Annale corrigée Contraction de texte et essai

Enseigner, c'est résister

Sujet complet • Contraction – Essai

Enseigner, c'est résister

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Ce sujet va vous permettre de réfléchir à l'importance de l'esprit critique à l'école : pourquoi et comment le développer ?

 

1. Contraction • Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 179 mots et au plus 219 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.

2. Essai • Selon vous, comment l'école peut-elle permettre de passer « de la pensée captive à la pensée critique » ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les chapitres XI à XXIV du Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du xvie au xviiie siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Document 

À côté [des dictateurs]1, les seigneurs de la publicité et du numérique paraissent jouer petit bras. Mais ne nous y trompons pas : ils racolent2 nos jeunes à la certitude aussi efficacement que les séduisait, jadis, le joueur de flûte de Hamelin3. Ils colportent à grande vitesse les slogans les plus simplificateurs pour mettre les individus sous leur emprise. La sollicitation permanente des pulsions archaïques, la promesse du plaisir immédiat, la réduction du monde à ce qu'un slogan – ou un Tweet – permet d'en dire, la diffusion massive de fausses promesses et de vraies fake news4, tout cela crée une addiction à l'évidence qui érode5 toute velléité6 critique. L'individu se croit libre parce qu'on flatte systématiquement ses caprices. Il croit revenir aux joies authentiques de l'enfance alors qu'il est maintenu sous séquestre7 dans les filets de l'infantile. […]

Face à ces sirènes mensongères, l'éducateur paraît bien démuni. Il ne doit pas, pour autant, faire aux marchands de certitudes le cadeau de sa démission, ni même de son découragement. Je suis en fait profondément convaincu qu'il doit assumer délibérément sa fonction de résistant. Le philosophe américain et spécialiste des médias Neil Postman, auteur d'un ouvrage au titre prémonitoire, Se distraire à en mourir, avait écrit, dès 1979, un livre dont le titre français est plus que jamais d'actualité : Enseigner, c'est résister. Il y montrait que, dans toutes les sociétés, l'école ne joue véritablement son rôle que si elle prend le contre-pied des dérives qui la menacent. Jules Ferry n'a rien fait d'autre quand, dans un monde dominé par la superstition et la religiosité, il a voulu fonder l'enseignement sur la rationalité et la laïcité. C'est pourquoi, explique Postman, nous n'avons pas à avoir honte d'affirmer nos valeurs : la valeur du dialogue contre la collusion8 des intolérances, la valeur de la culture contre celle des ignorances. […]

« Faire la classe » aujourd'hui n'est peut-être pas autre chose : instituer un espace-temps qui échappe – au moins un peu – au « bruit et [à] la fureur9 » du monde pour qu'on y apprenne à parler et à vivre sans se sentir menacé par la terreur des certitudes. Construire un cadre suffisamment accueillant et sécure pour que chacun puisse se remettre en question sans être détruit dans son identité. Créer des relations assez apaisées pour que nul ne craigne d'affronter l'inquiétude et de se confronter à l'incertitude.

C'est ainsi que l'on apprendra à nos enfants à passer de la pensée captive10 à la pensée critique, qui est à la source de tout progrès intellectuel. Car ce qui est une exigence absolue pour les scientifiques est, en réalité, une nécessité pour tous les citoyens dans un régime qui se veut démocratique. C'est pourquoi l'École a, sur ce point, un rôle fondateur : dans tous les enseignements et à tous les niveaux scolaires, elle doit mettre les enfants et les adolescents dans une posture de recherche active qui les amène à rencontrer l'imprévu et à se confronter à l'inconnu.

