Imaginez la scène suivant l’extrait de l’acte II de La Sauvage d'Anouilh

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : L'écriture d'invention
Année : 2013 | Académie : Antilles, Guyane
Corpus Corpus 1
Misère d’hier et d’aujourd’hui

Misère d’hier et d’aujourd’hui • Invention

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Question de l’homme

44

Antilles, Guyane • Septembre 2013

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Imaginez la scène suivant l’extrait de l’acte II de La Sauvage (texte D).

Thérèse et son père sont partis. Rédigez le monologue de Florent, resté seul en scène. Il réagit à ce que lui a dit Thérèse et exprime ses sentiments pour elle. Il ne renonce pas à son désir de l’épouser et envisage ce qu’il pourra faire ou lui dire pour la convaincre.

Se reporter au document D du sujet no 41.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Forme du texte à produire : « monologue » de théâtre. Respectez-en les caractéristiques formelles (nom du personnage, éventuelles didascalies). N’écrivez pas un dialogue.
  • Sujet/thème du texte : « ce que lui a dit Thérèse » : le monologue fait référence à la scène d’Anouilh ; « ses sentiments pour elle », « épouser » → l’amour, le mariage.
  • Type de texte : Les mots « réagit, sentiments, désir » suggèrent que le monologue comporte des réflexions marquant un retour sur soi et sur l’épisode vécu. « Ne renonce pas /convaincre… » indique que le texte est explicatif d’une part, argumentatif d’autre part.
  • La thèse est : Elle aurait (tu aurais) raison de m’épouser.
  • Situation d’énonciation : Qui ? Florent qui devient « je » (1re personne). À qui ? à lui-même, mais aussi à Thérèse (même absente) et au public.
  • Niveau de langue : courant (à calquer sur le texte d’Anouilh).
  • Le registre n’est pas indiqué. Mais la scène d’Anouilh, la consigne (« exprime ses sentiments », « convaincre ») suggèrent le lyrisme (ton enthousiaste, voire pathétique.)
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Monologue (genre), qui exprime (type de texte) l’amour (thème) et argumente (type de texte) sur le mariage (thème), lyrique (registre), pour exhaler ses sentiments et convaincre Thérèse de lui revenir et de l’épouser (buts).

Chercher des idées

Le fond

Comme il s’agit d’écrire une suite à la scène d’Anouilh :

  • Exploitez les paroles de Thérèse dans cette scène (évocation de son passé, de sa honte…).
  • Respectez la personnalité de Florent.
  • Florent éprouve des sentiments variés : amour, déception, honte, rancune, espoir, désespoir.
  • Pour convaincre Thérèse il faut chercher des arguments : oubli du passé ; renoncement au luxe… Florent peut aussi se contredire et essayer de lui faire voir les bienfaits de la richesse.

La forme

  • Vous devez garder à Florent le style qu’Anouilh lui donne dans sa scène.
  • Pour faire partager son émotion, adoptez un ton lyrique (exclamations, images, répétitions).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Nous vous proposons le devoir d’une élève qui a composé en temps limité.

Florent. – Elle part. Elle me quitte. Elle que j’aime plus tout, elle pour qui je ferais tout, elle qui est tout. Et c’est moi qui l’ai laissée partir. (Il secoue la tête avec désespoir.) Comment la faire revenir ? Que dire ? Je t’aime, Thérèse. Je suis comme Tantale ; tu es tout ce dont j’ai besoin mais tu ne cesses de glisser entre mes doigts. Tu es à portée de main, mais tu es si loin d’ici. Tu es comme un feu follet : belle, vivante, éclatante, sauvage, inatteignable…

Tu dis que je ne comprends pas. C’est vrai, je n’ai jamais connu la pauvreté, je n’ai jamais connu la haine. Mais le désespoir ! Oh, comme je le connais, lui ! Il me tient compagnie, ce soir encore. Tu dis que je ne comprends pas, mais tu as tort. Je comprends. Je te vois, Thérèse. Je te vois petite fille avec ton visage couvert de poussière, criant famine. Et tes yeux qui brillent de convoitise face aux gourmandises de la vitrine du boulanger. Je te vois jeune fille avec ta figure maigre, tes joues rouges de honte pour des bas troués. Et tes yeux au regard creux qui ont perdu tout espoir. Je te vois jeune femme avec ta beauté innocente et pure, le cœur plein de ta misère passée. