États-Unis et Brésil : deux puissances concurrentes ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : L'Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud
Année : 2015 | Académie : Antilles, Guyane


Antilles, Guyane • Septembre 2015

analyse de documents

À partir de l’analyse des deux documents, caractérisez les relations entre les deux puissances du continent américain.

Document 1 Extrait d’un article du Los Angeles Times, quotidien californien, sur les relations entre les États-Unis et le Brésil

Brésiliens et Américains parlent beaucoup de l’intérêt d’une relation « stratégique » entre leurs deux pays, mais ne font pas grand-chose pour qu’elle existe. Ses avantages économiques sont pourtant évidents. L’économie brésilienne est désormais la sixième du monde et deviendra la quatrième au-delà de 2040. Chaque année, le Brésil absorbe un montant plus important d’exportations et d’investissements américains, et la découverte récente de gisements de pétrole le voue à devenir un grand fournisseur d’énergie pour les États-Unis.

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Brésil, mais le commerce américano-brésilien est également florissant, puisqu’il a crû de près de 10 % par an au cours de la dernière décennie.

Et pourtant les États-Unis et le Brésil n’ont pas signé un seul accord commercial majeur depuis vingt ans. Des divergences de fond subsistent sur les subventions et les droits de douane américains qui entravent les exportations agricoles brésiliennes et les restrictions brésiliennes sur les importations de services et de produits manufacturés.

Au-delà des différends d’ordre économique, les relations ­américano-brésiliennes pâtissent aussi de tensions géopolitiques. Le Brésil a été particulièrement irrité par la réticence de Washington à appuyer sa demande d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, alors que le président Obama avait soutenu celle de l’Inde deux ans plus tôt. Le Brésil a réalisé ses aspirations mondiales en se démarquant des États-Unis sur des dossiers sensibles, notamment le nucléaire iranien.

Il est temps que Washington se défasse de son ambivalence à l’égard des ambitions mondiales du Brésil et reconnaisse […] qu’il est désormais une puissance. Il n’y a aucune raison valable pour que Washington continue de favoriser l’Inde au détriment du Brésil. Si son bilan diplomatique n’est pas sans tache, sur la plupart des sujets qui préoccupent les États-Unis, et notamment sur le Moyen-Orient, le Brésil a un meilleur profil que l’Inde. Et il pourrait jouer un rôle utile dans les négociations sur ces questions, car il jouit de la confiance de nombreux pays qui se méfient des États-Unis et de leurs alliés européens.

Peter Hakim, Los Angeles Times, in Courrier International, hors-série, juin-juillet-août 2013.

Document 2 Dessin du Brésilien Carlos Latuff, 18 mars 2011, dans le magazine états-unien The Atlantic

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Titre en haut : « Obama arrive à Rio… »

Dans la bulle : « C’est par où, le pétrole ? »

Les clés du sujet

Lire la consigne

Le libellé de la consigne vous invite à décrire les relations entre les États-Unis et le Brésil, en tant que puissances. Le sujet précise la consigne : peut-on réellement parler de concurrence entre ces deux États ? En d’autres termes, est-il pertinent de comparer leurs puissances ?

Observer les documents

Les deux documents proposés sont très différents. Le premier est un extrait d’article de Peter Hakim publié dans le quotidien états-unien Los Angeles Times ; le second, un dessin humoristique du Brésilien Carlos Latuff paru dans le magazine états-unien The Atlantic. Ils sont tous deux récents (2013 et 2011) et abordent la question des relations entre les États-Unis et le Brésil de deux points de vue différents (respectivement états-unien et brésilien).

Définir les axes de l’analyse

La consigne ne vous indique pas explicitement un plan. En vous appuyant sur le document, vous pouvez organiser votre analyse en deux parties : dans un premier temps, vous soulignerez le déséquilibre des relations entre une hyperpuissance (les États-Unis) et une puissance émergente (le Brésil) ; dans un second temps, vous mettrez en évidence l’ambivalence de leurs relations, entre partenariat et concurrence.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture mais ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation des documents] Deux documents nous sont proposés, qui abordent les relations entre les États-Unis et le Brésil selon des points de vue opposés. Le premier est un extrait d’article de presse issu du quotidien états-unien Los Angeles Times, écrit par le journaliste Peter Hakim en 2013. Le second est un dessin humoristique du Brésilien Carlos Latuff, paru dans le magazine états-unien The Atlantic en 2011.

