Faut-il qu’un personnage de roman soit admirable pour intéresser le lecteur ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2014 | Académie : Amérique du Sud
Corpus Corpus 1
Personnages admirables

Personnages admirables • Dissertation

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Roman

31

Amérique du Sud • Décembre 2014

Séries ES, S • 16 points

Dissertation

> Faut-il qu’un personnage de roman soit admirable pour intéresser le lecteur ?

Pour répondre à cette question, vous vous appuierez sur les extraits du corpus, sur les romans étudiés en classe et sur vos lectures personnelles.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Le sujet est centré sur un personnage de roman et pas seulement sur le personnage principal.
  • Il propose une définition du personnage romanesque comme un être d’exception « admirable ». Cela présuppose que le romancier ne créerait pas de personnages communs.
  • La formulation « faut-il » laisse entendre qu’il y a une alternative, une discussion possible, une prise de position de votre part.
  • La problématique peut être reformulée ainsi : « Le personnage de roman doit-il ou non obligatoirement être admirable, sortir de l’ordinaire ? »

Chercher des idées

Les questions à se poser

  • Scindez cette problématique en plusieurs sous-questions (variez les mots interrogatifs) : Par quels aspects un personnage de roman peut-il se montrer admirable ? Pourquoi un personnage admirable est-il approprié au genre romanesque ? Comment un tel personnage rend-il le roman intéressant ? instructif ? Le roman ne comporte-t-il pas pourtant des personnages ordinaires ? Quel peut être l’intérêt de personnages banals ?
  • Le plan doit être dialectique : confirmez l’intérêt des personnages admirables (dans le bien et même dans le mal) ; montrez pourquoi des personnages ordinaires peuvent aussi être intéressants ; essayez de dépasser cette apparente contradiction.
  • Cherchez des exemples qui illustrent les deux sortes de personnages que le sujet oppose implicitement : des personnages admirables, hors-normes / ordinaires.

Les exemples de personnages romanesques

  • Faites la liste des personnages de roman :
  • admirables, extraordinaires, que vous connaissez.
  • de l’humanité commune. Vous en trouverez surtout dans les romans réalistes, naturalistes, dans le Nouveau Roman.
  • Essayez de trouver des romans qui combinent les deux types de personnages.

Bien rédiger

  • Constituez-vous une réserve de mots pour éviter les répétitions :
  • pour« intéresser / être intéressé par… » : s’attacher à, attirer/être attiré par, être absorbé, passionné, fasciné par, admirer…
  • pour admirable : extraordinaire, singulier, singularité, unique, original, originalité, se démarquer, se distinguer, se signaler par, étonnant, atypique, hors normes, d’exception, exceptionnel…
  • pour ordinaire : commun, commun des mortels, banal, banalité, médiocre, médiocrité, quelconque, insignifiant, humble, normal, normalité…

>Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Dans ce corrigé, certaines parties sont rédigées, d’autres se présentent sous forme de plan, que vous pouvez vous exercer à rédiger. Certains exemples doivent être développés ; il faut aussi illustrer les arguments d’exemples personnels. Les titres en couleur ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction [rédigée]

[Amorce] Dans la vie courante, l’expression « C’est du roman ! » signifie « Cela n’a rien de réel ! » et celui dont on dit « c’est un vrai personnage de roman » est un être à part, original, que l’on ne rencontre pas dans la vie de tous les jours. Mais dans la Préface de Pierre et Jean, Maupassant distingue plusieurs types de romanciers : certains transforment la vérité « pour en tirer une aventure exceptionnelle » et mettent en scène des héros extraordinaires, d’autres font de leurs créations des êtres du quotidien et évitent « tout enchaînement d’événements qui paraîtrait exceptionnel ». [Problématique] Existe-t-il un modèle-type de personnage romanesque ? [Annonce du plan] Certes, le héros – au sens premier de « surhomme » –, peut fasciner le lecteur [I] ; cependant, pour un romancier, peindre des personnages ordinaires présente aussi un intérêt [II]. Mais, faut-il choisir entre ces deux extrêmes ? La tâche artistique du romancier n’est-elle pas de rendre le quotidien singulier ? Lorsqu’il peint la banalité, l’écriture ne lui permet-elle pas de la transfigurer en une « destinée singulière », selon les mots de Sade [III] ?

