Globalia, un monde totalitaire (texte de Rufin, planche de BD de Quino)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Progrès et rêves scientifiques
Type : Sujet complet | Année : 2019 | Académie : Centres étrangers

PROGRÈS ET RÊVES

Progrès et rêves scientifiques

25

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Centres étrangers • Juin 2019

100 points

Globalia, un monde totalitaire

document A Texte littéraire

Baïkal et Kate sont sortis clandestinement de « Globalia », le monde dans lequel ils vivent. Ils se retrouvent dans la « non-zone » qu’ils ne connaissent pas.

– Tu ne comprends pas, Kate, je te l’ai souvent répété. Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste.

– Évidemment, puisqu’il n’y en a qu’une ! Et c’est heureux. Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes qui n’arrêtaient pas de se faire la guerre ?

Baïkal haussa les épaules. Kate poussa son avantage.

– Il n’y a plus de frontières, désormais. Ce n’est tout de même pas plus mal ?

– Bien sûr que non, Kate. Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c’est la liberté ! Globalia, c’est la sécurité ! Globalia, c’est le bonheur !

Kate prit l’air vexé. Le mot de propagande était blessant. Il ne s’agissait ni plus ni moins que de la vérité.

– Tu te crois certainement plus malin que moi, mais tu ne peux tout de même pas nier qu’on peut aller partout. Ouvre ton multifonction1, sélectionne une agence de voyages et tu pars demain dans n’importe quel endroit du monde…

– Oui, concéda Baïkal, tu peux aller partout. Mais seulement dans les zones sécurisées, c’est-à-dire là où on nous autorise à aller, là où tout est pareil.

– Mais tout Globalia est sécurisé ! L’Europe, l’Amérique, la Chine… Le reste, c’est le vide, ce sont les non-zones.

Baïkal reprit d’un ton passionné et s’écria :

– Moi, je continue à croire qu’existe un ailleurs.

Kate soupira.

– C’est ce que tu m’as expliqué et c’est pour cela que je t’ai suivi. Mais rends-toi à l’évidence. L’ailleurs est dans tes rêves, mon amour. Il n’y a que quelques endroits pourris aux confins du monde, des réserves, des friches.

– Depuis six mois je recoupe les informations, insista Baïkal en secouant la tête – mais on sentait le désespoir éteindre sa voix. Je suis sûr que toutes ces non-zones sont en continuité. On peut sortir d’ici et rejoindre la mer, il doit y avoir des déserts, des villes peut-être. J’ai fait l’impossible pour obtenir des plans. J’ai soudoyé2 un type dont le grand-père était botaniste3. Il avait effectué des missions dans les non-zones. Il m’a vendu ce logiciel cartographique, mais il est sans doute dépassé : on ne reconnaît plus rien.

Kate le sentait au bord des larmes. Elle passa sa main dans ses cheveux, lissa ses éternels épis couleur de jais4 qui se redressaient aussitôt.

– Rentrons maintenant, souffla-t-elle. Nous raconterons que nous nous sommes perdus, que la porte était ouverte, que nous avons voulu être seuls dans la montagne. Cela n’ira pas bien loin. Une amende peut-être.

– Non, dit Baïkal en secouant la tête. Je ne retournerai pas là-bas. Ce monde est une prison.

Jean-Christophe Rufin, Globalia, 2004, © Éditions Gallimard.

1. Multifonction : ordinateur.

2. Soudoyer : payer quelqu’un pour obtenir quelque chose de défendu.

3. Botaniste : scientifique qui étudie les plantes, les fleurs et les arbres.

4. Jais : de couleur noire.

document b Quino, Y a un truc !, 1981

Quino, scénariste et auteur de bandes dessinées argentin, porte un regard critique sur la société, notamment celle de son pays.

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© Joaquín S. Lavado (Quino)/Caminito S.a.s – Literary Agency

travail sur le texte littéraire
et sur l’image 50 points • 1 h 10

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Grammaire et compétences linguistiques

▶ 1. « Globalia » (l. 2)

a) À partir de quel mot ce terme est-il formé ? (1 point)

b) Expliquez le sens de « Globalia ». (1 point)

▶ 2. « […] là où on nous autorise à aller » (l. 20), « mais on sentait le désespoir éteindre sa voix » (l. 32), « on peut sortir d’ici et rejoindre la mer » (l. 33-34).

a) Quelle est la classe grammaticale du mot « on » ? (1 point)

b) Identifiez ce que désigne chacun des trois mots soulignés. (3 points)

 3. « Nous raconterons que nous nous sommes perdus, que la porte était ouverte, que nous avons voulu être seuls dans la montagne. » (l. 42-44)

Comment les paroles du personnage sont-elles rapportées ? (1 point)

▶ 4. « Globalia, c’est la liberté ! Globalia, c’est la sécurité ! Globalia, c’est le bonheur ! » (l. 11-12)

Identifiez une figure de style employée dans ce passage. (1 point)

▶ 5. « Mais rends-toi à l’évidence » (l. 28)

a) Quel mode est employé dans cette phrase ? (1 point)

b) Expliquez l’emploi de ce mode. (1 point)

▶ 6. « Je ne retournerai pas là-bas. Ce monde est une prison. » (l. 46-47)

a) Nommez la relation logique qui unit les deux phrases. (1 point)

b) Réécrivez-les en utilisant une conjonction de subordination qui exprime la même relation logique. (1 point)

▶ 7. « Tu ne comprends pas, Kate, je te l’ai souvent répété. Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste. » (l. 1-3)

Réécrivez ce passage en commençant par : « Baïkal explique à Kate qu’elle… » (10 points)

Compréhension et compétences d’interprétation

▶ 8. Quel est le sujet central de la conversation entre Kate et Baïkal ? (2 points)

▶ 9. a) Que pense Kate de Globalia ? (2 points)

b) Reformulez deux arguments qu’avance Kate pour défendre son opinion. Vous illustrerez votre réponse à l’aide de deux citations. (4 points)

c) Dans les lignes 4 à 18, nommez un procédé qu’elle utilise pour convaincre Baïkal. Justifiez-le à l’aide d’un exemple issu du texte. (2 points)

▶ 10. a) Quelle vision Baïkal a-t-il de Globalia ?

