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Sprint Final
France métropolitaine, juin 2025 • Jour 2
28
France métropolitaine, juin 2025 • Jour 2
exercice 2
Génétique et robe claire d’un poulain
Intérêt du sujet • Sujet qui mobilise les notions et techniques en génétique acquises en Première et Terminale pour exploiter une documentation relative à un même phénotype dû à deux mécanismes génétiques différents.
Il arrive que des poulains naissent avec un pelage très clair. Dans certains cas, ce caractère peut se révéler préoccupant et nécessiter une surveillance car il peut être associé au syndrome du poulain blanc, qui est une maladie génétique causant de très graves troubles de la digestion. On s’intéresse au cas d’un poulain au pelage très clair.
Photographie du poulain étudié

D’après equidia.fr, photo Damien Mallet
Expliquer les deux origines possibles de la couleur très claire de ce poulain, dont l’une serait liée à une maladie génétique.
Vous organiserez votre réponse selon une démarche de votre choix intégrant des données des documents et les connaissances utiles.
Document 1Robes des parents du poulain et caractéristiques génétiques
Chez les chevaux, de nombreux gènes sont impliqués dans la coloration de l’animal appelée robe, qui est à la base noire ou fauve (c'est-à-dire rousse). Cette robe de base est sous le contrôle du gène extension. D’autres gènes, comme le gène kit, peuvent intervenir en modulant la couleur de base par la présence de poils blancs ou par un mélange de poils de différentes teintes.
A. Photographie de l’étalon, père du poulain, et allèles des gènes extension et kit

ph © Zuzana Tillerova / stock.adobe.com
B. Photographie de la jument, mère du poulain, et allèles des gènes extension et kit

D’après wikipedia.org et ehorses.fr
c. Allèles des gènes extension et kit
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Gène |
Allèle |
Phénotype associé |
Caractéristique de l’allèle |
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extension |
e |
Poils fauves |
Récessif |
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E |
Poils noirs |
Dominant |
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kit |
n |
Pas d’effet sur la robe de base |
Récessif |
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Rn |
Poils blancs mélangés à la robe de base ; robe très claire chez les chevaux aux poils fauves |
Dominant |
D’après Déterminisme génétique des robes du cheval et maladies associées, J. Rey, école vétérinaire d’Alfort, 2019
Document 2Micrographie de chromosomes d’une cellule reproductrice en début de division cellulaire, lors de la formation des gamètes

Les appariements chromosomiques peuvent conduire à des recombinaisons génétiques.
D’après G. H. Jones et al., Cell, 126, 2006
Document 3 Allèles du gène ednrb des parents du poulain de robe très claire
Un autre gène a la particularité d’intervenir lors du développement de l’embryon des Vertébrés : le gène ednrb, qui est responsable du syndrome du poulain blanc. Les individus possédant deux allèles mutés de ce gène présentent une anomalie de la formation de l’intestin, qui se traduit après la naissance par de graves troubles de la digestion.
Les ADN des parents du poulain et de chevaux témoins ont été amplifiés en laboratoire (par PCR) de manière à produire de nombreux fragments dont la taille dépend de la nature de leurs allèles pour le gène ednrb. La longueur de ces fragments en paires de bases (exprimée en kb) a été déterminée par électrophorèse, technique permettant de séparer des molécules chargées dans un gel sous l’effet d’un champ électrique.
Photographie d’une partie du gel d’électrophorèse présentant le résultat de l’expérience