C'est pourquoi, aussi, elle doit introduire, bien plus systématiquement qu'elle ne le fait aujourd'hui, des expérimentations scientifiques et des débats à visée philosophique. De fait, face à la réalisation d'un montage électrique par exemple, les élèves butent toujours, plus ou moins, sur la résistance du réel à leurs velléités de toute-puissance : ils peuvent alors réviser leurs convictions à la lumière de ce qu'ils découvrent et se dégager quelque peu du dogmatisme11 de l'ignorance. De même, quand ils sont contraints, au cours d'un échange rigoureusement préparé et animé, de reformuler le point de vue de l'autre avant de tenter de le réfuter, ils peuvent être déstabilisés et même, parfois, reconfigurer leur propre système de représentations. Ils font là l'apprentissage essentiel de la pratique de la « falsifiabilité12 », dont l'épistémologue13 Karl Popper a bien montré qu'elle était déterminante dans l'avancée de la connaissance : elle autorise, en effet, à émettre des hypothèses de toutes sortes dès lors que l'on s'astreint14, méthodiquement, à rechercher ce qui pourrait les invalider. C'est cette capacité, si nécessaire et si difficile à acquérir, de penser contre soi-même qui constitue un des enjeux majeurs de l'éducation aujourd'hui. Il faut que nos enfants apprennent à l'exercer, tant sur les questions philosophiques et économiques, politiques et religieuses, qu'à toute petite échelle, chaque fois qu'à l'occasion d'une observation ou d'une manipulation, d'une enquête ou d'un débat, on leur permet de faire les premiers pas, même timides, vers leur émancipation : « Ah, je croyais… Mais ce n'est peut-être pas tout à fait ça… Il faut y réfléchir… »

Philippe Meirieu, Ce que l'école peut encore pour la démocratie, chapitre 2 « Les certitudes ne font pas le printemps », © Autrement, un département des Éditions Flammarion, 2020.

1. Philippe Meirieu vient d'évoquer les dictateurs qui enferment le peuple dans de fausses certitudes pour mieux l'asservir.

2. Racolent : attirent.

3. Le joueur de flûte de Hamelin : personnage d'une légende allemande qui attire tous les enfants de la ville, en jouant de la flûte, pour les enlever à leurs parents.

4. Fake news : fausses informations.

5. Érode : affaiblit.

6. Velléité : volonté.

7. Sous séquestre : prisonnier.

8. Collusion : complot.

9. Au « bruit et [à] la fureur » : allusion à des vers de Shakespeare, extraits de Macbeth, qui comparent la vie à « une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ».

10. Pensée captive : pensée prisonnière de l'ignorance ou des préjugés.

11. Dogmatisme : système de pensée qui rejette le doute et la critique.

12. Falsifiabilité : capacité à montrer par l'expérimentation qu'une hypothèse est fausse.

13. Épistémologue : philosophe qui étudie l'histoire et les méthodes des sciences.

14. S'astreint : s'oblige.

 

Les clés du sujet

Observer le texte à contracter

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : Énonciation; Texte à la 1re personne.; Ligne 2 : Thèse; Enseigner, c'est apprendre à sortir des certitudes et à penser de manière critique.; Ligne 3 : Composition; 1. Le monde de la publicité et du numérique enferme les jeunes dans de fausses certitudes afin de les maintenir en leur pouvoir. (l. 1-13, paragraphe 1)2. Le philosophe Neil Postman montre qu'enseigner, c'est résister aux tentatives d'emprisonner la pensée. (l. 14-29, paragraphe 2)3. L'école doit créer un cadre où les élèves puissent développer leur pensée critique, et les encourager dans cette démarche. (l. 30-46, paragraphes 3 et 4)4. Pour atteindre cet objectif, l'école doit proposer aux élèves des expérimentations scientifiques et des débats qui les incitent à remettre en question leur système de pensée. (l. 47-71, paragraphe 5);

Chercher des idées pour l'essai

1. Rendre les élèves actifs dans leur apprentissage.

Expliquez les risques d'une transmission unilatérale du savoir, où l'élève apprend sans questionnement ni dialogue. Donnez des exemples en vous appuyant sur l'éducation de Gargantua.

Montrez les bienfaits des démarches de recherche et intéressez-vous à l'utilisation des outils numériques.

