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Hugo, Notre-Dame de Paris

LE ROMAN

Les lieux, miroirs des sentiments… • Commentaire

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6

Afrique • Juin 2017

Le personnage de roman • 14 points

Les lieux, miroirs des sentiments des personnages

Commentaire

Vous ferez le commentaire de l'extrait de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo (document A), en vous aidant du parcours de lecture suivant.

1. Vous analyserez les relations entre Quasimodo et les autres hommes.

2. Vous montrerez que le lieu permet à Quasimodo de rester humain.

Se reporter au texte de Hugo.

Les clés du sujet

Trouver les idées directrices

Inspirez-vous des pistes qui vous sont données.

Définissez les caractéristiques du texte pour trouver les axes.

Extrait de roman (genre) qui décrit (type de texte) la cathédrale Notre-Dame-de-Paris (thème), lyrique (registre), contrastée, émouvante, merveilleuse, poétique (adjectifs), pour compléter le portrait de Quasimodo, pour condamner l'attitude des hommes, pour rendre compte de l'état d'esprit de Quasimodo, de ses rapports avec la société et avec son lieu de vie, et pour émouvoir le spectateur (buts).

Pistes de recherche

Première piste : Quasimodo, un marginal exclu

Les hommes : relevez et analysez les mots et expressions qui désignent et caractérisent les hommes. Dans quelles attitudes sont-ils présentés ?

Quasimodo : quelles sont les conséquences de l'attitude des hommes sur Quasimodo ? Quelles sont ses réactions face à leur hostilité ?

Deuxième piste : un univers protecteur qui redonne son humanité à Quasimodo

Montrez que le lieu de vie de Quasimodo reconstitue en quelque sorte le monde des hommes.

Montrez que ce lieu permet à Quasimodo de reconquérir les composantes d'un être humain : corps (sensations), affectivité (sentiments), vie sociale, individualité…

Comment Hugo fait-il de ce monde un lieu idyllique, harmonieux (composantes, notations sensorielles, temporelles…) ?

Étudiez les liens qui unissent ce lieu et Quasimodo. Comment Hugo montre-t-il que Quasimodo s'intègre parfaitement au décor ?

Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Un an après Hernani, où il « met en scène » les principes du drame romantique, théâtre conforme aux attentes d'une génération rebelle, éprise d'émotions fortes, Hugo écrit Notre-Dame de Paris. Ce roman médiéval répond aux goûts des jeunes romantiques en quête d'évasion dans des temps révolus, mais Hugo y exprime aussi ses convictions, son empathie pour les malheureux, les exclus : enfants maltraités, prostituées, victimes d'injustices, jusqu'aux êtres vivants à tort redoutés – araignées, crabes… Hugo ne conçoit le monde qu'à travers l'opposition entre le bien et le mal, le faible et le fort. [Présentation du texte] Cette vision manichéenne du monde s'incarne dans la présentation du cadre où vit Quasimodo. [Annonce des axes] Le sonneur de cloches monstrueux de Notre-Dame, rejeté par les hommes [I], retrouve son humanité par la grâce de la cathédrale [II].

I. Quasimodo : un marginal exclu

Quasimodo, être difforme, a grandi rejeté par les hommes.

1. Les « camps » en présence

Pour Quasimodo, les hommes sont des ennemis. Il n'a connu de leur part que des attitudes négatives, comme l'indiquent le champ lexical de l'affectivité des premières lignes (« haine », « méchanceté ») et la métaphore ­guerrière de cette haine assimilée à une « arme » qui l'a « blessé ». Cette hostilité ­s'exprime parfois par la dérision méprisante, un simple éclat « de rire au nez » du malheureux.

définitions

L'anaphore est la répétition d'un mot (ou d'un groupe de mots) au début de plusieurs phrases (ou vers) pour insister sur une idée, produire un effet de symétrie.

L'asyndète désigne l'absence de mots de liaison.

Deux camps s'affrontent, de force et de dimensions inégales : celui des hommes, bloc anonyme désigné par des pronoms indéfinis (« on », « quelqu'un »), des termes globalisants (« la méchanceté générale », « la société ») et celui de la victime, isolée par sa monstruosité, montrée du doigt par l'anaphore de « il » et l'asyndète dans le premier paragraphe.

Les « amis » de Quasimodo. Mais si le bossu est isolé par sa différence au début du texte, il trouve dans la cathédrale des soutiens de plus en plus nombreux ; le rapport de force s'inverse, marqué par un pluriel qui se généralise pour désigner ses nouveaux « amis » (« il leur ressemblait », « elles raillaient plutôt les autres hommes »). À la différence de ses ennemis humains indifférenciés, les alliés de Quasimodo ont une identité diverse et contrastée : ce sont des « saints, des rois, des évêques » mais aussi des « monstres » et « des diables »… Hugo en fait l'énumération sur un rythme binaire équilibré qui reproduit la paix retrouvée de Quasimodo : « Les saints étaient ses amis, et le bénissaient ; les monstres étaient ses amis, et le gardaient. »

En donnant asile à Quasimodo, la cathédrale et ses statues de pierre se comportent en bons chrétiens et rendent encore plus odieux le manque de charité des humains de chair et d'os : c'est dans Notre-Dame que le bossu trouve des frères « bienveillants », sans « haine ». Même les « diables » sont charitables envers cet être aussi difforme qu'eux.

2. Misère et solitude de Quasimodo

Quasimodo vit d'abord dans une grande détresse affective, soulignée par les adverbes « solitairement », « misérablement », la mention de la « peur » qui l'habite, les tournures négatives des phrases des premières lignes, la pitié que lui témoigne Hugo quand il décrit métaphoriquement les « pauvres ailes reployées » de l'âme du bossu.

Il fait ensuite preuve d'un certain fatalisme marqué par le « après tout » qui ouvre le deuxième paragraphe et introduit une sorte de discours indirect libre.

[Transition] On entre alors dans le nouvel état d'âme de Quasimodo : exclu du monde des hommes, il a pris son parti de partager sa vie avec ce monde de pierre, plus accueillant que le cœur de pierre des humains.

II. Un univers de pierre qui rend son humanité à Quasimodo

Le vaisseau de pierre de Notre-Dame redonne à Quasimodo toute son humanité.

1. Quasimodo retrouve son humanité

La cathédrale est un monde à part entière. Le groupe ternaire « société, univers, nature » métamorphose et amplifie la cathédrale. Quasimodo y retrouve une hiérarchie sociale et religieuse avec ses « rois », ses « saints », ses « évêques ». Ces « figures de marbre » s'animent pour lui et ce monde minéral devient un univers naturel, avec ses tours « montagnes », sa végétation de « vitraux », qui domine « l'océan de Paris qui brui[t] ».

Dans la cathédrale, Quasimodo retrouve des sensations et des sentiments humains. Il « caress[e] » les cloches. Il a accès à une vie sociale, intellectuelle, affective : « il parlait », « il comprenait »… Le réseau lexical de l'affectivité évoque les sentiments positifs qui animent le bossu : les statues sont ses « amis », il éprouve de la « tendresse », « rêv[e] » et se laisse aller à des « épanchements » ; il « aim[e] » la cathédrale et ses cloches ; une métaphore inattendue l'assimile à un « amant surpris dans sa sérénade ».

Il accède à une forme de spiritualité (son « âme » se réveille) : il existe comme un être à part entière, unique, et les cloches ne chantent « que pour lui ». Les métaphores empruntées au domaine de la filiation suggèrent qu'il appartient à une étrange famille : la cathédrale, « édifice maternel », l'a adopté comme une mère ; lui-même, sonneur des cloches qui l'ont rendu sourd, est curieusement assimilé à un père : il les aime comme ces « mères » qui aiment souvent le mieux « l'enfant qui les a fait le plus souffrir ».

Ami, amoureux, fils et père… Quasimodo a retrouvé une pleine humanité : familiale, sociale, affective et intellectuelle.

2. Un monde idyllique ?

Un monde de beauté et d'harmonie. La cathédrale, œuvre humaine et minérale, participe de la puissance divine qui la métamorphose en un raccourci de la création. Par le biais des métaphores, les éléments naturels, les règnes ­animal, végétal, minéral s'y mêlent : les vitraux deviennent « des espaliers » « en fleur », les sculptures des chapiteaux sont des « touffes » de « feuillages », les cloches chantent dans la « cage » des tours comme des « oiseaux » et les tours colossales se dressent comme des « montagnes ». Des jeux de lumières et d'« ombrages » et toute une musique de bruits divers animent l'édifice : chant des cloches, « carillon de l'aiguille » et rumeur d'« océan » de Paris, au pied de Notre-Dame.

Un monde luxuriant et éternel. La générosité, l'abondance de « l'édifice maternel » de la cathédrale sont rendues par les pluriels et les accumulations du deuxième paragraphe pour évoquer les statues qui peuplent la cathédrale. Le troisième paragraphe se déploie dans une période rythmée par la répétition de « d'autre » qui renvoie au sentiment de plénitude ressenti par Quasimodo. Dans ce lieu divin, le temps est comme suspendu ou éternel, ainsi que le suggèrent les notations de durée : les vitraux sont « toujours » en fleur et Quasimodo lui-même vit selon ce rythme intemporel : il passe des « heures entières » dans de « longs épanchements » auprès des statues qui l'aiment et le comprennent…

Quasimodo se fond dans ce monde naturel. Par un double mouvement inversé, dans ce monde les objets s'animent et Quasimodo, lui, le monstre qui s'est humanisé en s'assimilant totalement à cet « édifice maternel », connaît une dernière métamorphose tant les pouvoirs de la cathédrale sont miraculeux : ne devient-il pas à son tour un animal qui vit dans une « caverne », sublimé en oiseau par la métaphore de son « âme » dont les « pauvres ailes » peuvent enfin se déployer pour des moments de vrai bonheur ?

Conclusion

[Synthèse] Cet extrait présente les deux personnages centraux du roman : la cathédrale et son hôte difforme, dont elle a éveillé la sensibilité. Le décor est mis en place pour accueillir les autres personnages et la succession de péripéties qui vont rapprocher jusque dans la mort Quasimodo et la jeune bohémienne Esméralda, exclue comme lui. [Ouverture] Aujourd'hui, c'est le dessin animé de Walt Disney, Le Bossu de Notre-Dame, qui perpétue la popularité du roman de Hugo sans vraiment le trahir. En effet, malgré son dénouement optimiste, le film préserve l'essentiel : la figure humanisée du bossu, l'ampleur impressionnante de la cathédrale qui domine Paris de ses tours et de ses gargouilles. Disney a su moderniser et concilier le « grotesque » et le « sublime » tels que les concevait Hugo, les deux faces comique et tragique du monde et de la vie.

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