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Gide, L'Immoraliste

ROMAN

La description des lieux • Commentaire

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Amérique du Nord • Juin 2017

Séries ES, S • 16 points

La description des lieux

Commentaire

Vous commenterez l'extrait de L'Immoraliste d'André Gide (texte C).

Se reporter au texte de Gide.

Les clés du sujet

Trouver les idées directrices

Définissez les caractéristiques du texte pour trouver les axes.

Extrait de roman d'inspiration autobiographique (genre) qui décrit (type de texte) un lieu (sujet), qui raconte (type de texte) sa découverte et une métamorphose intime du narrateur (sujet) lyrique (registre), hyperbolique et élogieux (adjectifs), pour rendre compte de sensations et d'émotions nouvelles, pour faire entrer le lecteur dans le cœur du personnage (buts).

Pistes de recherche

Première piste : Acteurs et circonstances d'un moment-clé

Analysez la construction et la progression du passage.

Précisez comment Gide présente les personnages et les circonstances.

Analysez les rapports entre les deux personnages (proximité ? distance ?) et leur progression.

Deuxième piste : Évocation d'un lieu enchanté et unique

Selon quel point de vue (focalisation) sont décrits les lieux ?

Quel regard le narrateur porte-t-il sur ces lieux ?

En quoi est-il exceptionnel pour le narrateur ?

Troisième piste : L'expression lyrique d'une métamorphose

En quoi la description de son état par le narrateur et des lieux est-elle empreinte de lyrisme ?

Montrez que le lieu favorise l'éveil des sens (notations sensorielles).

Quelle conception de la vie se dégage de cette description ?

Quelle métamorphose s'est opérée chez le narrateur ?

Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

conseil

Si vous connaissez des éléments biographiques sur l'auteur et son œuvre qui éclairent le texte à commenter, tirez-en profit et utilisez-les dans l'introduction (ou dans votre commentaire).

[Amorce] L'œuvre de Gide reflète les contradictions d'un homme : il est tiraillé entre une éducation protestante austère qui le pousse vers une spiritualité mystique, et une volonté de s'affranchir de la morale traditionnelle pour affirmer une sensualité panthéiste. [Présentation du texte] Gide, dans L'Immoraliste, introduit des éléments autobiographiques, notamment l'influence déterminante qu'a eue, dans son évolution morale et sexuelle, un voyage en Tunisie. Il transpose ici ce bouleversement : le narrateur, convalescent, est conduit par sa jeune femme dans une oasis. [Annonce des axes] La promenade, censée lui redonner des forces, le bouleverse : la beauté et l'étrangeté du lieu [I], font de ce récit un moment clé [II] où le narrateur s'éveille à une nouvelle vie et a la révélation des exigences de ses sens [III].

I. Un lieu enchanté et unique

Michel, le narrateur-personnage de L'Immoraliste, souligne dès son entrée dans l'oasis le caractère unique et « bizarre » de ce lieu dont il ne vit « jamais de pareil ».

1. Un lieu étrange et exceptionnel

C'est un univers merveilleux, tel qu'on en trouve dans les contes, où la nature est vivante, personnifiée : le chemin « circule comme indolemment », l'eau de la rivière est « fidèle », elle « abreuve » maternellement les palmiers qui « s'inclinent ». Les promeneurs semblent se déplacer dans un labyrinthe enchanté où on se « perd » et où les lignes et les formes ne servent pas à limiter, à borner mais, du sol à la cime des arbres, dessinent un tableau mouvant.

La syntaxe elle-même s'assouplit pour décrire ce lieu exceptionnel et le narrateur à plusieurs reprises se sert de phrases nominales – taches de couleur posées sur une toile – comme pour rendre compte d'impressions dans leur immédiateté : « Par-dessus les murs, des palmiers », « une brèche au mur ».

Michel associe son lecteur à cette découverte par l'usage du pronom indéfini derrière lequel il s'efface (« on ne sait plus […] on va ») et par le « vous » (« un détour vous perd ») dont on ne sait s'il est de politesse ou pluriel.

2. Un lieu universel et paradisiaque

Paradoxalement, ce lieu unique est aussi universel, associant harmonieusement les quatre éléments fondamentaux, la « terre », « l'eau », le feu du « soleil ardent » et « l'air » des « souffles légers »…

C'est donc un paradis mais aussi le jardin originel de la genèse, l'Éden d'Adam et Ève, jardin du bonheur, de l'innocence, de la chute aussi et de la révolte de l'homme contre son dieu, en même temps que de l'indépendance et, pour Michel, de la révélation de sa personnalité profonde.

II. Un moment-clé

Michel prépare le récit de la révélation de sa vraie personnalité.

1. Une découverte personnelle et directe

Le premier paragraphe, par un flash-back et par les récits enthousiastes de Mathilde (« éblouie », « merveilleux vergers »), prépare progressivement (pendant « quelques jours ») le moment de la découverte de l'oasis.

Le personnage multiplie les allusions à sa « maladie » et sa nouvelle situation de convalescent : sa « santé » revient, il allait « mieux », se « remet[tait] », il reprenait des forces et du « goût » pour l'exercice physique. Le lexique hédoniste de l'activité physique et des sens est d'abord employé par Mathilde (« elle aimait le grand air et la marche », « longues courses », « plaisirs », « attraits », « jouir »).

