Visions poétiques du monde
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Intérêt du sujet • Le texte pose la question du rôle de l’artiste dans la société et cherche à saisir sur le vif le peintre Monet, alors qu’il s’apprête à créer.
Document ATexte littéraire
L’écrivain Jean-Philippe Toussaint décrit le travail de Claude Monet (1840-1926) durant les dix dernières années de sa vie, que le peintre impressionniste consacre à son cycle de peintures intitulées Les Nymphéas, représentant le bassin de nénuphars1 du jardin de sa maison de Giverny, en Normandie.
Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il pousse la porte de l’atelier dans le jour naissant encore gris. C’est le moment du jour que je préfère, c’est l’heure bénie où l’œuvre nous attend. L’aube est fraîche, l’air vif picore les joues. Il est un peu plus de six heures et demie du matin, pas un bruit au loin dans la maison endormie qu’on vient de quitter, quelques pépiements d’oiseaux dans le jardin où les arbres sont immobiles comme le silence. C’est un de ces matins du monde comme il y en a tous les jours en Normandie dans les villages que bordent l’Eure et la Seine. Nous sommes à l’été 1916. Depuis quelques mois, Monet a pris possession du grand atelier qu’il s’est fait construire en haut de son jardin pour pouvoir travailler sur les vastes formats des panneaux des Nymphéas.
Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il entre dans l’atelier, où il passe la frontière entre la vie, qu’il laisse derrière lui, et l’art, qu’il va rejoindre. Derrière lui, derrière son corps massif qui s’apprête à pénétrer dans l’atelier des Nymphéas, c’est la vie qu’il laisse dans son sillage2, la vie et ses misères, du corps, de l’âme, la vie qui, depuis quelques mois, a pris le visage terrible de la guerre. C’est la Première Guerre mondiale qui gronde aux portes de Giverny, mais qu’importe le conflit, cela aurait pu être la Seconde Guerre mondiale, cela aurait pu être la guerre d’Algérie ou la guerre du Golfe3.
Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il entre dans l’atelier. Le bâtiment est encore dans la pénombre. Il y règne une odeur de plâtre, de colle humide, de tabac froid et d’huile de lin. La lumière, zénithale5, descend du ciel et traverse l’immense verrière. Dans la brume grise et matineuse du grand atelier silencieux, un canapé trône dans le demi-jour, volumineux, sur lequel sont jetés une robe de chambre, un chapeau, une vaste cape noire informe. Dans quelques jarres6, en bouquet, des éclosions de pinceaux. D’autres brosses, plus petites, éparpillées dans des pots. Des dizaines de toiles sont posées à terre, en cercle, les unes à côté des autres.
Jean-Philippe Toussaint, L’instant précis où Monet entre dans l’atelier, © Les Éditions de Minuit, 2022.
1. Plante aquatique à grandes feuilles rondes étalées sur l'eau.
2. Dans son sillage : derrière lui
3. La guerre d’Algérie (1954-1962) ; la guerre du Golfe (1990-1991).
4. Picturales : qui concernent la peinture
5. Qui vient du Zénith, du sommet du ciel
6. Jarres : grands vases
Document BClaude Monet dans son atelier, photographie de presse

ph © Collection Roger-Viollet/Roger-Viollet
Agence Meurisse, Bnf.
Travail sur le texte littéraire et sur l’image 50 points • ⏱ 1 h 10
Les réponses doivent être entièrement rédigées.
Compréhension et compétences d’interprétation
▶ 1. « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis… ».
a) Expliquez le projet de l’écrivain (2 points)
b) Comment met-il en valeur ce projet tout le long du texte ? (2 points)
▶ 2. Dans quel contexte historique Claude Monet peint-il ses Nymphéas ? (2 points)
▶ 3. a) Comment comprenez-vous l’expression « c’est dans l’art que Monet va se réfugier pour se tenir à l’écart du boucan du monde. » (l. 24-25) ?