I. Intérêts du personnage de roman « admirable »

1. L’univers romanesque est extraordinaire

  • Héritier de l’épopée, aux héros exceptionnels (Odyssée, Iliade, romans de chevalerie), le roman présente des univers différents du nôtre, souvent hors normes. [Exemples] Rabelais, Gargantua (univers de géants), J. Verne, Voyage au centre de la terre (monde inconnu).
  • Univers où se produisent des événements extraordinaires. [Exemples] évasions de Fabrice (Stendhal, La Chartreuse de Parme) ou d’Edmond Dantès (A. Dumas, Le Comte de Monte Cristo) ; défense du fort Le Cor par Éomer et Boromir (Tolkien, Le Seigneur des anneaux).

2. Ce contexte implique des personnages « admirables »

Conseil

Lorsque vous donnez l’exemple d’une œuvre, la référence doit être précise : titre de l’œuvre (souligné), nom de l'auteur, éventuellement époque ou courant littéraire. Situez rapidement le contexte : l’épisode ou la scène, le personnage dans l’intrigue, dans l’œuvre.

  • Certains personnages se démarquent de l’humanité commune. Ils ont un physique extraordinaire. [Exemple] La Princesse de Clèves, lorsque Mme de La Fayette fait le portrait du duc de Nemours, un « prince » de la cour d’Henri II, elle le présente comme « un chef d’œuvre de la nature, […] l’homme du monde le mieux fait et le plus beau ». L’emploi des superlatifs élogieux, intensifiés par la précision « du monde », la métaphore hyperbolique « chef d’œuvre », empruntée à la peinture, font imaginer au lecteur un héros « singulier » qui ne peut « être limité et dont la beauté dépasse les êtres ordinaires ».
  • D’autres personnages sont exceptionnels par leurs qualités intellectuelles ou morales. [Exemples] Jean Valjean dans Les Misérables (honnêteté, dévouement, courage, bonté) ; Kyo dans La Condition humaine de Malraux (courage et dévouement) ; le commissaire Maigret chez Simenon (intégrité morale, intelligence et perspicacité).
  • Mais rien n’empêche de se passionner pour un personnage que l’on désapprouve moralement. [Exemple] Ainsi, dans Le Père Goriot de Balzac, ­Vautrin, ancien forçat, dans le long discours où il met alors en œuvre une redoutable stratégie de persuasion, apprend au jeune Rastignac, son « élève », les moyens de « parvenir » dans la société parisienne et lui suggère d’être complice d’un meurtre. Son absence totale de conscience morale, son assurance et ses qualités d’orateur, qui fascinent Rastignac, font de ce personnage un tentateur, un diable incarné, qui force l’admiration. 

3. Les personnages admirables fascinent, servent de modèles… ou d’anti-modèles

  • Le personnage admirable a une vie plus intense et donne lieu à une intrigue captivante ; il répond à notre besoin d’idéal, d’évasion vers un monde où tout est possible [exemples personnels].
  • Il sert de modèle, permet d’explorer les limites de l’humain, de donner une image de la perfection, de provoquer l’envie de l’imiter. [Exemples] La princesse de Clèves chez Mme de Lafayette (l’héroïsme de la passion en lutte avec le sens du devoir), Kyo dans La Condition humaine de Malraux.
  • À l’inverse, un personnage admirable dans le mal, à travers qui sont peintes des passions absolues, dévastatrices, peut servir d’anti-modèle [exemples personnels].

[Transition] S’il se laisse emporter par ces personnages extraordinaires, le lecteur trouve aussi de l’intérêt à la peinture d’une humanité plus commune.

II. Intérêts du personnage ordinaire : la peinture réaliste de l’humanité commune

Pour Simenon : « Un personnage de roman, c’est n’importe qui dans la rue ».