[Problématique et annonce du plan] L’analyse de ces documents nous permettra de caractériser les relations entre ces deux puissances. Nous montrerons d’abord qu’il s’agit de relations déséquilibrées, puis de relations ambivalentes.

I. Des relations déséquilibrées

1. Des puissances économiques inégales

Attention !

En matière de PIB, il n’y a pas de situation définitivement acquise.

Les États-Unis restent la première puissance économique mondiale alors que le Brésil ne se place qu’au sixième rang (deuxième phrase du document 1).

Cependant, comme l’indique cette même phrase, l’écart entre les deux puissances est susceptible de se réduire : à partir de 2040, les États-Unis rétrograderont au deuxième rang (derrière la Chine) alors que le Brésil atteindra le quatrième.

Les États-Unis sont également la première puissance financière mondiale (symbole du dollar sur les voiles du bateau dans le document 2). Elle s’appuie sur la monnaie et la puissance de la bourse de Wall Street. Malgré l’affirmation de la bourse de São Paulo, le Brésil reste une puissance financière modeste.

2. Des puissances géopolitiques incomparables

Info

Le Brésil est un des leaders des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique 
du Sud).

Les États-Unis disposent d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU (quatrième paragraphe du texte) tandis que le Brésil n’en est qu’un membre tournant. Cependant, comme le rappelle la dernière phrase, le Brésil est un État influent dans les pays du Sud.

Les États-Unis sont aussi la première puissance militaire mondiale (symbolisée par l’armure du président Obama dans le dessin), alors que le Brésil, avec un budget militaire vingt fois inférieur, n’est qu’une puissance militaire régionale.

II. Des relations ambivalentes

1. Dans le domaine économique

Les deux États sont des partenaires commerciaux (premier paragraphe) : le Brésil exporte du pétrole vers les États-Unis (bulle du dessin) ; les États-Unis exportent (ex. : produits manufacturés) et investissent au Brésil. De plus, le document 1 nous rappelle que les échanges américano-brésiliens sont en forte croissance (10 % par an entre 2000 et 2010).

Info

À l’échelle continentale, l’ALENA, dominée par les États-Unis, concurrence le MERCOSUR, centré sur le Brésil.

Cependant, États-Unis et Brésil sont également des rivaux, ce qui explique qu’aucun accord commercial ne soit signé entre eux depuis longtemps : divers litiges commerciaux les opposent (troisième paragraphe).

2. Dans le domaine géopolitique

Gagnez des points !

Privilégiez l’interpré­tation du document à sa seule description.

Des tensions géopolitiques opposent les deux puissances (quatrième paragraphe) : le Brésil aspire à devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, alors que les États-Unis soutiennent la candidature de l’Inde. De plus, le Brésil, dans une logique anti-impérialiste (dans le document 2, Obama en chevalier symbolise l’hégémonie américaine), prend parfois le contre-pied des États-Unis sur certains dossiers, comme le nucléaire iranien.

Pourtant, d’après l’auteur du document 1, les États-Unis auraient intérêt à jouer la carte du Brésil compte tenu de son influence dans les pays du Sud. C’est le cas dans le dossier sur le Moyen-Orient, région dans laquelle l’anti­américanisme est bien ancré.

Conclusion

[Réponse à la problématique] En somme, les relations entre les États-Unis et le Brésil sont déséquilibrées : elles associent une hyperpuissance et une puissance émergente. Elles sont également ambivalentes : dans les domaines économique et géopolitique, elles sont caractérisées à la fois par le partenariat et la rivalité.

[Critique des documents] L’intérêt des documents est de rendre compte de la complexité des relations entre ces deux puissances. Toutefois, ils n’abordent pas d’autres domaines, comme le domaine culturel.