Être libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : La liberté
Type : Dissertation | Année : 2016 | Académie : Antilles, Guyane

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Antilles, Guyane • Juin 2016

dissertation • Série ES

Être libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?

Les clés du sujet

Définir les termes du sujet

Être libre

Définir la liberté, c’est répondre au sujet. On peut brièvement dire qu’il y a une définition négative de la liberté comme absence de contrainte, d’obstacle, et une définition positive comme capacité à agir par soi-même.

Est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?

L’obstacle est ce qui empêche ou gêne l’action, le mouvement, le passage. Il se présente comme une difficulté.

Dégager la problématique du sujet et construire un plan

La problématique

La question est de savoir si la liberté peut se définir par le fait de ne rencontrer « aucun » obstacle. Mais est-ce seulement possible ? Un obstacle peut être interprété de différentes manières (physique, politique, morale, psychologique, sociologique).

Il s’agit de se demander si l’être humain peut exister sans aucun déterminisme, et si cet état renvoie bien à l’idée de liberté. Mais même si l’être humain est libre, il rencontre partout des obstacles. La liberté serait alors plutôt dans la libération de ces contraintes. La liberté serait conçue comme possibilité d’agir par soi-même.

Or la capacité d’agir n’implique-t-elle pas de s’imposer une contrainte ? Comment comprendre la liberté si elle réside à la fois en une absence de détermination et dans le fait de surmonter ces contraintes et d’assumer ses responsabilités ?

Le plan

On interrogera d’abord cette possibilité de ne rencontrer aucun obstacle, puis on envisagera la possibilité de concilier déterminisme et liberté, pour enfin redéfinir la liberté comme prise en charge des obstacles, fondement de la responsabilité.

Éviter les erreurs

Le sujet ressemble à une question de cours. Il faut trouver une problématique originale. Si la liberté peut être définie autrement que comme absence de contrainte, il ne faut pas oublier que la liberté peut aussi se définir grâce à la contrainte.

L’utilisation des repères obligation/contrainte et en fait/en droit doit être maîtrisée.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

Info

Le plan du devoir, articulé à la problématique, doit être présenté dans l’introduction.

L’expérience la plus immédiate semble m’assurer de ma liberté. Il est tout à fait naturel d’affirmer être libre de se lever, de marcher, de parler… chaque fois que je le désire. Être libre, est-ce alors ne rencontrer aucun obstacle ?

En ce sens, la liberté serait une toute-puissance qui permettrait de tout faire. Mais combien de temps cet état peut-il durer sans opposition ? Et qu’est-ce qui m’assure que je ne suis pas déterminé par certaines causes connues ou inconnues ? L’expérience n’est-elle pas trompeuse ?

Si je fais absolument tout ce que je veux, il n’y a même pas de sentiment de responsabilité pour freiner mon action. Or la responsabilité n’est-elle pas l’expression de la liberté ? La liberté n’est-elle pas plutôt cette capacité à agir malgré les obstacles ? N’est-elle pas justement le fait de « répondre » de ses actes, d’être « responsable » ?

1. Est-il possible de ne rencontrer aucun obstacle ?

A. L’absence de contrainte s’expérimente dans l’acte gratuit

« Être libre c’est faire tout ce qui me plaît » : cette idée reçue renvoie à une notion de liberté comme possibilité de tout faire sans limite ni contrainte. Or n’être déterminé par rien, c’est n’avoir même pas un motif de préférer telle ou telle chose. Mais cette liberté d’indifférence ne permet pas l’action. Ainsi, l’âne de Buridan, qui se trouvait à égale distance de deux mêmes picotins d’avoine, finit par mourir de faim. L’absence de contrainte ne peut être qu’une condition négative d’une véritable liberté.

La liberté comme sentiment immédiat de faire « tout ce qui me plaît », c’est-à-dire l’idée d’une volonté absolument indéterminée, s’éprouve dans l’expérience du choix. La possibilité d’agir sans aucune raison plutôt qu’une autre est à son paroxysme dans l’idée d’acte gratuit. Ainsi, dans Les Caves du Vatican de Gide, Lafcadio cherche à se prouver l’absolu de sa liberté par un acte qui ne répond à aucune motivation : il va jeter du train où il se trouve un vieillard sans défense.

B. Mais le libre-arbitre se révèle être une illusion

Remarque

Vous pouvez continuer votre analyse en vous appuyant sur un exemple déjà cité.

Mais suffit-il, pour être libre, de le vouloir ? Le désir de se prouver sa liberté n’est-il pas déjà un premier motif à l’acte de Lafcadio ? Le désir du meurtre n’est-il pas une raison inavouée ? Finalement, la liberté n’est-elle pas illusoire ? Le déterminisme est la doctrine métaphysique qui affirme que l’ensemble du réel est régi par des relations de cause à effet. Chaque phénomène serait déterminé par une cause, qu’elle soit physique, psychologique, sociale ou autre.

Dès lors, le libre-arbitre comme possibilité de commencer une nouvelle série de phénomènes se présente comme un principe irrationnel, un brin d’indétermination dans le monde. L’être humain, en se croyant la seule exception qui n’obéit pas aux lois universelles de la nature, se prend pour « un empire dans un empire », selon Spinoza. Le libre-arbitre ne serait qu’une illusion des « hommes qui se croient libres par cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés » (Spinoza, Éthique, III).

[Transition] Ainsi, ne rencontrer aucun obstacle est impossible, car, qu’on en ait conscience ou non, on est toujours inscrit dans une forme de déterminisme. Faut-il en conclure que la liberté est impossible ?