▶ 4. Lignes 2 à 3 : « C’est le moment du jour que je préfère, c’est l’heure bénie où l’œuvre nous attend ».
a) Qui est désigné par le pronom personnel « je » ? (1 point)
b) Qui est désigné par le pronom personnel « nous » ? (2 points)
▶ 5. Lignes 43 à 44 : « Dans quelques jarres, en bouquet, des éclosions de pinceaux. »
a) Quelle figure de style identifiez-vous dans cette phrase ? (2 points)
b) Comment comprenez-vous ici cette figure de style ? (2 points)
▶ 6. « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis »
Selon vous, l’auteur a-t-il réussi ce projet ? Justifiez votre point de vue en vous appuyant sur l’ensemble de vos précédentes réponses. (4 points)
▶ 7. Image :
a) Comment le peintre est-il représenté sur la photographie ? Appuyez-vous sur des éléments précis. (4 points)
b) L’écrivain et le photographe offrent-ils la même représentation de Monet dans son atelier ? (4 points)
Grammaire et compétences linguistiques
▶ 8. Lignes 23 à 24 :
a) Donnez un verbe de la même famille qu’« importune » (1 point)
b) Que signifie une « rumeur (…) importune » ? (1 point)
▶ 9. Lignes 22 à 23 : « Que sont les événements du monde pour l’artiste quand il crée ? Un tourment lointain et invisible. »
a) Quelle est la particularité grammaticale de la 2e phrase ? (1 point)
b) Transformez ces deux phrases en une seule phrase. (1 point)
▶ 10. Lignes 40 à 43 : « un canapé trône dans le demi-jour, volumineux, sur lequel sont jetés une robe de chambre, un chapeau, une vaste cape noire informe. »
a) Quel est le sujet du verbe « sont jetés » ? (1 point)
b) Justifiez l’accord du participe passé « jetés ». (1 point)
c) Réécrivez la phrase en remplaçant « un chapeau » par « une casquette ». (1 point)
▶ 11. « Je veux saisir Monet là… »
a) Justifiez la valeur du présent de l’indicatif. (1 point)
b) Relevez dans le texte un verbe au présent qui a une autre valeur et précisez-la. (2 points)
« C’est un de ces matins du monde comme il y en a tous les jours en Normandie dans les villages que bordent l’Eure et la Seine. Nous sommes à l’été 1916. Depuis quelques mois, Monet a pris possession du grand atelier qu’il s’est fait construire en haut de son jardin pour pouvoir travailler sur les vastes formats des panneaux des Nymphéas. »
Dictée 10 points • ⏱ 20 min
Le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre et la date sont écrits au tableau.
Émile Zola
L’Œuvre, Chapitre VIII, 1886
Jamais il ne s’était senti une telle rage de travail ni un tel espoir, comme s’il lui avait suffi d’étendre la main, pour créer les chefs-d’œuvre qui le mettraient à son rang, au premier. Quand il traversait Paris, il découvrait des tableaux partout ; la ville entière, avec ses rues, ses carrefours, ses ponts, ses horizons vivants, se déroulait en fresques immenses, qu’il jugeait toujours trop petites, pris de l’ivresse des besognes colossales. Et il rentrait frémissant, le crâne bouillonnant de projets, jetant des croquis sur des bouts de papier, le soir, à la lampe, sans pouvoir décider par où il entamerait la série des grandes pages qu’il rêvait.
Rédaction 40 points • ⏱ 1 h 30
Vous traiterez à votre choix l’un des sujets suivants.
Sujet d’imagination
Revenu du front, lors d’une permission, le petit-fils de Monet reproche à son grand-père de s’enfermer dans son atelier et de ne pas se sentir concerné par la guerre. Imaginez le dialogue entre le peintre et le jeune soldat.
Sujet de réflexion
« Pendant la guerre, plus que jamais, c’est dans l’art que Monet va se réfugier pour se tenir à l’écart du boucan du monde. ». Selon vous, l’art doit-il être un refuge contre « le boucan du monde » ou les artistes doivent-ils affronter les problèmes de leur époque dans leurs œuvres ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé, en vous appuyant sur des exemples pris dans les œuvres littéraires et artistiques que vous connaissez.
Les clés du sujet
Analyser les documents

Traiter le sujet d’imagination
Recherche d’idées
Piste 1 | Imagine le petit-fils de Monet (son nom, son âge, son habillement, son physique). N’oublie pas qu’il revient du front et qu’il est sans doute épuisé, peut-être traumatisé par ce qu’il a vu. Choisis le moment de la journée et l’endroit où va avoir lieu le dialogue (la maison du peintre, son atelier, le jardin…). |
Piste 2 | Prends le temps de définir les arguments a) du petit-fils : un artiste doit témoigner des horreurs du monde. b) de Monet : l’art n’a pas l’obligation d’être engagé ; il peut être un havre de paix, un refuge contre la barbarie. |
Conseils de rédaction
Ne commence pas tout de suite le dialogue : insère dans ta rédaction des passages narratifs et descriptifs pour introduire les personnages, le lieu et le moment de la rencontre. Aide-toi d’éléments du texte et de la photographie pour rendre ta rédaction vivante.
Traiter le sujet de réflexion
Recherche d’idées
Piste 1 | Tente de répondre à la question : l’art doit-il être engagé et dénoncer et combattre les travers de la société ou au contraire être un havre de paix, un lieu où cultiver la beauté et l’harmonie ? Tu n’es pas obligé(e) de choisir entre l’une ou l’autre de ces alternatives : l’art est multiple et doit rester un espace de liberté. |
Piste 2 | Recherche des œuvres que tu peux citer pour illustrer tes arguments : poèmes, romans, pièces de théâtre, tableaux… Ex. Guernica de Picasso, le poème Melancholia de Victor Hugo, des poèmes lyriques qui évoquent l’amour, la fragilité de la jeunesse, l’angoisse du temps qui passe… |
Conseils de rédaction
Tu peux construire un plan en deux parties :
1. L’importance pour l’art de témoigner des travers de la société.
2. L’art comme refuge, comme havre de paix où l’artiste peut exprimer la beauté, la fragilité du monde et les sentiments universels de l’homme.
Pour articuler ces deux parties, tu peux employer les connecteurs suivants : cependant, pourtant, néanmoins…
Travail sur le texte littéraire et sur l’image
Compréhension et compétences d’interprétation
▶ 1. a) Jean-Philippe Toussaint veut tenter de comprendre et d’exprimer le processus de création artistique et faire vivre au lecteur ce moment où Monet s’apprête à s’immerger dans son art pour faire naître ses chefs-d’œuvre.
b) Il met ce projet en valeur en employant une anaphore, c’est-à-dire en commençant chaque paragraphe par : « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où » ce qui crée un effet d’insistance.
info +
Une anaphore consiste à répéter un mot ou un groupe de mots au début de phrases ou de vers successifs.
▶ 2. Nous sommes en 1916 pendant la Première Guerre mondiale.
▶ 3. a) Monet fuit la guerre qui « gronde aux portes de Giverny », son « boucan », les bombardements, les coups de canon, les hurlements des blessés, des soldats qui tombent, à la fois vacarme assourdissant et « rumeur angoissante, entêtante, importune ». Il recherche un refuge dans son art, un « havre de paix » ; il se retire, « prend congé du monde » et de ses horreurs.
b) L’auteur, Jean-Philippe Toussaint, veut donner à son texte une portée universelle : toutes les guerres sont ici évoquées. Il s’agit de la Guerre en général.
▶ 4. a) Le pronom « je » désigne l’auteur.
b) Le pronom « nous » désigne à la fois l’écrivain et le peintre ; les artistes face à l’acte de créer.
▶ 5. a) Il s’agit d’une métaphore.
info +
Une métaphore est une comparaison sans mot outil (comme, semblable à…) pour l’introduire.
b) Il y a ici analogie de forme et de couleurs. Les pinceaux dans leur pot sont comme des tiges au sommet desquelles s’épanouissent les poils couverts de peinture tels des pétales colorés.
▶ 6. Selon moi, l’auteur a réussi en grande partie son projet en employant l’anaphore « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où », en employant les présents d’énonciation et de narration qui donnent l’impression d’assister à ce moment privilégié, en évoquant le contexte de la guerre qui gronde à proximité et la paix, l’atmosphère, les odeurs qui règnent dans l’atelier, en essayant de se mettre, de nous mettre à la place du peintre. Cependant, ce moment suspendu précédant l’acte de création ne peut que conserver sa part de mystère.
▶ 7. a) Le peintre est représenté avec une certaine solennité, imposant avec sa longue barbe blanche, sa veste, son pantalon et ses souliers noirs, une cigarette aux lèvres. Il pose devant sa toile, pinceau et palette à la main. Il paraît s’apprêter à peindre dans la solitude de son atelier, face à une de ses toiles appartenant à la série des Nymphéas.
b) En apparence, l’écrivain et le photographe semblent offrir la même représentation de Monet et permettent de l’imaginer dans son atelier. On peut penser que Jean-Philippe Toussaint a utilisé les photographies prises à l’époque comme source d’inspiration. On y retrouve cette même présence massive du peintre, les toiles disposées en cercle. Cependant, la présence du photographe laisse à penser que le peintre pose plus qu’il ne s’apprête à peindre car il lui manque la solitude, le relâchement nécessaire à l’acte créatif. Si Jean-Philippe Toussaint essaie d’imaginer Monet solitaire face à l’acte de peindre, la photographie en donne une représentation plus figée.
Grammaire et compétences linguistiques
▶ 8. a) « Importuner » est un verbe de la même famille que l’adjectif « importune ».
b) « Une rumeur […] importune » est un ensemble de bruits confus qui dérangent, ennuient.
▶ 9. a) Il s’agit d’une phrase non verbale, une phrase nominale.
b) Les événements du monde sont pour l’artiste quand il crée un tourment lointain et invisible.
▶ 10. a) « une robe de chambre, un chapeau, une vaste cape noire informe » sont les sujets du verbe « sont jetés ».
attention !
Le sujet peut être placé après le verbe. On dit qu’il est inversé.
b) Le participe passé « jetés » est employé avec l’auxiliaire être : il s’accorde avec le sujet, « une robe de chambre, un chapeau, une vaste cape noire informe ». Il est donc au masculin pluriel.
c) un canapé trône dans le demi-jour, volumineux, sur lequel sont jetées une robe de chambre, une casquette, une vaste cape noire informe.
▶ 11. a) Il s’agit du présent d’énonciation, celui de l’auteur au moment de l’écriture.
info +
Les valeurs du présent de l’indicatif sont le présent de l’énonciation, de narration, de description, de répétition, de vérité générale, de futur proche et de passé récent.
b) « C’est la Première Guerre mondiale qui gronde aux portes de Giverny ». Ici, il s’agit du présent de narration.
▶ 12. « C’était un de ces matins du monde comme il y en avait tous les jours en Normandie dans les villages que bordaient l’Eure et la Seine. Nous étions à l’été 1916. Depuis quelques mois, Monet avait pris possession du grand atelier qu’il s’était fait construire en haut de son jardin pour pouvoir travailler sur les vastes formats des panneaux des Nymphéas. »
Dictée
Jamais il ne s’était senti une telle rage de travail ni un tel espoir, comme s’il lui avait suffi d’étendre la main, pour créer les chefs-d’œuvre qui le mettraient à son rang, au premier. Quand il traversait Paris, il découvrait des tableaux partout ; la ville entière, avec ses rues, ses carrefours, ses ponts, ses horizons vivants, se déroulait en fresques immenses, qu’il jugeait toujours trop petites, pris de l’ivresse des besognes colossales. Et il rentrait frémissant, le crâne bouillonnant de projets, jetant des croquis sur des bouts de papier, le soir, à la lampe, sans pouvoir décider par où il entamerait la série des grandes pages qu’il rêvait.
Point méthode
1 Attention aux pluriels : des chefs-d’œuvre (œuvre reste au singulier) et des bouts de papier (du papier ≠ un papier).
2 Attention aux accords du verbe lorsque le sujet est séparé du verbe par un complément : « mettre » s’accorde avec le pronom relatif « qui » désignant « les chefs-d’œuvre » ; « se dérouler » s’accorde avec le sujet « la ville entière ».
3 Attention à l’accord des adjectifs lorsqu’ils sont attribut du COD : « petites » qualifie le pronom relatif « qu’ » utilisé pour désigner les « fresques immenses ». Il faut l’accorder au féminin pluriel.
Rédaction
Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.
Attention, les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.
Sujet d’imagination
conseil
Reprends des éléments du texte pour décrire le décor et respecte le contexte donné dans l’extrait.
