Évolution des structures professionnelles et mobilité sociale

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2012 | Académie : Sujet zéro
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Évolution des structures professionnelles et mobilité sociale
 
 

Classes, stratification et mobilité sociales

Corrigé

32

Ens. Spécifique

sesT_1200_14_03C

 

Sujet zéro

raisonnement • 10 points

> Quels sont les effets de l’évolution de la structure sociale des professions sur la mobilité sociale ? Vous répondrez à cette question à l’aide du dossier documentaire et de vos connaissances.

Document 1

La stabilité sociale (immobilité ou hérédité sociale : même catégorie d’origine et de destinée, position sur la diagonale du tableau) est généralement importante, bien que variable selon les catégories et les époques. Des flux de mobilité non négligeables apparaissent cependant, qui ne se distribuent pas n’importe où dans les cases du tableau1. Les cas de mobilité ascendante sont plus nombreux que ceux de mobilité descendante. Les cas de mobilité modérée, entre des catégories relativement proches par leur niveau social, sont plus importants que ceux qui associent des catégories socialement très différentes : les trajets de mobilité sont plutôt courts que longs. Enfin, les situations de mobilité peuvent s’expliquer largement par les changements de la structure sociale (part des différentes catégories dans la population) entre les générations, qui se traduisent par les différences entre les deux marges (structures des origines et des destinées) du tableau.

Dominique Merllié, « Les mutations de la société française »,
Les Grandes Questions économiques et sociales,
La Découverte, coll. « Repères », 2007.

1. Table de mobilité.

Document 2

Table de mobilité en France en 2003
(en %, sauf ligne et colonne effectifs : en milliers)

 

Catégorie socioprofessionnelle du fils

Catégorie socioprofessionnelle du père

Agriculteur

Artisan, commerçant, chef d’entreprise

Cadre et profession intellectuelle supérieure

Profession intermédiaire

Employé

Ouvrier

Ensemble

Effectif fils

Agriculteur

88

22

2

1

1

0

1

0

1

0

7

1

100

4

285

Artisan, commerçant, chef d’entreprise

12

6

29

21

6

6

10

8

7

7

36

8

100

9

619

Cadre et profession intellectuelle supérieure

8

9

14

22

24

52

20

33

11

22

23

10

100

19

1 317

Profession intermédiaire

11

17

12

24

9

26

16

33

11

28

41

23

100

24

1 690

Employé

13

9

10

9

5

6

9

9

14

17

49

12

100

11

770

Ouvrier

18

37

9

24

2

9

6

17

7

26

58

46

100

34

2 364

Ensemble

16

100

12

100

8

100

11

100

9

100

43

100

100

Effectif pères

1 143

870

591

800

644

2 998

7 045

 

Source : Insee, enquête FPQ, 2003.

Champ : Hommes actifs ayant un emploi ou anciens actifs ayant un emploi, âgés de 40 à 59 ans en 2003.

Lecture : En 2003, 7 045 000 hommes âgés de 40 à 59 ans ont un emploi ou sont d’anciens actifs occupés. Parmi eux, 2 364 000 sont ouvriers, soit 34 % des hommes de cette classe d’âge. Plus généralement, dans chaque case, le premier chiffre indique l’origine et le second chiffre indique la destinée : 2 % des ouvriers sont fils de cadres et 9 % des fils de cadres sont ouvriers.

Document 3

Si la dégradation des perspectives de mobilité intergénérationnelle pour les cohortes nées au tournant des années 1960 est ainsi généralisée aux enfants de toutes les origines sociales, c’est en grande partie parce que ces générations font face à une évolution moins favorable de la structure sociale. En effet, si la part des cadres et professions intermédiaires avait augmenté de 6,1 points entre 1964 et 1977, la hausse n’est plus que de 3,7 points entre 1983 et 1997, période à laquelle les générations nées au tournant des années 1960 font leur entrée sur le marché du travail. […]

En réalité, ce sont les effets de la crise économique qui s’installe dans les années 1970 qui expliquent la dynamique moins favorable de la structure sociale. Le calcul de l’évolution moyenne du PIB et du taux de chômage lors des cinq années qui suivent la fin des études des générations successives permet d’établir de manière plus précise le lien entre leurs perspectives et l’évolution des indicateurs macro­économiques. Les individus nés dans les années 1940 qui entrent sur le marché du travail alors que les Trente Glorieuses battent leur plein bénéficient d’une situation privilégiée. La situation se dégrade pour les individus qui naissent au milieu des années 1950, mais ce sont ceux qui naissent au début des années 1960 qui font face à la situation la plus dégradée : lorsqu’ils arrivent sur le marché du travail, la croissance n’est que de 1,4 % par an. Quant à la génération suivante, elle retrouve, avec une croissance de l’ordre de 3 %, une situation comparable à celle du milieu des années 1950. Le constat est encore plus simple pour le taux de chômage : plus on avance dans le temps, plus les générations sont confrontées à un taux de chômage élevé. Lorsque la génération 1944-1948 arrive sur le marché du travail, le taux de chômage est inférieur à 2 %. Il est de 8 % pour la génération 1959-1963 et de 10 % pour celle née entre 1964 et 1968. La dégradation généralisée des perspectives de mobilité sociale à laquelle sont confrontées les générations nées après les années 1940 s’explique en partie par la dynamique moins favorable de la structure sociale. Il est cependant paradoxal qu’elle se produise en dépit de l’élévation sensible du niveau d’éducation.

