En vous appuyant sur la lettre de Cécile dans Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, vous rédigerez deux lettres.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : Antilles, Guyane
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
S’identifier à un personnage
 
 

S’identifier à un personnage • Invention

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Roman

32

CORRIGE

 

Antilles, Guyane • Septembre 2013

Séries ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> En vous appuyant sur la lettre de Cécile dans Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos (texte A), vous rédigerez deux lettres.

Dans la première lettre, le chevalier Danceny racontera à un de ses amis sa rencontre avec la jeune Cécile.

La seconde lettre sera écrite par la mère de Cécile Volanges et destinée à madame de Merteuil. Elle évoquera la situation de sa fille.

Comprendre le sujet

Attention ! Vous devez produire deux textes.

  • Forme : « lettre». Respectez les caractéristiques formelles de la lettre : formule d’adresse, implication de l’auteur de la lettre et du destinataire (indices personnels de la 1re et de la 2e personne).
  • Sujet/thème : Lettre 1 : « la rencontre » de Danceny avec Cécile. Lettre 2 : « la situation » de Cécile Volanges.
  • Type de texte : Lettre 1 : « racontera » indique que le texte est narratif (le récit peut comporter des descriptions). Lettre 2 : « évoquera » appelle plutôt la description d’un état (situation).
  • Situation d’énonciation : Lettre 1 : Qui ? le chevalier Danceny qui devient « je ». À qui ? « à un de ses amis ». Lettre 2 : Qui ? « la mère de Cécile ». À qui ? « à madame de Merteuil », une amie. Dans les deux lettres, cela implique une certaine complicité et un recours possible à l’implicite.
  • Niveau de langue : courant et soutenu (« de la haute société »).
  • Le registre n’est pas indiqué.
  • « Définition » des textes à produire, à partir de la consigne.
 

Lettre d’un amoureux (genre), qui raconte (type de texte) une rencontre amoureuse (thème) et décrit (type de texte) une jeune fille (thème), ? (registre), pour se confier et partager ses sentiments (buts).

 

Lettre d’une mère (genre), qui décrit (type de texte) la vie et la situation d’une jeune fille (thème), ? (registre), pour donner des informations et ses sentiments (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • Le choix des tons et des registres : la première lettre peut être lyrique, car il s’agit d’amour. La deuxième lettre peut être un peu didactique, mais aussi adopter un ton préoccupé (par la naïveté de Cécile, son sort après le mariage…).
  • La personnalité des épistoliers : Danceny est un « monsieur », cultivé, artiste, « aimable », qui sait parler de façon courtoise et implicite. Le caractère de Mme de Volanges n’est pas précisé, vous pouvez l’imaginer.

La forme

  • Observez les caractéristiques formelles du roman épistolaire : désignation des correspondants en début de lettre ; lieu d’écriture, points de suspension, date en fin de lettre.
  • Utilisez les marques des registres choisis : pour la lettre 1, le lyrisme (exclamations, exagérations, vocabulaire affectif…) ; pour la lettre 2, le ton didactique (vérités générales, connecteurs logiques…).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Lettre 2

À vous de rédiger la deuxième lettre. Ces quelques paragraphes vous donnent l’exemple d’un ton tout différent.

De madame de Volanges à madame de Merteuil

Que je vous suis obligée, ma chère, d’avoir donné il y a quelques temps un dîner pour la présentation de ma fille au monde ! Ma chère Cécile s’est prise d’une véritable amitié pour vous : elle ne tarit pas d’éloges à votre égard, et vous êtes pour beaucoup dans son adaptation rapide au monde, qui me donnait de l’inquiétude…

Quand j’ai retiré ma fille du couvent, elle n’était guère dégourdie et cela me cause quelque affliction. Cette ignorance qu’elle a des choses du monde et de la vie ne lui nuira-t-elle point ? Quand ce mariage que nous préparons sera effectif, comment vivra-t-elle ce changement si grand ? Je ne puis m’empêcher de penser que cela pourra lui être douloureux, elle, si innocente. [Rappel de sa propre expérience conjugale]

Toutes ces considérations me font repousser le mariage déjà presque conclu avec le comte… Mais mes atermoiements risquent de mettre ma petite Cécile en danger. Pour le moment, la petite comédie qu’elle joue avec le chevalier Danceny (ils jouent du piano et chantent à l’unisson !…) est bien inoffensive, mais le temps fait bien des choses, ma chère, et elle pourrait fort bien se fourvoyer sans même y penser. Qui sait à quoi peut mener l’ignorance ? [Hypothèses sur les malheurs prévisibles de Cécile]

Me voilà donc bien indécise. Je vois d’un côté un mariage sûr et solide avec le comte, qui pourrait faire le malheur de ma fille, de l’autre une temporisation qui ne l’en protégera pas longtemps. Que me conseillez-vous donc, chère amie, en cette triste situation ?

