Guillaume Apollinaire, "Adieu", Poèmes à Lou

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens - L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

Oral • Écriture poétique

Corrigé

39

Sujets d’oral

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Sujet d’oral n° 3

Écriture poétique et quête du sens

> Analysez l’originalité de cette étrange lettre d’amour.

Document

Adieu

Le 6 décembre 1914, Apollinaire, engagé volontaire, est affecté à Nîmes. En janvier et février 1915, il entretient avec sa maîtresse Louise de Coligny-Châtillon, qu’il appelle Lou, une correspondance régulière.

Adieu

’amour est libre il n’est jamais soumis au sort

Lou le mien est plus fort encor que la mort

n cœur le mien te suit dans ton voyage au Nord

ettres Envoie aussi des lettres ma chérie

n aime en recevoir dans notre artillerie

ne par jour au moins une au moins je t’en prie

entement la nuit noire est tombée à présent

n va rentrer après avoir acquis du zan

ne deux trois À toi ma vie À toi mon sang

a nuit mon cœur la nuit est très douce et très blonde

Lou le ciel est pur aujourd’hui comme une onde

n cœur le mien te suit jusques au bout du monde

’heure est venue Adieu l’heure de ton départ

n va rentrer Il est neuf heures moins le quart

ne deux trois Adieu de Nîmes dans le Gard

4  fév. 1915

Guillaume Apollinaire, « Adieu », Poèmes à Lou,
© Éditions Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1990.

Préparation

> Tenir compte de la question

  • La question vous suggère déjà le plan de la réponse à travers ses mots clés : « lettre » et « amour ».
  • Vous devez utiliser ces mots dans les intitulés de vos axes.

> Trouver les idées directrices

Utilisez les pistes que vous ouvre la question, mais composez aussi la « définition » du texte.

Poème en vers acrostiche / lettre (genres) qui argumente sur (type de texte) le besoin vital du poète de recevoir des lettres (thème), lyrique, élégiaque, pathétique, un peu humoristique (registres), nostalgique, passionné (adjectifs), pour déclarer son amour, demander des lettres et exprimer son angoisse (buts).

Première piste : la lettre d’un poète

  • Repérez les éléments caractéristiques de la lettre présents dans le poème : forme, contenu et objectifs.
  • Quels éléments indiquent qu’il s’agit de la lettre d’un poète ?

Deuxième piste : le lyrisme amoureux

Il s’agit d’un poème inhabituel dans sa forme, mais au thème connu : celui de l’adieu amoureux.

  • Quelles sont les marques du lyrisme ? Comment Apollinaire exprime-t-il sa passion ?
  • Quelle image de la femme aimée se dessine ?

Troisième piste : tristesse et angoisse

Deux sentiments se conjuguent : l’amour et l’inquiétude, ou la tristesse du départ.

  • À quoi voit-on qu’il s’agit de la lettre d’un soldat ? Comment se marque son angoisse ?
  • Comment le poète rend-il implicitement sa nostalgie et sa tristesse, voilées dans cet adieu ?

Attention ! Appuyez votre analyse sur une étude de l’écriture poétique (rimes, rythmes, images…), mais ne séparez pas fond et forme : la forme est au service du fond. Dans vos remarques, partez d’idées émises sur le texte et non de procédés stylistiques.

Pour bien réussir l’oral : voir guide méthodologique.

La poésie : voir lexique des notions.

Présentation

Introduction

Apollinaire, étroitement associé aux courants artistiques du début du xxe siècle, est un poète profondément novateur. Ami de Picasso et proche des cubistes, il fait passer dans ses poèmes le souffle de l’esprit nouveau, tout en s’inscrivant – de toute sa sensibilité, souvent blessée – dans le courant de la tradition lyrique. En août 1914, sa mobilisation le sépare de Lou (Louise de Coligny), qu’il connaît depuis peu et dont il s’est épris. Alors qu’il est encore en garnison à Nîmes, dans le sud de la France, Lou le rejoint pour une brève rencontre. Après son départ, il lui adresse le poème « Adieu », lettre originale où il l’assure de l’intensité de son amour, renforcée par les menaces que fait peser sur eux la guerre.

I. La lettre d’un poète/un poème en forme de lettre

1. Une lettre

  • Le poème d’Apollinaire prend la forme d’une lettre et emprunte plusieurs des caractéristiques formelles du genre épistolaire : l’expéditeur – Apollinaire – indique en haut à droite le lieu d’où il écrit et la date à laquelle il écrit (« Nîmes, 4 février 1915 »). Dans le cours du poème est aussi signalé l’endroit où se trouve(ra) la correspondante (« ton voyage dans le Nord »). Il conclut sa « lettre » par un « Adieu » et une formule de prise de congé très sobre, en style presque télégraphique, qui précise de nouveau le moment et le lieu de l’énonciation (v. 14 : « Il est neuf heures moins le quart » et v. 15 : « Adieu de Nîmes dans le Gard »).
  • Sa lettre suit le canevas habituel des lettres et cartes postales. Le poète donne des nouvelles de sa vie quotidienne, confie des détails prosaïques, comme ce passage à la confiserie pour adoucir sa peine par une sucrerie : « On va rentrer après avoir acquis du zan » (v. 8). Il demande aussi des lettres en retour : « Envoie aussi des lettres… » (v. 4).
  • Il s’exprime alors sur le ton familier habituel dans une lettre à un intime. Il nomme la destinataire (« Ô Lou », v. 2, v. 11), qu’il tutoie (« À toi… », v. 9) et réduit la demande qui lui tient tant à cœur à sa plus simple expression : une phrase nominale (« Lettres », v. 4). Au pronom « nous », il préfère l’indéfini « on » (v. 5), moins soutenu, et il conclut la strophe par une formule d’insistance rejetée à la fin de la phrase, qui a toute la vivacité d’une vraie conversation (« je t’en prie », v. 6).

2. Mais la lettre d’un poète

Cette lettre originale est aussi l’œuvre d’un poète.

  • Elle offre les caractéristiques formelles habituelles en poésie : des alexandrins organisés en tercets aux rimes suivies (aaa, bbb, ccc…). Apollinaire reprend même, en construisant son poème sur le principe de l’acrostiche, une des formes poétiques de la tradition médiévale.
  • Mais il y introduit la fantaisie etl’originalité de l’esprit nouveau par le jeu d’un nom-calligramme qui formerait à cinq reprises, un portrait cubiste – ou du moins stylisé – de Lou, dont le L représenterait le front, le O les yeux et le U couché la bouche.

II. Une lettre d’amour

Cette lettre est d’abord une déclaration d’amour : c’est sur ce mot que s’ouvre le poème.

1. L’amour en calligramme

  • Apollinaire répète avec ferveur le nom de Lou, comme une invocation (v. 2 et 11) pleine de vénération.
  • Le procédé de l’acrostiche lui permet d’assurer l’omniprésence de la femme aimée par la reprise du prénom-calligramme qui reproduit, comme visuellement, son visage à la manière cubiste.

2. Le langage du « cœur »

  • Il multiplie les mots de tendresse : « ma chérie » (v. 4), « mon cœur » (v. 10) et évoque son amour par la synecdoque habituelle aux amants : « un cœur, le mien » (v. 12). Mais il renouvelle ce tour qui pourrait être banal, en donnant à son cœur la vie propre d’un fidèle compagnon de Lou dans ses voyages, alors que lui poursuivra sa vie solitaire.
  • Son exaltation lyrique se marque dans la tournure hyperbolique : « Un cœur, le mien, te suit jusques au bout du monde » (v. 12) ou la déclaration liminaire du poème : « L’amour est libre il n’est jamais soumis au sort », en forme de vérité générale grâce au présent et à l’adverbe intensif « jamais ».
  • Il fait à Lou les serments les plus solennels (« À toi ma vie ! À toi mon sang ! », v. 9) : le rapprochement de la première et de la deuxième personne (« toi », « mon ») dans cette double exclamation fiévreuse proclame l’union indéfectible des amants.

