Imaginez ce que Des Grieux aurait pu dire pour raconter les derniers instants de Manon

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Écriture d'invention | Année : 2015 | Académie : Antilles, Guyane

 

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Antilles, Guyane • Septembre 2015

Séries ES, S • 16 points

Faire mourir son personnage ?

Écriture d’invention

L’abbé Prévost fait dire à Des Grieux, aux lignes 13 à 17 du document A, qu’il est trop bouleversé pour décrire ses sentiments et pour raconter les tout derniers instants de Manon. Remplacez ce paragraphe de quatre lignes par un texte dans lequel vous imaginerez ce que Des Grieux aurait pu dire s’il s’en était senti la force.

Se reporter au document A reproduit ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « Des Grieux », « raconter/décrire » / « remplacer ce paragraphe » : extrait [rajouté] du roman de « l’abbé Prévost ». Respectez les caractéristiques formelles de ce roman.

Sujet : « les tout derniers instants » = l’agonie et la mort ; « les sentiments » de des Grieux.

Type de texte : narratif, descriptif.

Situation d’énonciation : un narrateur-personnage raconte a posteriori un événement de sa vie (indices personnels de la première personne) à un lecteur qu’il vouvoie.

Registre : non précisé, mais à déduire du texte de Prévost.

« Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Extrait de roman (genre), qui raconte (type de texte) l’agonie de Manon (thème), dramatique, pathétique, tragique, lyrique (registre), bouleversant (adjectif), pour traduire des sentiments du narrateur-personnage, montrer les derniers instants de l’héroïne et émouvoir le lecteur (buts).

Chercher des idées

Le fond

Vérifiez que le texte s’insère bien à la place du texte de Prévost, que les « raccords » fonctionnent bien.

« ses dernières expressions » : paroles brèves (Manon a du mal à parler), marquées par l’émotion – exclamations, phrases courtes, interjections, vocabulaire de l’amour, du regret, du remords…

« Les marques d’amour » de Manon se traduisent par des gestes, par l’expression du regard.

Les « sentiments » de des Grieux se déduisent du texte : désespoir, désir de réconforter, effroi, remords, appel à Dieu…

La forme

Cohérence avec le texte de Prévost : conservez les temps verbaux utilisés dans le texte du corpus (passé simple, imparfait).

Des Grieux utilisera les procédés du pathétique et du lyrisme (hyperboles ; anaphores ; gradations ; vocabulaire de l’amour, de la souffrance, de la mort, du destin, du regret ; apostrophes à Manon, à Dieu ; interjections ; exclamations, questions rhétoriques ; syntaxe désordonnée).

Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Voici un extrait de devoir possible. À l’examen, il faudra développer davantage.

Astuce

Certaines phrases du devoir sont inspirées de la mort de Pauline dans l’œuvre du même nom d’Alexandre Dumas. Vous gagnerez à vous inspirer des textes que vous avez étudiés en classe pour les « réinvestir » dans vos écritures d’invention.

Son visage prit une telle expression d’effroi que j’en fus effrayé. Je vis, mouillés de larmes, ses yeux qui semblaient m’implorer : « Ô vous qui m’avez suivie jusque dans ce cruel désert, vous qui avez tué pour me garder toute à vous, vous seul pouvez me soustraire à un trépas qui nous séparera à jamais ! »

Je tressaillis de trop bien comprendre sa pensée ! Et, alors que je tentais de la réconforter par un sourire forcé et des caresses brûlantes, je pensais en moi-même : « Hélas ! Dans cette aridité hostile, que puis-je maintenant pour cet ange que Dieu rappelle impitoyablement à lui ? »

Je la pris dans mes bras et pleurai avec elle sur le bonheur que Dieu aurait pu nous accorder et sur le malheur que la fatalité nous avait infligé. Je fis néanmoins un mouvement de prière, qu’elle sembla percevoir.

– Oh ! que je souffre, murmura-t-elle en se raidissant et en portant la main à sa poitrine oppressée. Inutile de prier ! Tu le vois, – ce tutoiement soudain me serra le cœur – la mort est jalouse de notre amour, elle m’envoie la douleur pour me punir de mes errances.

On eût dit qu’elle avait quelque chose à me confier et qu’elle n’osait le faire. Mais ses lèvres adorées que la chaleur étouffante avait desséchées ne surent qu’exhaler un faible râle de douleur.

– Oh Manon ! Manon ! m’écriai-je en la serrant convulsivement, ne parlez pas ainsi, vous me tuez. Vous vivrez !

Je pris sa chère tête et la posai sur mon épaule : je sentais son souffle haletant sur ma joue et son cœur bondir sous les assauts de la fièvre. J’approchai mes lèvres de son front brûlant ; elle jeta ses bras autour de mon cou et, les yeux hagards, alors que fou d’amour je la contemplais :

– Pourquoi me dévisages-tu ainsi ? Où sont mes parures d’autrefois ? Qui m’a pris ma grâce et mes atours ? Suis-je belle encore ?

– Belle comme une aurore…

Je retrouvai là avec bonheur ma chère Manon d’autrefois, la Manon coquette et fière qui aimait les bals et les folies de la jeunesse, ma « belle » Manon, et, à force de fixer les yeux sur elle, il me sembla la voir s’animer à nouveau, dans ses fous rires et ses robes précieuses qui m’avaient fait perdre la tête. Pris d’un espoir insensé, je la crus revenue à la vie :

– Je vous regarde pour vous voir le plus possible, je vous regarde pour vous redonner la force de vivre, je vous regarde parce que je vous aime !

Attention

Quand l’écriture d’invention n’a pas de fond argumentatif, le style et l’expression priment. Il vaut alors mieux un texte assez bref mais bien écrit, avec les figures de style appropriées !

– Mon chevalier…

Ce nom, prononcé dans un souffle, me fit tressaillir…C’était bien elle, amaigrie, dans des haillons indignes de sa beauté… Ne pouvant parler, elle saisit la manche de ma chemise, s’y agrippa pour coller ses lèvres aux miennes, poussa un cri, se renversa et ferma ses yeux adorables. Je tentai de recueillir son dernier soupir, mais en vain !

Vous n’éprouverez jamais, j’espère, le supplice atroce de sentir sous vos lèvres s’échapper lentement la vie trop tôt ravie de l’être que vous avez chéri le plus au monde, pour qui vous auriez donné la vôtre et que vous ne retrouverez que dans les amères images de votre passé…