J’attends votre réponse et je vous assure de ma gratitude, vous qui êtes si bonne pour ma chère Cécile.

De…., ce 7 août 17**.

Corrigé

Lettre 1

Du chevalier Danceny au vicomte de Chancel

Tu avais raison. Je me targuais de ma fermeté d’âme et de mon succès auprès de ces dames, mais me voilà bien pris moi-même, et d’une façon digne d’une comédie de Molière de surcroît ! Hé oui, j’ai chanté, le croiras-tu ? Chanté !

Laisse-moi te relater la chose en détail. Hier, je me suis rendu chez Mme de Merteuil – tu la connais... Elle donnait un dîner à l’occasion de l’introduction d’une jeune fille dans le monde pour lui faire entrevoir la « bonne société » et la présenter au cercle d’amis de sa mère avant de la précipiter dans le gouffre du mariage dont elle ne sait encore rien. Rien que de très habituel, en somme. Mais voilà : les jeunes filles que j’ai vues dans le monde n’ont rien à voir avec celle-là : des yeux clairs et pénétrants, un teint d’albâtre, une taille fine et délicate... Une beauté, mon ami, comme on en voit peu ! Son nom est Cécile, et c’est la fille de Mme de Volanges.

 

Conseil

Pour une écriture d’invention qui s’appuie sur un texte du corpus, analysez les faits d’écriture du texte d’appui pour les imiter dans le texte produit.

Par bonheur, Mme de Merteuil nous avait placés l’un à côté de l’autre, et j’ai pu engager facilement la conversation – mon instruction et mon éducation ont fait que j’ai trouvé tout naturellement les compliments d’usage, clairs mais discrets, dont on peut couvrir avec délicatesse et subtilité les charmantes jeunes filles fraîchement sorties de leur couvent.

Le repas se passe en amabilités – trop vite à mon goût, hélas ! Mais, après le dîner, Mme de Volanges a absolument voulu que sa fille jouât du piano et chantât devant l’assistance : il fallait bien montrer à quel point le monde ne pouvait se passer d’une jeune personne aussi accomplie... Celle-ci se trouble, le rouge colore ses joues délicates, et après quelque embarras, la délicieuse Cécile avoue qu’elle ne connaît que des pièces à deux voix. Aussitôt, je m’offre à chanter à ses côtés, moi qui m’étais bien juré de ne jamais me donner en spectacle. Me voici donc à vocaliser devant ce beau monde, dont les parents de la jeune Cécile. Heureusement que j’ai une belle voix – sans vouloir me flatter. Par ailleurs, le sourire radieux de l’aimable Cécile m’a récompensé de ce moment de honte passager. Tu vas sans doute me dire que j’ai bien été le seul à sentir cette honte dans l’assistance ; je n’en suis pas aussi certain que toi : les sourires, toujours polis mais quelque peu mystérieux, de Mme de Merteuil font que je ne sais jamais à quoi m’en tenir sur certains points. Mais je sais du moins que la ravissante Cécile, elle, n’a pas perçu ma gêne, et cela me console...

Tu peux donc te moquer de moi tant que tu veux. Mais je compte bien réitérer l’expérience – mais pas en public. Mme de Merteuil m’a présenté officiellement à Mme de Volanges, et je puis désormais lui rendre visite quand bon me semble. Le prétexte n’est pas difficile à trouver : je puis renouveler le répertoire de Cécile. Je composerai paroles et musiques pour Cécile, que nous chanterons ensemble ; je prendrai grand soin de montrer que Cécile a besoin pour progresser de mes conseils que je prodiguerai avec douceur pour ne la point blesser. J’espère, par ce moyen, avoir l’occasion de la voir tous les jours.

Je suis conscient que cela est bien vain et déraisonnable, puisque je ne pourrai jamais l’épouser. Je ne sais trop moi-même ce que je cherche dans cette affaire. Je ne vois qu’une chose, c’est que je mourrai de douleur si je ne puis la revoir demain. Raille-moi si tu veux, traite-moi d’amant de comédie pour avoir recours au stratagème du maître à chanter, cela ne m’empêchera pas de courir chaque jour chez Mme de Volanges pour revoir la divine Cécile.

De …, ce 25 juillet 17**.