Faut-il s’identifier à un personnage pour être captivé par un roman ?

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : Antilles, Guyane
Corpus Corpus 1
S’identifier à un personnage

S’identifier à un personnage • Dissertation

fra1_1309_04_02C

Roman

39

CORRIGE

Antilles, Guyane • Septembre 2013

Séries ES, S • 16 points

Dissertation

> Faut-il s’identifier à un personnage pour être captivé par un roman ? Vous répondrez à cette question en rédigeant un développement structuré qui s’appuiera sur les documents du corpus, les œuvres que vous avez étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Les textes du corpus sont reproduits dans le sujet no 37.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • « s’identifier à un personnage » signifie se reconnaître en lui, lui ressembler au point de s’assimiler à lui ; « être captivé par un roman » renvoie aux raisons qui font qu’on s’intéresse à un roman.
  • La consigne propose une raison majeure à cet intérêt : l’identification à un personnage.
  • « Faut-il… » suggère une discussion et un éventuel dépassement.
  • La problématique peut être reformulée ainsi : Est-il nécessaire d’avoir des points communs avec un personnage, de lui ressembler, pour être intéressé par un roman et pourquoi ?

Chercher des idées

Les questions à se poser

  • Scindez cette problématique en plusieurs sous-questions, en variant les mots interrogatifs et les points de vue : Pourquoi le lecteur s’intéresse-t-il à une histoire s’il se reconnaît dans un des personnages ? Mais aussi : Pourquoi un lecteur peut-il s’intéresser à l’histoire d’un personnage auquel il ne s’identifie pas, qui ne lui ressemble pas, en qui il ne se reconnaît pas ?

Les exemples de personnages romanesques

  • Personnages de l’humanité commune auxquels vous pourriez vous identifier (romans réalistes, naturalistes, Nouveau Roman).
  • Personnages extraordinaires auxquels il est difficile de s’identifier (héros monstrueux, fantastiques…).
  • Trouvez des romans qui combinent les deux types de personnages.

>Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Dans le corrigé sous forme de plan figurent des exemples, mais certains paragraphes doivent être alimentés d’exemples personnels. Les titres en couleur ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] « Madame Bovary, c’est moi », aurait dit Flaubert, parlant de son héroïne. Qu’un écrivain se projette dans son personnage n’est pas étonnant. Il est en revanche moins évident que le lecteur s’identifie à un personnage de roman. Dans une lettre, Flaubert précise : « Ma pauvre Bovary, sans doute, souffre et pleure dans vingt villages de France à la fois, à cette heure même. » Lorsqu’on est une de ces Bovary, en est-on plus captivée par le roman de Flaubert ? [Problématique] Pour apprécier un roman, est-il nécessaire de se reconnaître dans l’un de ses personnages ? [Annonce du plan] Certes, l’identification au héros contribue à rendre la lecture plus captivante [I]. Mais des personnages auxquels on ne saurait s’identifier ne présentent-ils pas aussi des attraits [II] ? N’y a-t-il pas d’autres raisons de s’intéresser à un roman [III] ?

I. Pourquoi l’identification rend-elle un roman captivant ?

1. Définition et conditions de l’identification à un personnage

  • S’identifier à un personnage, c’est d’abord se sentir pareil à lui (définition 1) [exemple à développer : un adolescent se reconnaît dans Augustin Meaulnes d’Alain-Fournier]. C’est aussi chercher à « entrer dans sa peau » et vouloir lui ressembler (définition 2) [exemple à développer].
  • Mais on ne peut s’identifier à un personnage qu’à certaines conditions. Selon la définition 1, il est nécessaire que le personnage appartienne à l’humanité réelle, moyenne (exemple à développer : Frédéric Moreau dans L’Éducation sentimentale de Flaubert), mais aussi que ce personnage et sa destinée présentent des similitudesavec le lecteur et son histoire intime : (âge, milieu social, caractère, préoccupations, épreuves…) [exemples à développer: les ouvriers se reconnaissent dans le Maheu de Germinal (Zola), les traders actuels dans Bel-Ami (Maupassant)…]. Selon la définition 2, il est nécessaire que le personnage soit attrayant, positif, donne envie de lui ressembler [exemple à développer : le docteur Rieux dans La Peste (Camus)].

2. Quel intérêt à se reconnaître dans un personnage de roman ?

  • Comme dans la vie, le lien s’établit plus facilement avec celui qui nous ressemble. Le lecteur partage la vision du monde et les valeurs du personnage, il se réjouit ou compatit avec lui, partage ses émotions et ses sentiments plus aisément, entre en résonance avec lui : « J’avais si bien le goût de l’arsenic dans la bouche – dit Flaubert quand il écrit l’empoisonnement de Mme Bovary –, j’étais si bien empoisonné moi-même que je me suis donné deux indigestions coup sur coup – deux indigestions réelles » [exemples personnels].
  • Le lecteur voit une image de lui-même [exemples personnels] : or on aime à se regarder dans un miroir.
  • Le romancier permet au lecteur de mieux se comprendre en lui faisant découvrir des aspects cachés de sa personnalité, qu’il ne saurait, immergé dans la vie, analyser lui-même [exemples personnels].
  • La dimension humaine des personnages réalistes permet aussi de mieux comprendre l’être humain en général. Le but suprême du romancier est de nous faire connaître et aimer l’âme humaine, dans sa grandeur comme dans sa misère.