1. Il favorise l’illusion de réalité et l’identification

  • Le personnage romanesque est souvent un être sans qualités particulières. [Exemples] Frédéric Moreau (Flaubert, L’Éducation sentimentale), Gervaise (Zola, L’Assommoir), Meursault (Camus, L’Étranger).
  • Immergé dans la vie quotidienne, il suit une trajectoire « ordinaire » et plausible. Le lecteur s’y intéresse parce qu’il y croit. Il s’identifie à celui qui lui ressemble et représente, comme en un miroir, l’humanité moyenne. Balzac veut « faire concurrence à l'état civil ».
  • Il est représentatif de la société (en tant que personnage-type) et permet au romancier de faire passer sa vison de la société. [Exemple] Georges Duroy dans Bel-Ami se caractérise par des préoccupations matérielles, un milieu et une existence ordinaires. Ainsi, il est un type social du roman réaliste. Il nous intéresse parce qu’il permet de mieux comprendre notre monde.

2. Une morale « incarnée » à notre portée

  • Son destin ne propose pas un idéal inaccessible, mais des objectifs que l’on peut atteindre. Ainsi, il peut donner de l’optimisme [exemples personnels].
  • Il illustre les défaites de l’existence d’autrui et fait que le lecteur se sent moins seul en partageant les déboires d’un personnage ordinaire [exemples personnels].
  • La proximité avec le personnage permet de mieux faire passer aux lecteurs le message du romancier [exemples personnels].

III. Une fausse alternative ?

Enfermer le personnage de roman dans une alternative (doit-il être admirable ou ordinaire ?) ne rend pas compte de la complexité du roman et de ce qui suscite l’intérêt du lecteur.

1. La transfiguration d’un personnage banal en personnage admirable

  • Des événements personnels ou historiques (l’intrigue du roman imaginée par le romancier) peuvent transformer un homme en héros, en révélant un caractère et un destin extraordinaires. [Exemples] J. A Suter (Cendrars, L’Or), Angelo (Giono, Le Hussard sur le toit).
  • Des personnages qui vont au bout de leur destin, par exemple en accomplissant des choix difficiles, se chargent d’une aura de grandeur. Simenon dit bien : « un personnage de roman, c’est n’importe qui dans la rue, mais qui va jusqu’au bout de lui même. » [Exemple] Jean Valjean devient admirable (Hugo, Les Misérables).
  • Le roman révèle la part d’héroïsme cachée dans la banalité de la vie de chacun. À travers des êtres humbles, le romancier permet à l’homme de mieux connaître ses potentialités et sa part d’exception. [Exemples] Le héros du Père Goriot de Balzac, « Christ de la paternité » ; le narrateur de À la Recherche du temps perdu de Proust découvrant sa vocation d’artiste.

2. Héros ou commun des mortels ? Tout dépend…

Le choix de l’héroïsme ou de la banalité du personnage dépend de ce que l’on attend de la lecture d’un roman et de la mission que se fixe le romancier.

  • Si le lecteur attend que le roman le fasse rêver, si le romancier veut exalter son lecteur, leur choix se portera sur les héros admirables.
  • Si le lecteur cherche un moyen de mieux comprendre le monde qui l’entoure, si le roman est pour l’écrivain un instrument d’exploration, s’il veut « peindre » le monde tel qu’il est et l’expliquer (roman réaliste et naturaliste) ou encore dénoncer ses travers (roman engagé), le roman sera peuplé de personnages donnant une (presque) parfaite illusion de la réalité.

3. Combiner des êtres d'exception et des êtres ordinaires

  • Rien n’empêche de faire cohabiter ces deux types de personnages. [Exemple] Malraux, La Condition humaine (Kyo, le héros ; Clappique, homme de l’humanité moyenne).
  • Cela permet au romancier de donner une image plus fidèle de la réalité où personnages admirables et hommes ordinaires coexistent. 
  • Cela permet de mettre en valeur les uns par les autres, par contraste. [Exemples] Les Thénardier mettent en valeur Jean Valjean ; Grand et Cottard mettent en valeur Rieux (Camus, La Peste).

Conclusion [rédigée]

[Synthèse] Être complexe et protéiforme, le personnage de roman ne saurait se réduire à une définition trop schématique. C’est en fonction de son lectorat, de sa conception du roman que l’écrivain choisit de faire de ses personnages des êtres admirables ou des hommes ordinaires. Mais faut-il s’étonner que le roman propose des types de personnages aussi divers ? [Ouverture] Rien de surprenant, puisque le roman est une œuvre artistique, au même titre que la peinture. Or, l’art est un « miroir » qui déforme, mais, par là même, nous révèle à nous-mêmes, plus « vrais que nature ».