Camille Peugny, « Éducation et mobilité sociale : la situation paradoxale
des générations nées dans les années 1960 »,
Économie et statistique, n° 410, 2007.

Entrer dans le sujet

  • Le sujet invite à expliquer comment l’évolution des structures professionnelles agit sur la mobilité sociale.
  • La structure des professions désigne la répartition des activités professionnelles des actifs selon différents critères (secteur d’activité, niveau de formation, statut de l’emploi…) ; elle peut être appréhendée par la classification des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS).
  • La mobilité sociale désigne le changement de position sociale d’un individu, soit au cours de sa vie active (mobilité intragénérationnelle), soit par rapport à la position de ses parents (mobilité intergénérationnelle).

Comprendre les documents

  • Le document 1 caractérise la mobilité sociale en France : forte hérédité sociale, mobilité plutôt ascendante, mobilité de proximité. En outre, il indique les principales raisons de la mobilité structurelle : en particulier les transformations de l’emploi entre deux générations.
  • Le document 2 est une table de mobilité intergénérationnelle, mettant en relation les PCS des pères (en colonne) avec celles des fils (en ligne). Elle concerne les actifs occupés et les anciens actifs occupés âgés de 40 à 59 ans en 2003. Une lecture en ligne permet une analyse en termes de recrutements alors qu’une lecture en colonne correspond à une analyse en termes de destinées. Les marges indiquent la structure sociale pour les générations des pères et des fils. Leur comparaison met en évidence la mobilité structurelle.
  • Le document 3 insiste sur les différentes destinées sociales connues par les générations de l’après-guerre, notamment en raison de l’évolution de la situation du marché du travail (plein emploi lors des Trente Glorieuses, chômage à partir des années 1970).

Définir le plan

La première partie traitera des effets positifs de l’évolution de la structure des professions sur la mobilité sociale, et la seconde montrera que ces effets restent dépendants des conditions économiques et sociales du pays.

Corrigé

Introduction

  • La panne de « l’ascenseur social » est un thème récurrent que les médias se plaisent à développer. Il signifie que la mobilité sociale ascendante a cessé d’être aussi répandue. L’évolution de la structure des professions peut y avoir contribué dans les deux sens.
  • La structure des professions désigne la répartition des activités professionnelles des actifs selon un certain nombre de critères (secteur d’activité, niveau de formation, statut de l’emploi…) ; elle peut être appréhendée par la classification des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS). La mobilité sociale désigne le changement de position sociale d’un individu, soit au cours de sa vie active (mobilité intragénérationnelle), soit par rapport à la position de ses parents (mobilité intergénérationnelle). L’évolution des structures professionnelles peut favoriser la mobilité sociale, mais aussi la freiner.

I. L’évolution de la structure des professions
peut favoriser la mobilité sociale

  • L’évolution sectorielle des emplois (déclin des emplois agricoles, accroissement des emplois industriels puis des emplois dans le secteur tertiaire) est source de mobilité sociale. La baisse de la part des agriculteurs exploitants dans la population active entre la génération des pères (16 %) et celle des fils (4 %) illustre bien cette évolution et permet d’expliquer pourquoi 78 % (100 – 22) des fils d’agriculteurs connaissent une situation de mobilité (document 2).
  • Au cours des Trente Glorieuses, les transformations de l’appareil productif ont entraîné une demande croissante en emplois qualifiés. En conséquence, de nombreux emplois de cadres moyens ou supérieurs ont été créés, offrant ainsi des opportunités de mobilité sociale ascendante, en particulier pour les enfants d’employés et de professions intermédiaires, milieux misant sur la réussite scolaire qui permet l’accès à ces emplois. Ainsi, 50 % des fils d’employés (document 2) sont devenus professions intermédiaires ou cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS), alors que 33 % des fils de professions intermédiaires deviennent CPIS. L’évolution de la structure des professions peut donc provoquer une mobilité sociale ascendante.
  • En outre, l’évolution de la structure des professions accroît les possibilités de mobilité professionnelle en créant des opportunités de changements de position socioprofessionnelle au cours de la vie active.
  • Mais ces différentes formes de mobilité structurelle n’impliquent pas nécessairement une augmentation de la fluidité sociale.

II. Les effets de l’évolution de la structure professionnelle sur la mobilité sociale restent très dépendants
du contexte économique et social

  • Le contexte économique et social affecte la capacité des évolutions de la structure des professions à dynamiser la mobilité sociale. En effet, si les générations nées dans les années 1940 ont connu des situations de mobilité sociale, c’est parce qu’elles sont entrées en activité au cours des Trente Glorieuses lorsque la forte croissance économique contribuait à créer de nombreux emplois. Ces générations ont donc presque mécaniquement pu bénéficier de situations de mobilité sociale.
  • En revanche, les générations actives à partir de la fin des années 1970 sont en concurrence accrue sur le marché du travail du fait du ralentissement des créations d’emplois découlant de la crise économique. Plus diplômées, elles n’ont pourtant pas toujours pu accéder à des PCS plus élevées que celles de leurs pères.

Conclusion

L’évolution de la structure des professions peut favoriser une mobilité structurelle, mais elle n’implique pas nécessairement une réelle progression de la fluidité sociale. De plus, les effets de l’évolution structurelle des professions sont très liés au contexte économique et social.