2. Garder l'école ouverte sur le monde extérieur.

Réfléchissez à l'idée « d'un espace-temps qui échappe » au monde extérieur.

Nuancez les propos de Philippe Meirieu en montrant qu'une ouverture sur le monde est nécessaire pour rester en lien avec la réalité des élèves, et pour nourrir leur réflexion.

1. Contraction

Les univers de la publicité et du numérique séduisent les jeunes par de fausses certitudes : ils les enferment dans une ignorance infantile en réduisant leur vision du monde à des slogans et en flattant leurs désirs.

Je pense que l'éducateur a le devoir de résister aux tentatives de manipuler [50] les esprits. C'est ce que défendait le philosophe Neil Postman en montrant que l'école doit s'opposer aux dérives qui la mettent en péril et promouvoir les valeurs du dialogue et de la culture.

à noter

La référence à Neil Postman est importante dans l'argumentation de Philippe Meirieu et doit être mentionnée.

Pour cela, il faut que l'École constitue un cadre préservé du monde extérieur, [100] où chacun se sente assez en confiance pour se confronter à l'autre et risquer de se remettre en question. Ce développement de l'esprit critique est nécessaire au progrès intellectuel et à la démocratie. Pour y parvenir, l'École doit toujours placer les élèves dans une démarche de recherche [150] active.

Il faut donc pratiquer l'expérimentation scientifique et les débats philosophiques qui favorisent la remise en question des certitudes en poussant les élèves à élaborer et vérifier des hypothèses, à reformuler ou réfuter des points de vue. Cette capacité à penser contre soi-même, dans tous les domaines et [200] à tout âge, est essentielle à acquérir à l'École.

210 mots

2. Essai

Les titres des parties ne doivent pas figurer dans votre copie.

Introduction

L'école a aujourd'hui la mission de transmettre le savoir, mais aussi l'ambition de former les citoyens de demain pour qu'ils soient actifs et responsables au sein d'une société démocratique. Elle doit donc apprendre aux futurs citoyens à penser par eux-mêmes. On peut alors s'interroger avec Philippe Meirieu : comment l'école permet-elle de passer « de la pensée captive à la pensée critique » ? Je pense que l'élève doit être actif dans son apprentissage, mais aussi qu'il doit évoluer dans un cadre qui reste ouvert sur le monde.

I. Rendre les élèves actifs dans leur apprentissage.

Pour que les élèves puissent développer leur esprit critique, je pense qu'il est primordial de les rendre actifs dans leur apprentissage.

En effet, l'école ne doit pas reposer sur une transmission unilatérale du savoir. Rabelais défendait ce point de vue, dès le xvie siècle, en mettant en scène l'échec des précepteurs sophistes dans l'éducation du jeune Gargantua. Dans le chapitre XIV, ses maîtres abrutissent le héros de lectures savantes et de textes à apprendre par cœur ou à copier, sans jamais solliciter sa réflexion. Plus Gargantua étudie, plus il devient sot et ignorant. Il reste dans une pensée captive. À l'inverse, le sage Ponocrates invite systématiquement Gargantua à discuter de ses lectures afin de développer une pensée critique, selon les principes de l'éducation humaniste.

des points en +

On pourrait également évoquer la lettre de Gargantua à son fils dans Pantagruel, qui l'invite à mesurer ses progrès dans des discussions publiques (chap. viii).

Inspirée par cet idéal, l'école publique cherche aujourd'hui à rendre les élèves plus actifs, en construisant les programmes non seulement sur les connaissances, mais aussi sur les compétences, et en développant les projets à réaliser en groupes. Cependant, elle a encore des progrès à faire pour que chaque élève se sente véritablement impliqué dans son apprentissage.

