.

[Exemples] La supériorité financière et autorité de Louis sur sa famille dans Le Nœud de vipères ; la faiblesse d’Alceste face à la société entière dans Le Misanthrope ; la complicité d’Almaviva et de Figaro dans la scène 2 de l’acte I du Barbier de Séville.

2. Le conflit comme ressort de l’action

  • Il engendre l’action notamment en prenant la forme d’affrontements violents qui se traduisent par des joutes verbales.

[Exemples] Le Misanthrope ; le défi entre Don Diègue et Don Gormas dans Le Cid de Corneille.

  • Le conflit permet aussi des révélations qui font progresser l’action. Dans L’Avare, Cléante est confronté à son père Harpagon qui lui révèle qu’il veut épouser celle que le jeune homme aime. Cléante comprend la rivalité et la guerre est déclarée ; l’action prend un nouveau tour.
  • Le conflit laisse présager sa résolution future ou la fin d’un malentendu. Par exemple, dans L’Île aux esclaves, Arlequin, le valet, et Iphicrate, le maître, se réconcilient et le conflit entre maître et valet est heureusement résolu.

II. Le conflit suscite l’émotion du lecteur

1. Le conflit joue avec les émotions du lecteur

  • Il force souvent le lecteur à prendre parti pour un des camps. En cela il suscite la sympathie ou l’antipathie pour les personnages. Le lecteur a pitié du père Goriot et ressent de l’aversion pour ses filles qui le spolient.
  • Au gré de ses phases, le conflit crée suspense, tension, détente selon que les personnages sont victorieux ou victimes. Dans Le Mariage de Figaro, le lecteur éprouve de l’angoisse quand Figaro et Suzanne sont en mauvaise posture, mais est satisfait quand le Comte est trompé.
  • Il donne sa tonalité et son registre à l’œuvre. Le conflit a un potentiel pathétique lorsqu’il met en évidence la situation dramatique d’un personnage. Dans Britannicus, l’empereur Néron force Junie à se confronter à son amant Britannicus et à feindre la froideur sous peine de causer la mort de son amant. Lorsque le conflit est intérieur, il est alors encore plus pathétique. Dans Le Cid, Rodrigue est déchiré par un conflit intérieur entre des aspirations contradictoires : l’amour et la gloire. Le conflit a un potentiel comique quand il engendre diverses sortes de comique. Dans L’Avare, le comique apparaît dans la scène où Élise et Harpagon se font des courbettes alors que le père veut forcer la fille à épouser un homme qu’elle n’aime pas (acte I, scène 4).

2. Le conflit intensifie l’expression des sentiments

  • Dans la rivalité amoureuse, le conflit est le lieu d’exploration des divers mouvements affectifs de l’être humain. Ainsi, Beaumarchais construit son Mariage de Figaro sur ce schéma : le Comte Almaviva a des visées sur Suzanne, la fiancée de Figaro. Celui-ci doit donc détourner son maître de son projet et ouvrir les hostilités : « Non, Monsieur le Comte, vous ne l’aurez pas ! »
  • Grâce au conflit, les sentiments sont plus fortement mis en évidence. Dans Le Misanthrope de Molière, Alceste, pourtant amoureux de Célimène, se dresse contre elle. Toutefois, c’est elle qui parvient à le maîtriser en le réduisant à l’obéissance. Ces personnages sont dans un rapport de force qui met en exergue les émotions violentes qui les animent.

3. Le conflit est l’occasion de baisser les masques

  • Dans le conflit, les personnages se dévoilent à eux-mêmes. [Exemple : Louis et sa famille dans Le Nœud de vipères]
  • Lors d’un conflit, les personnages, au détour d’une péripétie, se trahissent malgré eux ou sont démasqués par les autres. À la fin du Mariage de Figaro, le conflit entre Figaro et le Comte permet de dévoiler les tromperies et les hypocrisies. Grâce au conflit, on explore la face cachée de l’être humain.

III. Le conflit suscite la réflexion et permet de faire passer un message

Le jeu des contrastes sert de ressort : le conflit permet de confronter les points de vue, d’avoir plusieurs perspectives sur un même problème.

1. Le conflit suscite la réflexion sur la société et le pouvoir

Le personnage est souvent confronté à ceux qui le briment.

  • Le conflit peut révéler les conditions de vie d’une classe sociale et le personnage se fait le porte-parole d’une partie de la société ou de son rang. Dans Le Misanthrope, Alceste dénonce les courtisans qui sont des hypocrites, tandis que lui prône la sincérité. De même, Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, est un homme du peuple qui veut réussir, et qui est sans cesse confronté à la société qui le rejette. Enfin, dans Le Mariage de Figaro, la confrontation s’élargit à un conflit de classe : Figaro s’adresse à « Monsieur le Comte », au « grand seigneur », mais aussi, à travers lui, à ces puissants qui ne se sont donné que « la peine de naître et rien de plus ».
  • Certaines œuvres présentent un conflit qui oppose un personnage seul contre le pouvoir politique et font réfléchir à l’inégalité des forces. Antigone, l’héroïne de la tragédie de Sophocle, se dresse seule contre le roi Créon et soutient les valeurs familiales en voulant offrir une sépulture religieuse à son frère. Créon lui, incarne la loi de la cité grecque.

Ces confrontations permettent d’ouvrir des débats d’idées et invitent à la réflexion sur les inégalités de la société.

2. Le conflit suscite la réflexion sur la condition humaine

Le conflit a un potentiel tragique : le personnage se trouve confronté à la fatalité incarnée.

  • Parfois, l’un des personnages est l’incarnation du destin, force supérieure contre laquelle se débat le héros. Ainsi, l’adversaire fondamental de Dom Juan est le Ciel contre lequel il ne peut rien. Celui-ci prend différentes apparences au cours de la pièce : il apparaît sous la forme d’un pauvre (acte III, scène 1), du Commandeur et enfin du spectre.
  • Ce type de conflit permet de donner une traduction visible des problèmes existentiels de l’homme, devenu spectateur de sa propre destinée. Œdipe, pensant échapper à son destin, ne fait que courir à sa perte en menant une enquête qui l’oppose au devin Tirésias. C’est par ce conflit qu’Œdipe découvre sa véritable identité et prend conscience de notre condition humaine.

Conclusion

Les œuvres littéraires qui ne comportent pas de conflit sont rares et attirent peu les lecteurs. L’affrontement permet en effet à l’écrivain d’intéresser son lecteur et de l’amener à s’interroger sur le monde qui l’entoure et sur lui-même. L’œuvre littéraire répond au principe cher au classicisme, « instruire et plaire », et confirme la réflexion du philosophe John Dewey : « Le conflit est la mouche du coche de la pensée. Il stimule l’observation et la mémoire ».