Relevez deux arguments. (3 points)

b) Quel est son projet ? Justifiez votre réponse. (3 points)

▶ 11. Quelle proposition Kate formule-t-elle à la fin de l’extrait ? Pour quelle raison ? (2 points)

▶ 12. En vous appuyant sur les réponses précédentes et votre lecture du texte, que pensez-vous de Globalia ? Développez votre réponse de manière argumentée. (4 points)

▶ 13. a) Quelles sont les caractéristiques de la société représentée par Quino dans cette planche de bande dessinée ? (3 points)

b) Quels liens établissez-vous avec le texte Globalia ? (3 points)

dictée 10 points • 20 minutes

Le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre, ainsi que « Baïkal », « Kate », « glauque » et « biais » sont écrits au tableau.

Jean-Christophe Rufin

Globalia, 2004

© Éditions Gallimard

Tout à coup, emportés par leur élan, ils butèrent contre la vitre qui courait à mi-pente. Elle rendit un son vibrant quand ils la heurtèrent. Ils étaient tombés accroupis, emmêlés. Baïkal se redressa, couvert d’aiguilles sèches. Il aida Kate à se relever. Elle n’osait pas toucher la vitre. C’était la première fois qu’elle approchait des limites. Le mur lisse et brillant était transparent de près mais prenait un ton vert glauque à mesure qu’il s’éloignait et qu’on le voyait de biais. […] La pente qu’ils avaient dégringolée était si raide qu’il semblait impossible de la remonter.

rédaction 40 points • 1 h 30

Vous traiterez au choix un des deux sujets de rédaction suivants. Votre travail fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).

Sujet d’imagination

Kate rentre seule à Globalia. Imaginez une situation qui lui ouvre les yeux, l’amenant à considérer Globalia comme une prison et à partager le point de vue de Baïkal sur ce monde. Vous respecterez les caractéristiques de la narration et du cadre spatio-temporel du texte. Vous intégrerez dans votre récit les pensées et les sentiments de Kate.

Sujet de réflexion

Comment l’expression artistique (la littérature, la peinture, le cinéma, la musique…) permet-elle de dénoncer le totalitarisme ? Vous vous appuierez sur vos lectures, vos connaissances personnelles et culturelles.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Globalia est un roman d’anticipation développant une dystopie (société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire ou une idéologie néfaste), écrit par Jean-Christophe Rufin (2004). L’action se déroule dans un futur indéterminé. Une sorte d’État mondial, Globalia, assure à ses citoyens la sécurité et la prospérité tant qu’ils ne remettent pas en cause le système. Baïkal Smith, un jeune Globalien, cherche à fuir cette société.

L’image (document B)

Quino, de son vrai nom Joaquín Salvador Lavado Tejón, est un scénariste et dessinateur argentin qui dénonce les problèmes de la société, particulièrement ceux de son pays. Il est surtout connu pour être l’auteur de la série de bandes dessinées Mafalda.

Rédaction (sujet d’imagination)

Recherche d’idées

Imagine un événement (rencontre, confrontation, fait, incident) qui va provoquer une prise de conscience chez Kate.

Elle peut réaliser que Globalia n’est pas le monde parfait qu’elle pense, que la propagande n’est pas la vérité, qu’elle n’est pas si libre qu’elle le croit, que tout est peut-être trop uniforme et laisse peu de place à l’imagination, au droit à la différence…

Conseils de rédaction

Reprends les caractéristiques de la narration : récit à la 3e personne et au passé.

Respecte aussi le cadre spatio-temporel :

le lieu : à Globalia, un État totalitaire où règnent la propagande et l’uniformité de la pensée imposée ;

le moment : dans un futur indéterminé, peu de temps après le retour de Kate de son escapade secrète avec Baïkal.

Intègre dans ton récit les pensées et les sentiments de Kate :

imagine, par exemple, un court dialogue intérieur ;

fais appel au lexique des sentiments pour évoquer ses doutes, ses désirs, ses révoltes.

Rédaction (sujet de réflexion)

Recherche d’idées

Commence par définir plusieurs arguments, diverses façons dont les artistes cherchent à combattre le totalitarisme, c’est-à-dire les dictatures :

le rire, l’ironie ;

l’art de persuader, d’émouvoir, de révolter ;

l’appel à la résistance ;

les récits d’anticipation, les dystopies.

Choisis des exemples précis parmi des œuvres littéraires, picturales, cinématographiques ou encore musicales. N’oublie pas de citer aussi le roman de Jean-Claude Rufin.

Conseils de rédaction

Présente tout d’abord la question dans ton introduction.

Construis ensuite ton développement en plusieurs paragraphes, chacun correspondant à un moyen d’agir contre le totalitarisme. Introduis chaque paragraphe avec un connecteur : tout d’abord, ensuite, mais aussi, enfin…

N’oublie pas de conclure par une rapide synthèse ou en élargissant ta réflexion : par exemple, évoque l’importance de l’expression artistique, et les risques encourus par les artistes dans un monde muselé par la censure.