Je rejoins donc Philippe Meirieu sur la nécessité de placer l'élève en situation de recherche pour qu'il se confronte à la difficulté et se remette en question. J'ajouterais qu'il faut l'inciter à développer des stratégies de recherche. De nos jours, certains élèves ont tendance à se tourner vers Internet sans vérifier leurs sources et restent dans une « pensée captive » en étant persuadés que tout ce qu'ils trouvent sur la Toile est fiable.

Cette situation a incité des pédagogues à alerter sur les dangers de la surconsommation des outils numériques. Dans La Fabrique du crétin digital, Michel Desmurget attire l'attention des parents sur les dangers des écrans quand ils sont utilisés avec excès : loin de développer les capacités intellectuelles des enfants, ils réduisent la concentration, nuisent au développement du langage, et provoquent des troubles du comportement. Ainsi le passage de la pensée captive à la pensée critique implique-t-il une lutte contre les certitudes et un combat contre le goût de la facilité.

II. Garder l'école ouverte sur le monde extérieur.

Rendre l'élève actif est une première étape, mais elle n'est pas suffisante si l'école reste fermée sur elle-même. Je suis convaincu(e) que, pour développer l'esprit critique, il ne faut jamais perdre de vue la tradition humaniste qui invite à l'ouverture sur le monde.

Je nuancerais donc les propos de Philippe Meirieu lorsqu'il écrit qu'enseigner c'est « instituer un espace-temps qui échappe – au moins un peu – au " bruit et [à] la fureur " du monde ». Certes l'école doit constituer un cadre sécurisant, favorable à l'échange, mais elle ne doit pas se couper du monde. Je pense au contraire qu'il est important qu'elle reste très ouverte sur ce qui se passe à l'extérieur. Par ailleurs, la lutte de l'école contre les dérives qui la menacent passe par une connaissance et une analyse de celles-ci. C'est pourquoi l'enseignant doit faire le lien entre son enseignement et la vie de ses élèves pour susciter l'envie d'exercer leur esprit critique.

conseil

Nuancer un propos du texte à contracter peut être un bon point de départ pour développer un argument.

Le roman de François Bégaudeau Entre les murs, adapté au cinéma en 2008 par Laurent Cantet, rend compte de la difficulté de communication entre un enseignant et ses élèves dans un collège d'une zone d'éducation prioritaire à Paris. Le fossé qui existe entre les connaissances enseignées et le savoir des élèves est source de tensions, comme en témoigne la scène du cours consacré à l'imparfait du subjonctif, temps inconnu des élèves et trop éloigné de leur quotidien. Le titre du roman renvoie à la nécessité d'ouverture de l'école : quand celle-ci n'est qu'un lieu coupé du monde, imposant « entre les murs » un enseignement érudit, elle est vouée à l'échec.

En outre, il me semble capital que cette ouverture sur le monde confronte les élèves à d'autres cultures, d'autres façons de penser, notamment grâce à des sorties et des voyages organisés par l'école. C'est par un voyage à Paris que débute la véritable éducation de Gargantua. Rencontrer des gens qui vivent et parlent différemment, et échanger avec eux dans la bienveillance poussent à s'interroger sur son propre mode de vie et de pensée.

Conclusion

En conclusion, je pense, comme Philippe Meirieu, qu'il est nécessaire de mettre l'élève dans une démarche active pour passer d'une pensée captive à une pensée critique, et qu'il est important que l'école s'oppose à tout ce qui véhicule des idées toutes faites. De plus, elle devrait rester au contact de ce qui se passe dans le monde afin que les jeunes, sans cesse confrontés à de nouvelles façons de penser, aient du recul sur la leur. Cette réflexion ne se limite pas à l'école : la mobilité professionnelle, la mobilité géographique et les échanges interculturels sont également très utiles pour permettre à chacun d'évoluer et de remettre en question ses préjugés.

Accéder à tous les contenus
dès 6,79€/mois

  • Les dernières annales corrigées et expliquées
  • Des fiches de cours et cours vidéo/audio
  • Des conseils et méthodes pour réussir ses examens
  • Pas de publicités
S'abonner