Gouverner la France depuis 1946 : État, gouvernement, administration et opinion publique

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Gouverner un Etat-Nation : la France depuis 1946
Type : Composition | Année : 2014 | Académie : Sujet zéro
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Gouverner la France depuis 1946 : État, gouvernement, administration et opinion publique
 
 

L’échelle de l’État-nation

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HISTOIRE

15

CORRIGE

 

Sujet zéro

composition

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • Il s’agit d’un sujet de synthèse qui couvre l’ensemble de la question au programme Les échelles de gouvernement : l’échelle de l’État-nation.
  • Il vous invite à préciser ce que veut dire gouverner un pays caractérisé par le rôle central de l’État dans une tradition centralisatrice. Vous devez prendre en compte les différents termes composant le sujet (État, gouvernement, administration, opinion publique) sans les dissocier. Ainsi, le sujet porte à la fois sur la conception française du rôle de l’État, le champ d’exercice de son autorité, les instances de décision (gouvernement, administration) et le rapport entre la société et l’État (opinion publique).
  • La période concernée va du début de la IVe République à nos jours.

Dégager la problématique

Compte tenu de l’ampleur du sujet, vous ne pouvez prétendre à l’exhaustivité. Votre problématique doit donc être centrée sur l’évolution du rôle de l’État en France sous les IVe et Ve Républiques.

Définir le plan

Pour mettre en évidence cette transformation, vous adopterez un plan chronologique : vous montrerez d’abord le renforcement du rôle de l’État de 1946 aux années 1960 ; puis sa relative érosion depuis les années 1970.

Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche et présentation du sujet] Depuis le xiiie siècle, l’histoire de France se confond avec celle de l’expansion de l’État. Cette coïncidence permet de comprendre la tradition de centralisation administrative qui va de l’Ancien Régime à la seconde moitié du xxe siècle. Ainsi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, période marquée par la nécessaire reconstruction du pays et la restauration de la République, l’État occupe une place centrale.

[Problématique et annonce du plan] C’est pourquoi nous tenterons de répondre à la question suivante : comment le rôle de l’État évolue-t-il de 1946 à nos jours ? Pour ce faire, nous distinguerons deux phases : de 1946 aux années 1960, celle d’un renforcement de ses prérogatives ; des années 1970 à nos jours, celle d’une relative érosion de celles-ci, malgré des efforts d’adaptation.

I. De 1946 aux années 1960 : le renforcement du rôle de l’État

1. Un contexte favorable

  • Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la priorité des dirigeants politiques est la reconstruction du pays, dévasté par les combats de la Libération, et sa modernisation économique. Parallèlement, après l’épisode de Vichy, il faut restaurer un régime républicain légitime et solide.
 

Info

Élaboré en mars 1944, le programme du Conseil national de la Résistance pose les bases de l’organisation politique et sociale de l’après-guerre.

  • Les décideurs politiques, issus en grande partie des mouvements de Résistance, s’inspirent du programme du Conseil national de la Résistance (CNR). Ils bénéficient du contexte des Trente Glorieuses (1945-1973), marqué par une forte croissance économique (5 % en moyenne annuelle), et profitent de l’aide financière et matérielle du plan Marshall à partir de 1948.

2. Un État keynésien

 

Info

L’économiste John Maynard Keynes préconise l’intervention de l’État dans l’économie.

  • De 1944 à 1946, l’État entreprend une première vague de nationalisations dans des secteurs stratégiques : l’énergie, les transports, les banques et assurances. Il s’assure ainsi le contrôle de secteurs clés de l’économie.
  • Dès 1945 est créé un commissariat général du Plan pour mettre en œuvre une planification indicative, fixant objectifs et priorités de production. L’INSEE (Institut général de la statistique et des études économiques) fournit quant à elle les données chiffrées nécessaires.
  • Dans les années 1960, sous la houlette du général de Gaulle, l’État étend ses prérogatives : il lance de grands programmes industriels dans les domaines nucléaire, aéronautique (Concorde), aérospatial et informatique (plan Calcul) ; avec la DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), il initie de grands plans d’aménagement (villes nouvelles, aménagements touristiques).

3. Un État-providence, une administration moderne

 

Définition

Un État-providence cherche à réduire les inégalités sociales par la redistribution des richesses.

  • Dès 1945 est créée la Sécurité sociale, qui protège les salariés face aux risques de la vie (maladie, chômage, vieillesse). En 1947 sont créés les HLM (habitations à loyer modéré), qui marquent le début d’une véritable politique de logement.
  • En 1946, le statut général des fonctionnaires garantit l’emploi et les droits des agents de l’État (droit syndical, droit de grève). À partir de 1945, l’ENA (École nationale d’administration) permet la formation d’une haute fonction publique.