2. Le déterminisme est compatible avec la liberté

A. La liberté éclairée est supérieure à la liberté d’indifférence

Pour Descartes, le monde est rationnel et pourtant le libre-arbitre existe. La possibilité de choisir, de se déterminer par sa volonté est possible. L’être humain a, selon Descartes, deux facultés : la volonté infinie, qui peut tout vouloir, et un entendement limité qui ne peut tout savoir. Connaître c’est soumettre les idées de l’entendement à la volonté. L’erreur est une précipitation de la volonté qui affirme comme vrai ce qui n’est pourtant pas clair et distinct.

La liberté a plusieurs degrés. Le plus bas correspond à la liberté d’indifférence, c’est-à-dire une liberté qui n’a aucune raison de faire un choix plutôt qu’un autre. Le plus haut degré est celui de la liberté éclairée, c’est-à-dire la possibilité d’agir en connaissance de cause, en ayant des raisons de faire tel ou tel choix. Par exemple, on choisit plus librement son orientation professionnelle lorsque l’on connaît les différentes filières. Finalement, les animaux ne sont pas libres, car leur « liberté d’indifférence » n’est pas une véritable liberté.

B. La liberté est autonomie, pouvoir de se déterminer soi-même

Défendre un déterminisme absolu, c’est renoncer à la possibilité d’agir selon des décisions sciemment choisies, c’est renoncer à la possibilité pour un individu d’être un sujet moral, c’est-à-dire d’être responsable de ce qu’il fait, et non d’obéir à des lois qui lui sont extérieures.

Attention

Le repère obligation/contrainte est précieux pour distinguer un état de liberté d’une soumission face aux difficultés.

Pour Kant, la moralité est ce qui fait la dignité de l’homme et sa supériorité. L’être humain sait qu’il est libre par l’expérience d’une résistance aux penchants naturels. Paradoxalement, c’est le devoir qui révèle la liberté humaine. La liberté comme condition de possibilité de l’exercice du devoir, d’une responsabilité, est dite « transcendantale ». La loi que l’homme s’impose n’est pas une contrainte mais une obligation, signe de sa liberté. En ce sens, la liberté de faire tout ce que l’on veut est une fausse liberté, car elle ne consiste qu’à s’adonner à tous les déterminismes rencontrés, summum de l’irresponsabilité.

[Transition] Ainsi, la liberté consiste à faire ce que l’on veut non pas dans le sens de céder à tous ses désirs, mais d’être capable de se déterminer par sa volonté et par la connaissance et donc la maîtrise des déterminismes. Cependant, si la liberté consiste ainsi à vaincre des déterminismes ou à les intérioriser, n’est-elle pas plutôt une tâche infinie, un idéal, plutôt qu’un état acquis ?

3. L’homme libre est celui qui se libère des obstacles

A. L’homme n’existe que comme projet

Pour l’existentialisme, l’être humain a ceci de particulier que son « existence précède l’essence » : il existe d’abord et se définit ensuite. On ne peut le qualifier définitivement. Sa seule particularité est d’être indéfinissable.

Exister consiste alors à se choisir, à être libre en dépassant ce qui pourrait être la définition de son essence. L’homme est un être toujours en projet : il ne coïncide jamais avec ce qu’il croit être. Ainsi, nous ne sommes pas « libres » mais en perpétuelle « libération ». La liberté prise dans l’action devient « engagement » dans le sens d’une action à tenir, à prouver constamment.

B. Mais il a une responsabilité absolue

Renoncer à ce dépassement de soi, en s’identifiant à ce que l’on croit être, est ce que Sartre appelle « la mauvaise foi » : cela consiste à dire que l’on ne peut faire telle ou telle chose parce que l’on « est » ainsi. La seule liberté possible est de reconnaître que l’on a toujours le choix de faire autrement : on est « condamné à être libre ». La lâcheté n’a pas d’excuse. Cette conception de la liberté est très morale, car elle engage une responsabilité absolue.

Ainsi, le seul obstacle à sa liberté serait de ne pas la reconnaître, de vouloir y renoncer par lâcheté. Mais alors, ce n’est même pas à la liberté que l’on renonce (puisqu’on y est condamné), mais à sa jouissance. En ce sens, être libre serait non pas éviter les obstacles mais au contraire s’y confronter.

Conclusion

Être libre, est-ce pouvoir faire tout ce que l’on veut ? Cette conception répandue de la liberté consiste à l’assimiler avec la toute-puissance de la volonté. Être libre serait alors accomplir tous ses désirs. Or l’expérience quotidienne nous indique que l’être humain est toujours soumis à des contraintes externes (physiques ou sociales) et internes (instincts, habitudes, passions).

Si la liberté est absence d’obstacles, alors elle reste étrangère à la condition humaine. Mais si faire ce que l’on veut signifie que l’on agit conformément aux décisions que l’on a prises, alors la liberté résulte de l’engagement du sujet qui veut surmonter ses contraintes. À ce titre, elle ne peut être infinie mais elle est cependant effective, possible.

Si être libre c’est être capable de se fixer des objectifs et de les atteindre, alors c’est pouvoir répondre de ses actes, autrement dit être responsable. En ce sens, la liberté est la condition même de la responsabilité morale et juridique d’un individu. La liberté n’est pas l’absence d’obstacle mais la possibilité de s’y confronter. Tout obstacle n’est donc pas aliénant.