1 : marqueurs de taille de l’ADN servant d’échelle
2 : ADN d’un individu présentant des allèles d’ednrb non mutés (homozygote non muté)
3 : ADN de la jument
4 : ADN de l’étalon
5 : ADN d’un individu présentant des allèles d’ednrb mutés (homozygote muté) et porteur du syndrome du poulain blanc
D’après Le syndrome du poulain blanc : mise au point d’un test de diagnostic moléculaire, F. Seignobos, école vétérinaire de Lyon, 2010
Document 4Rôle du gène ednrb dans la coloration du pelage
Le gène ednrb intervient notamment dans la mise en place des cellules de la peau qui produisent les pigments (mélanines) à l’origine de la couleur fauve ou noire des poils. Ces cellules sont appelées mélanocytes. Au cours de la formation de l’embryon, des cellules souches ou précurseurs des mélanocytes se déplacent de zones internes vers la surface de l’embryon, lors d’un processus de migration, grâce à différents gènes dont le gène ednrb. Ces cellules souches vont alors se différencier et assurer leur fonction de cellules pigmentées dans la peau. La migration de telles cellules a été étudiée chez des embryons de souris. Elle est semblable chez les embryons de cheval.
Résultats d’une expérience de localisation de précurseurs de mélanocytes en migration chez des embryons de souris de génotypes différents et phénotypes après la naissance
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Photographie de la tête d’un embryon de 12 jours représentative du reste de l’embryon Les précurseurs des mélanocytes sont repérables par les flèches noires O : œil en formation |
Photographie de l’individu après la naissance |
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Souris hétérozygote pour ednrb |
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Souris homozygote mutée pour ednrb |
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D’après H. Lee et al., Developmental Biology 259, 2003 et B. Chen et al., Experimental Animals 65, 2016
Les clés du sujet
Étape 1. Comprendre le sujet
Il s’agit d’identifier deux déterminismes génétiques pouvant rendre compte de la couleur claire du pelage du poulain, l’un d’entre eux étant lié à une maladie génétique.
Une analyse globale du sujet permet de voir que les documents 3 et 4 se rapportent à la maladie génétique et que les autres concernent le second déterminisme génétique.
Pour les deux cas, il faut déterminer les génotypes de l’étalon et de la jument, utiliser les principes de base de la génétique pour établir les génotypes possibles du poulain et voir si l’un d’entre eux peut être à l’origine de la couleur très claire du pelage.
Étape 2. Exploiter les documents
Le document 1 permet d’établir les génotypes des parents relatifs aux gènes extension et kit, et fournit une explication à leurs phénotypes.
Le document 2 incite à interpréter une figure de méiose et à établir les types de gamètes produits par l’étalon et par la jument.
Le document 3 permet d’établir les génotypes des parents relatifs au gène ednrb.
Le document 4 renseigne sur la façon dont le gène ednrb intervient sur le phénotype du pelage.
Étape 3. Construire la réponse
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I. Une première origine possible du phénotype du pelage du poulain |
Déterminez les génotypes des parents et expliquez comment ils déterminent leur phénotype. Exploitez la figure de méiose pour établir les types de gamètes produits par les parents. Établissez les génotypes possibles du poulain relatifs aux gènes extension et kit, et voyez s’il en est un qui explique la robe du poulain. |
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II. Une deuxième origine possible du phénotype du pelage du poulain |
Indiquez comment le gène ednrb intervient sur le phénotype de la robe des chevaux et précisez la dominance ou la récessivité de l’allèle muté. Établissez les génotypes de l’étalon et de la jument relatifs au gène ednrb. Déduisez-en les génotypes possibles du poulain pour ce gène, et voyez s’il en est un qui explique la robe claire. |
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Conclusion |
Pour chaque origine génétique, résumez en quoi les génotypes de l’étalon et de la jument rendent possible une descendance au pelage blanc. Évoquez l’intérêt d’un diagnostic moléculaire. |
Introduction
À la naissance, certains poulains ont une peau très claire, très peu pigmentée. Certains d’entre eux ne présentent pas de signes pathologiques alors que chez d’autres la robe très claire est associée à une grave maladie, le syndrome du poulain blanc. Cela suggère deux origines génétiques différentes du phénotype « robe très claire » des chevaux.
À partir d’informations extraites de l’analyse des documents sur les génotypes d’un couple de chevaux ayant eu un poulain à robe très claire, nous allons établir que la double origine génétique de ce phénotype est confirmée.
I. Une première origine possible du phénotype du pelage du poulain
A. Déterminisme génétique du phénotype de l’étalon et de celui de la jument
Le document 1a indique que les deux gènes, extension et kit, qui interviennent dans la couleur de la robe du cheval sont situés sur le chromosome 3. Ils sont donc liés. Les deux chromosomes 3 de l’étalon possèdent le même allèle e du gène extension et le même allèle n du gène kit. L’étalon est donc homozygote pour ces deux gènes et son génotype peut s’écrire (e n//e n).
à noter
Chaque barre symbolise un chromosome. Cette écriture du génotype indique que les allèles des deux gènes sont liés. Si les gènes n’avaient pas été situés sur le même chromosome, l’écriture du génotype aurait été (e//e ; n//n).
Le document 1b montre que le génotype de la jument pour ces deux gènes est (E Rn//e n). La jument est donc hétérozygote pour ces deux gènes.
Le document 1c précise que l’allèle e, en s’exprimant, fait que la robe de base possède des poils fauves. L’allèle n du gène kit n’a pas d’effet sur la robe de base. En conséquence l’étalon homozygote pour ces deux gènes a une robe à poils fauves.
L’allèle E du gène extension est dominant et fait que la robe de base est à poils noirs. La possession de l’allèle Rn du gène kit modifie la robe de base en induisant des poils blancs. En conséquence le phénotype de la jument est, comme l’indique le document 1b, « poils noirs et blancs mélangés ».
B. Les gamètes produits par la jument et par l’étalon
Conseil de méthode
Puisque le sujet comprend un document sur la méiose, il faut l’exploiter. Pour autant, il ne s’agit pas de décrire tous les évènements ayant lieu au cours de la méiose. Il faut se limiter à ceux qui sont en rapport avec le problème à résoudre.
L’appariement des chromosomes homologues de la figure du document 2 révèle qu’il s’agit d’une figure de prophase de la première division de la méiose ayant lieu au cours de la gamétogenèse. Chaque chromosome est formé de deux chromatides génétiquement identiques. La paire chromosomique entourée par des pointillés sur la micrographie montre que durant cette prophase les chromosomes appariés tendent à se séparer, sauf au niveau de certains points appelés chiasmas. À leur niveau se produit le crossing-over, qui consiste en l’échange de fragments entre deux chromatides non sœurs.