[Avant le dialogue] Un jeune homme en capote militaire arrive à Giverny aux premières lueurs du jour. C’est le petit-fils de Monet. Il s’appelle Jean. Il a encore dans les oreilles le bruit strident des obus. Le silence le désoriente. Il se rend devant l’atelier et en ouvre la porte. Les odeurs familières l’accueillent : huile de lin, colle, tabac froid. Son grand-père arrive, silhouette massive dans la demi-pénombre.
attention
Utilise la ponctuation du dialogue et varie les verbes introducteurs.
[Le dialogue] « Jean, mon petit, tu es là ? Quelle belle surprise !
Les deux hommes s’étreignent.
– Comme tu es amaigri !
– Les tranchées, c’est l’enfer, grand-père. Comment peux-tu continuer à peindre tes nymphéas comme si de rien n’était ? s’insurge le petit-fils.
– C’est en cela que consiste mon art, Jean, se défend le peintre.
– Le rôle d’un artiste n’est-il pas de témoigner des horreurs du monde afin que, peut-être, les hommes prennent conscience de leurs erreurs et qu’ils ne les reproduisent pas ? L’art ne peut-il être une arme contre l’oubli ?
– Tu me juges bien égoïste mais que puis-je faire ? se plaint le vieil homme. Ce n’est pas à mon âge que je vais aller sur les champs de bataille. Et puis, pourquoi l’art ne pourrait-il pas être un havre de paix où se réfugier lorsque la barbarie se déchaîne ? Tu verras que mes nymphéas survivront à toutes ces horreurs. Un jour, la guerre prendra fin.
– Si je suis encore là pour le voir.
La voix de Jean est étouffée par l’émotion. Monet s’approche. Il le serre fort comme s’il voulait prendre sur lui toutes ses souffrances.
– Prends soin de toi, mon petit. Reviens-nous vivant. »
[Après le dialogue] Jean s’est endormi. Le peintre l’observe, attendri, prend son pinceau, sa palette et se tourne, pensif, vers ses chers nymphéas.
Sujet de réflexion
conseil
Reformule la question posée dans le sujet.
[Introduction] L’art doit-il témoigner des injustices de la société, de la barbarie de la guerre, être un instrument de lutte et de résistance ou, au contraire, peut-il être un refuge, un havre de paix où peut encore s’épanouir la beauté lorsque la violence se déchaîne ?
[L’art comme moyen de lutte] De tout temps, les artistes ont témoigné des travers de la société. Ils ont tenté de changer le monde, de faire prendre conscience de la nécessité, de lutter contre les injustices, les discriminations ou encore la barbarie de la guerre.
Ainsi, Picasso dans son tableau Guernica, dénonce les horreurs subies par les populations lorsque les hostilités guerrières se déchaînent. Victor Hugo, dans son poème Melancholia, s’insurge contre le travail des enfants et s’inscrit dans la lutte qui mènera à son interdiction. Quant au surréaliste Paul Éluard, c’est un appel à la résistance qu’il lance aux Parisiens durant l’occupation allemande, dans son poème Courage.
[L’art comme refuge face] Cependant, pourquoi l’art devrait-il se limiter à ce seul aspect ? Les artistes ne peuvent-ils aussi faire le choix de témoigner de la beauté du monde, même en temps de conflit, et de s’épancher sur les questions qui obsèdent depuis toujours les hommes : l’amour, le temps qui passe, la mort ? Si Hugo a écrit Melancholia, il est aussi l’auteur de merveilleuses odes à l’enfance. De même Éluard a écrit de très beaux poèmes lyriques dans lesquels il chante son amour pour sa muse, Nusch. Être un artiste, c’est aussi regarder le monde autrement pour en montrer toute la beauté. Les Nymphéas de Monet participent de cette vision poétique du monde.
[Conclusion] Pour conclure, je dirai que l’art peut être un moyen de lutte contre les injustices et les atrocités mais aussi un refuge, un espace où peuvent s’épanouir la beauté, la poésie même au cœur des pires noirceurs. Avant tout, l’art ne doit pas être instrumentalisé par la propagande, par une idéologie : il est et doit rester un espace de liberté.