4. La mise en œuvre d’une politique scolaire et culturelle

  • L’État soutient la démocratisation et la massification de l’enseignement, liées au baby-boom : la scolarité obligatoire est prolongée de 14 à 16 ans en 1959 ; en 1963 sont créés les CES (collèges d’enseignement secondaire).
  • L’État favorise la démocratisation et la diversification des pratiques culturelles. En 1959, André Malraux prend la direction d’un nouveau ministère des Affaires culturelles ; à partir de 1961 se multiplient les maisons de la culture sur tout le territoire.
  • Grâce à l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), fondée en 1964, l’État garde le quasi-monopole de la diffusion de l’information audiovisuelle ; c’est un moyen de contrôle de l’opinion publique.

II. Des années 1970 à nos jours : un État en repli ?

1. De multiples facteurs de repli

 

Attention !

Ce contrôle prend fin en 1981 avec l’arrivée de la gauche au pouvoir.

  • Dès la fin des années 1960, le rôle de l’État est contesté par une partie de l’opinion publique. Le mouvement étudiant de mai 1968 remet en cause le contrôle public de l’audiovisuel.
  • La crise économique qui touche le pays à partir de 1973 remet en cause l’action économique et sociale de l’État. De plus, les politiques keynésiennes sont contestées par les théories libérales à partir de la fin des années 1970 aux États-Unis et au Royaume-Uni.
 

Info

Par exemple, la politique monétaire pilotée par la Banque centrale européenne échappe à l’État français.

  • À partir des années 1980, la mondialisation réduit les marges de manœuvre de l’État au profit des firmes transnationales. À partir des années 1990, l’accélération de la construction européenne réduit sa souveraineté (ex. : traité de Maastricht en 1992).

2. Un acteur économique en déclin

  • À partir de 1976, le gouvernement libéral de Raymond Barre mène une politique d’austérité budgétaire qui vise à diminuer les dépenses de l’État pour relancer la croissance. En 1983, les gouvernements socialistes poursuivent cette politique.
  • Dès 1986, une première vague de privatisations remet en cause le contrôle de l’État sur l’économie ; en 1993, cette politique est relancée.

3. Le maintien du rôle social et culturel de l’État

  • Pour lutter contre les effets d’un chômage de masse, l’État choisit d’aider les plus vulnérables : en 1988 est créé le RMI (revenu minimum d’insertion) ; en 2000 la CMU (couverture maladie universelle). Dans un pays à la natalité dynamique, l’État continue d’accompagner la démocratisation et la massification de l’enseignement : la loi Haby (1975) créé le collège unique ; en 1984 est fixé l’objectif de 80 % d’une classe d’âge titulaire du baccalauréat pour 2000.
 

Gagnez des points !

Il s’agit des « grands travaux » présidentiels comme la construction du Grand Louvre ou de l’opéra Bastille.

  • Dans les années 1980, sous la houlette du président François Mitterrand, l’État poursuit une politique culturelle ambitieuse (lancement de grands chantiers à Paris et en province, soutien public aux festivals artistiques). Par la suite, son investissement diminue.

4. De grandes réformes institutionnelles et sociétales

  • Une politique de décentralisation est mise en œuvre en 1982-1983 puis relancée en 2003-2004. Elle se traduit par le transfert de compétences de l’État vers les collectivités territoriales (communes, départements, régions). Ainsi, dans le domaine scolaire, si l’État conserve la responsabilité de la définition des programmes et du recrutement des enseignants, la construction et l’entretien des locaux sont de la compétence des communes (pour les écoles maternelles et primaires), des départements (pour les collèges) et des régions (pour les lycées).
  • L’abaissement de la majorité de 21 à 18 ans (en 1974), l’adoption du quinquennat (en 2000) et la loi sur la modernisation des institutions (en 2008) contribuent à la démocratisation de la vie politique. Cependant, le niveau élevé de l’abstentionnisme depuis les années 1980 reflète une désaffection des Français vis-à-vis de la chose publique (ex. : 70 % d’abstention au référendum sur le quinquennat). En effet, les grands partis qui accèdent aux responsabilités gouvernementales (Parti socialiste, Union pour un mouvement populaire) peinent à mobiliser leurs électeurs ; au contraire, le Front national capte une partie de leur électorat traditionnel (ex. : élections présidentielles de 2002).
  • De grandes réformes sociétales répondant aux aspirations des citoyens sont également menées : en 1975 est votée la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse ; en 2013 est adoptée la loi sur le mariage pour tous.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, de 1946 à aujourd’hui, on assiste au renforcement puis au déclin du rôle de l’État : on passe en somme d’un État keynésien à un État libéral. Cependant, l’État garde encore de larges prérogatives dans les domaines social et culturel.

[Ouverture] Peut-être la cote de popularité extrêmement faible de l’actuel chef de l’État reflète-t-elle le déclin, perçu par l’opinion publique, du rôle de l’État.