Foucault, Dits et Ecrits

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : La vérité
Type : Explication de texte | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

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France métropolitaine • Juin 2017

explication de texte • Série S

Foucault

Expliquer le texte suivant :

À la limite, la vie, c’est ce qui est capable d’erreur. Et c’est peut-être à cette donnée ou plutôt à cette éventualité fondamentale qu’il faut demander compte du fait que la question de l’anomalie traverse de part en part toute la biologie. À elle aussi qu’il faut demander compte des mutations et des processus évolutifs qu’elle induit. À elle qu’il faut demander compte de cette mutation singulière, de cette « erreur héréditaire » qui fait que la vie a abouti avec l’homme à un vivant qui ne se trouve jamais tout à fait à sa place, à un vivant voué à « errer » et destiné finalement à l’« erreur ». Et si on admet que le concept, c’est la réponse que la vie elle-même donne à cet aléa, il faut convenir que l’erreur est à la racine de ce qui fait la pensée humaine et son histoire. L’opposition du vrai et du faux, les valeurs qu’on prête à l’un et à l’autre, les effets de pouvoir que les différentes sociétés et les différentes institutions lient à ce partage, tout cela même n’est peut-être que la réponse la plus tardive à cette possibilité d’erreur intrinsèque1 à la vie. Si l’histoire des sciences est discontinue, c’est-à-dire si on ne peut l’analyser que comme une série de « corrections », comme une distribution nouvelle du vrai et du faux qui ne libère jamais enfin et pour toujours la vérité, c’est que, là encore, l’« erreur » constitue non pas l’oubli ou le retard d’une vérité, mais la dimension propre à la vie des hommes et au temps de l’espèce.

Michel Foucault, Dits et Écrits, 1978.

1. Intrinsèque à la vie : qui provient de la vie elle-même.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

Vivre implique nécessairement de faire des erreurs. Le vivant lui-même est marqué par des processus de mutations faisant suite à des « erreurs héréditaires ». Pour autant, l’erreur empêche-t-elle le vivant de progresser ? Empêche-t-elle l’homme d’avoir une connaissance du vivant ? Pour Foucault, si la vie est « ce qui est capable d’erreur », alors la pensée et la science elle-même sont constituées de l’histoire de leurs erreurs et de leurs corrections. Elles rendent compte ainsi de la vie qui ne peut se figer en une vérité absolue.

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

La thèse de l’auteur ouvre l’extrait : la vie est ce qui est capable d’erreur. Elle est valable aussi bien à l’échelle de l’individu qu’à celle de l’espèce.

Foucault en tire ensuite une première conséquence philosophique : le concept est la réponse que la vie donne à cet aléa.

Il révèle alors toute la dimension philosophique et surtout épistémologique de l’erreur : l’histoire des sciences se construit sur ses erreurs.

Éviter les erreurs

Ce texte difficile exige une bonne maîtrise de la notion de vivant et de ses enjeux épistémologiques. La notion de vérité est paradoxalement présentée comme le résultat d’un tâtonnement à partir d’erreurs.