Figure 1. Recombinaison génétique pour les gènes extension et kit au cours de l’ovogenèse de la jument
Au cours des méioses ayant lieu lors de la spermatogenèse de l’étalon, il y a des recombinaisons chromosomiques pour les gènes considérés, mais cela ne s’accompagne pas de recombinaison génétique pour les deux gènes puisque l’étalon est homozygote pour ces deux gènes. Il ne produit que des spermatozoïdes de génotype (e n/).
C. Les génotypes possibles du poulain
La fécondation des quatre types d’ovules de la jument par les spermatozoïdes de l’étalon est à l’origine de poulains possédant un des quatre génotypes suivants : (E Rn//e n), (E n//e n), (e Rn//e n) et (e n//e n).
En utilisant les informations du document 1c, il en résulte quatre phénotypes possibles : « poils blancs mélangés à la robe noire de base », « robe noire », « robe très claire chez un poulain ayant une robe de base fauve » et « robe fauve ». Il est donc possible que le poulain possède le génotype (e Rn//e n) à l’origine de la robe très claire.
II. Une deuxième origine possible du phénotype du pelage du poulain
A. Mécanisme de l’action du gène ednrb sur le phénotype de la robe des chevaux
Les documents 3 et 4 indiquent qu’un autre gène, ednrb, intervient dans la réalisation du phénotype de la robe. Le document 4 précise que ce gène, en s’exprimant au cours du développement embryonnaire, permet la mise en place des mélanocytes, cellules pigmentaires dans la peau.
Les données expérimentales chez une souris possédant un allèle muté du gène ednrb, et donc hétérozygote pour ce gène, indiquent la présence au 12e jour de vie embryonnaire de précurseurs de mélanocytes. La couleur noire de la souris après la naissance indique que les mélanocytes sont fonctionnels. En revanche chez une souris possédant deux allèles mutés du gène ednrb, et donc homozygote pour ce gène, on constate l’absence de mélanocytes ce qui conduit à une souris ayant la peau blanche.
De la comparaison des phénotypes des deux souris, on peut conclure que des allèles mutés du gène ednrb peuvent être à l’origine de l’absence de pigmentation de la peau et que ces allèles mutés sont récessifs et l’allèle « sauvage » dominant. Ces conclusions sont aussi valables pour les chevaux.
B. Les génotypes de l’étalon et de la jument pour le gène ednrb
Les longueurs des fragments résultant de l’électrophorèse (doc. 3) révèlent les allèles du gène ednrb possédés par les chevaux. La colonne 2 indique une seule bande de 90 kb pour l’ADN d’un cheval homozygote non muté. La colonne 5 indique une seule bande de 115 kb pour l’ADN d’un cheval ayant deux allèles mutés du gène. Ces colonnes servent de témoins. Les colonnes 3 et 4 de l’électrophorèse relatives à l’ADN de la jument et de l’étalon montrent deux bandes, l’une correspondant à un fragment de 90 kb, l’autre à un fragment de 115 kb. On peut en conclure que les parents du poulain sont hétérozygotes pour le gène ednrb.
En désignant par ednrb+ l’allèle non muté et par ednrb– l’allèle muté, leur génotype est (ednrb+//ednrb–). L’allèle muté étant récessif, il en résulte que leur robe est pigmentée.
C. Les génotypes possibles du poulain pour le gène ednrb
L’échiquier de croisement prévisionnel de la descendance du couple parental (figure 2) renseigne sur les génotypes possibles du poulain. Il y a une probabilité de 25 % pour que le poulain ait le génotype (ednrb–//ednrb–), seul génotype pouvant conduire au phénotype « robe très claire ».
Gamètes femelles Gamètes mâles | ednrb+ | ednrb– | ||||
ednrb+ | [Robe pigmentée] | 1/4 | [Robe pigmentée] | 1/4 | ||
ednrb– | [Robe pigmentée] | 1/4 | [Syndrome du poulain blanc] | 1/4 | ||
Conclusion
La connaissance des génotypes de l’étalon et de la jument pour les trois gènes, extension, kit et ednrb amène à conclure que la couleur très claire de la robe du poulain peut avoir une double origine :
possession de deux allèles mutés du gène ednrb ;
possession du génotype (e Rn//e n).
La première origine entraîne l’absence de cellules pigmentaires, les mélanocytes, dans la peau. Il en découle que, quel que soit le génotype du poulain relatif aux gènes extension et kit, il n’y a pas de synthèse de pigment dans la peau d’où une robe très claire. En outre le gène ednrb, en s’exprimant au
La deuxième origine correspond à la présence d’allèles de deux gènes qui agissent sur la synthèse des pigments de la peau, mais n’ont pas d’action sur la formation de l’intestin. Le poulain à la naissance a une peau très claire, mais ne risque pas de souffrir du syndrome du poulain blanc.
Une observation très attentive du comportement du poulain à la naissance et plus précisément un diagnostic moléculaire permettent d’évaluer le risque que l’animal ait le syndrome du poulain blanc.