Désormais, c'est Michel qui fera l'expérience de la « liberté » et des « plaisirs » dont seule Mathilde a profité jusqu'alors.

2. Des personnages proches…

Les premières lignes font de Mathilde l'initiatrice involontaire du bouleversement que va vivre Michel, mais sa présence est comme voilée par le discours narrativisé qui rapporte ses promenades. On perçoit l'attention affectueuse dont elle entoure son jeune mari mais aussi sa délicatesse (« n'osant », « craignant ») qui lui fait éviter ce qui pourrait l'« attrister ».

Michel contrairement à Mathilde, ne manifeste pas de sentiments nettement affirmés tels que la reconnaissance ou l'amour à l'égard de la jeune femme.

C'est un « nous » assez neutre qui réunit le couple pour sa première sortie. En revanche, l'irruption du passé simple (« nous sortîmes ») isole l'action et la met en relief dans un récit jusqu'alors à l'imparfait de durée.

3. … et lointains

Dans la suite du récit, les deux personnages ne semblent pas vraiment communiquer : Mathilde précède Michel, se contente de le regarder.

Michel s'impose désormais comme le personnage principal et redevient sujet à part entière : « j'oubliais ma fatigue », « je marchais » et cette métamorphose annonce la distance qui peu à peu s'installera dans le couple.

III. L'expression lyrique d'une métamorphose

Ce qui devait être une simple promenade bouleverse la vie de Michel, le métamorphose et lui révèle sa véritable nature. Et il évoque ce moment avec des accents lyriques, à la fois mystiques et chargés d'une sensualité païenne.

1. Un marcheur extatique …

Michel décrit son état comme le ferait un mystique touché par la grâce divine, parlant de son « extase », de son « exaltation » ; il est transporté dans un monde animé de phénomènes étranges que semble susciter sa marche sur ce chemin « bizarre » : envol de « tourterelles », « souffles légers », « palmes » qui s'inclinent à son passage, musique mystérieuse.

Paradoxalement, Michel décrit cette expérience voluptueuse nouvelle pour lui en puisant dans les références de son éducation religieuse. Termes et notations renvoient en effet à l'Ancien et au Nouveau Testaments : entrée du Christ à Jérusalem, descente du Saint-Esprit sur un baptisé sous la forme d'une colombe ou d'un « souffle » (spiritus en latin)…

Le temps lui-même ne s'inscrit plus dans les repères habituels. Michel associe passé simple et imparfait pour rendre compte de sa progression sur le chemin, ce qui est logique dans un récit au passé. Mais il emploie aussi un présent intemporel pour dessiner le chemin qui « circule indolemment », le parcours de l'eau qui « s'écoule », la transformation de la terre sous l'effet du soleil ou de la pluie. Le temps est suspendu : le lieu est « à l'abri du temps ».

2. Le réveil des sens et de « la chair »

Le bouleversement est émotionnel, sensoriel et sensuel, Michel en distingue les différentes phases : « extase », « allégresse » et « exaltation des sens et de la chair ». Le terme « exaltation » qualifie d'ordinaire un état affectif, mais ici il garde son sens étymologique pour exprimer l'acuité inhabituelle des sens et de la sensualité. La gradation même de la phrase (« je marchais […] chair ») reproduit, par l'allongement progressif des trois groupes compléments, la surabondance des émotions, de plus en plus fortes.

Impressions visuelles, tactiles, auditives se succèdent, exprimées par des verbes de perception des notations de « formes », de mouvement, de couleurs, de textures (la terre est « plastique »), de sons (« chant de flûte », « appel des tourterelles », bruit de l'eau et « souffles légers »).

Les récits qui rapportent un moment de fusion avec la divinité troublent parfois par des images au lyrisme ambigu : l'expérience mystique se charge d'une dimension érotique sublimée dans un contexte religieux. Michel assume cette dimension dans cet hymne à la beauté naturelle de l'oasis : c'est bien sa « chair » qui est troublée, son corps, sa sensualité.

Dans ce jardin d'Éden, Michel abandonne les interdits de son éducation sociale, morale et religieuse ; il se met littéralement à « nu » pour retrouver son identité profonde. Il semble que le chemin n'ait eu d'autre but que de le mener près du jeune berger « presque nu » vers lequel le guidait l'« appel discret des tourterelles », oiseaux traditionnellement associés à l'amour.

Conclusion

conseil

Si vous connaissez la suite de l'œuvre dont est extrait le texte à commenter, vous pouvez utiliser vos connaissances pour assurer l'ouverture dans votre conclusion.

[Synthèse] Le récit de la découverte d'un lieu nouveau, unique et paradisiaque, qui éveille sens et conscience de soi, révèle la personnalité du personnage principal : au terme de cette expérience mystique, poétique et sensuelle, Michel est prêt à devenir un « immoraliste », notamment à accepter son homosexualité jusqu'alors refoulée. [Ouverture] Cette révélation compromet évidemment son mariage et sa libération se fera au prix du malheur et de la vie de sa jeune femme, source d'accablement pour la conscience de Michel.

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