3. Quel intérêt à vouloir ressembler à un personnage qui pourrait être moi ?

  • Cela permet de vivre par substitution des situations non vécues dans la réalité mais potentiellement réalisables. On peut comparer les réactions du personnage aux siennes propres : le lecteur s’interroge alors sur ce que lui-même adopterait comme comportement dans les situations – agréables ou critiques – vécues par le personnage [exemples personnels].
  • Cela permet au lecteur de réaliser des rêves qu’il n’a pu concrétiser, de vivre des aventures par personne interposée, de prendre une revanche sur la vie.
  • Cela permet d’aller jusqu’au bout de son destin : « Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n’est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu’au bout de leur destin » (Camus) [exemples personnels].
  • Le personnage peut enfin représenter, lorsqu’on s’identifie à un héros plus exceptionnel, un modèle à suivre [exemples personnels].

Conseil

Les parties suivent un fil logique grâce aux transitions qui comportent une conclusion partielle et annoncent la partie suivante.

[Transition] Être en empathie avec un personnage intensifie l’intérêt que l’on porte au roman. Est-ce à dire que le destin de personnages dans lesquels on ne se reconnaît pas ne présente pas d’intérêt ?

II. Peut-on être captivé par un personnage auquel on ne peut pas s’identifier ?

1. L’identification est parfois difficile, voire impossible

Le lecteur peut-il vraiment se reconnaître :

  • dans un anti-héros [exemples personnels] ? Son insipidité, ses contre-valeurs ne sont alors pas celles du lecteur ;
  • dans un personnage négatif ? Les personnages du mal, si fréquents dans le roman, provoquent plutôt le dégoût et la haine [exemples personnels]. Ce sont parfois des monstres (exemples : Grenouille dans Le Parfum, de Süskind ; Vautrin dans Le Père Goriot, de Balzac…) ;
  • dans un personnage trop extraordinaire pour être vrai et créer l’illusion de la réalité ? Ce sont les personnages de romans de science-fiction, les héros s’apparentant à ceux de l’épopée… [exemples personnels].

2. Pourquoi s’intéresser à un personnage différent de soi ?

  • Lorsque le personnage est trop semblable à lui, le lecteur risque de s’ennuyer : l’impression de déjà-vu ôte de l’intérêt au roman (cas du Nouveau Roman). Car la fonction du roman est aussi de permettre l’évasion hors du monde quotidien [exemples des personnages de science-fiction].
  • Suivre le parcours d’un être différent de soi permet de connaître l’autre, de ressentir ses émotions, de comprendre les rouages d’un esprit différent du sien, ses motivations [exemples personnels].
  • Cela peut même éclairer le lecteur sur lui-même, par la confrontation avec un autre qui a des réactions ou un point de vue différents des siens [exemples].

3. Le cas spécifique de l’attrait pour les personnages du mal

  • Le personnage monstrueux ou maléfique est celui par qui l’action arrive : « Les “cœurs sur la main” [= les personnages vertueux] n’ont pas d’histoire : mais je connais celle des cœurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue » (Mauriac à propos de son héroïne Thérèse Desqueyroux).
  • Il est souvent plus complexe que le personnage qui nous ressemble. Il attire comme une énigme à déchiffrer : comment a-t-il pu en arriver à ce degré d’abjection ? [Exemples personnels.]
  • Il dévoile le lecteur à lui-même, soit par contraste, soit parce qu’il lui révèle sa face cachée enfouie dans l’inconscient ; en un sens il lui permet de mieux connaître ses propres forces obscures dans lesquelles il ne se reconnaissait pas dès l’abord.
  • Il exerce sur le lecteur la fascination de l’interdit, qui peut déboucher sur la catharsis (assouvissement de ses mauvais penchants par personne interposée) [exemples personnels].

III. S’intéresse-t-on à un roman seulement pour son/ses personnage(s) ?

Partie à développer.

L’attrait d’un roman ne provient pas uniquement de ses personnages.

  • L’intérêt pour l’intrigue plus que pour les personnages : suspense, aventures et péripéties (le roman d’aventures, le roman policier…)
  • L’intérêt pour la réflexion, la portée du roman : les romans engagés (La Condition humaine, de Malraux ; La Peste, de Camus…), la peinture d’une société, la reconstitution d’un monde, d’une époque, la valeur de témoignage (romans historiques), la réflexion sur la société à travers un monde imaginaire [exemples : 1984, La Ferme des animaux, d’Orwell ; Fahrenheit 451, de Bradbury, qui sont comme des apologues].
  • L’intérêt pour l’esthétique de l’écriture : la beauté de certaines descriptions (romans de Giono), l’étrangeté du style.

Conclusion

L’une des « recettes » de l’écrivain pour assurer le succès de ses romans est la création de personnages dont le lecteur se sente proche. [Ouverture] Mais ce n’est là qu’un moyen parmi d’autres. Si le roman attire des lecteurs divers, c’est parce que c’est un genre très complexe, dont la vitalité se marque dans le renouvellement constant de ses formes : roman d’analyse, d’aventures, de science-fiction, de mœurs, roman policier…