3. Le portrait poétique de la femme aimée

  • Le pouvoir, quasi magique, de la jeune femme irradie la nature, qu’elle métamorphose, imprègne de sa grâce : lorsque Apollinaire pense à Lou, « la nuit noire » (v. 7) devient « très douce et très blonde » et « le ciel est pur […] comme une onde » (v. 10).
  • La fusion des éléments (le ciel est comparé à l’eau, principe féminin) et la personnification de la nuit en créature féminine, tout ramène le poète à Lou, et la strophe s’adoucit avec des rimes féminines et les sonorités assourdies de « blonde », « onde » et « monde ».

III. Un amour menacé par la guerre

Mais cet amour est menacé, et l’intensité du lyrisme le dispute à l’angoisse de la séparation, qui affleure sous les remarques détachées du poète. Le titre du poème « Adieu » résonne comme un cri désespéré dans le contexte de la guerre.

1. Le simple soldat

Sans poser au héros, le poète accepte son devoir militaire et c’est très discrètement qu’il évoque sa situation de simple soldat : s’il mentionne l’arme à laquelle il appartient (l’« artillerie », avec une légère touche patriotique apportée par le possessif « notre », v. 5), il se fond dans la foule de ses camarades (recours au pronom personnel indéfini « on ») qui, eux aussi, attendent des nouvelles de leurs proches.

2. Un « adieu » : l’inquiétude omniprésente

  • Les moments de bonheur des brèves retrouvailles entre le poète et la femme aimée n’ont fait que reléguer à l’arrière-plan la menace qui pèse sur le poète et sur son amour. C’est pour conjurer le « sort » (v. 1), qu’il revendique la supériorité et la liberté de l’amour.
  • Quand le poète fait allusion à « la mort » (v. 2), quand il offre à Lou sa « vie », son « sang » (v. 9), ces mots prennent un relief prémonitoire : quelques mois plus tard, grièvement blessé, il échappe de peu à la mort mais, affaibli par sa blessure, il succombe lors de l’épidémie de grippe espagnole en novembre 1918.
  • Le dernier vers, avec le « Une deux trois » pourrait évoquer le retour à la caserne du poète lourd de tristesse, afin de ne pas être en retard à l’appel du soir (« Il est neuf heures moins le quart »), avant un dernier « adieu ».

Conclusion

Entre jeu formel et familiarité du ton, entre effusion lyrique et angoisse à peine voilée, Apollinaire évoque avec délicatesse, humour et la plus fine sensibilité quelques-uns des thèmes humains universels, l’amour, la guerre, l’angoisse de la séparation.

Entretien

Question

L’examinateur pourrait débuter l’entretien par la question suivante.

Quelles vous semblent être les fonctions de la poésie ?

  • Il s’agit d’une question de cours.
  • Mais il ne faut pas le « réciter » purement et simplement. Vous devez expliquer et alimenter chaque remarque d’exemples personnels qui l’illustrent.

Pour réussir l’entretien : voir guide méthodologique.

La poésie : voir lexique des notions.

L’entretien pourra se poursuivre dans diverses directions, par exemple :

Quelle définition donneriez-vous du poète ?

Quel est votre poète préféré ? Justifiez votre réponse.

Préférez-vous les poèmes en vers ou les poèmes en prose ?

Pouvez-vous citer dix noms de poètes ?

Pistes pour répondre à la première question
(à alimenter d’exemples personnels)

La poésie peut avoir plusieurs fonctions :

  • décrire : le poète latin Horace définit la poésie comme une « peinture » ;
  • traduire les sentiments et les émotions (poésie lyrique) ;
  • recréer le monde en en « dévoilant » les faces cachées, ou créer un monde nouveau ;
  • mettre en valeur et défendre des idées politiques ou sociales (poésie engagée) que la poésie permet d’exprimer avec plus de force et d’intensité.
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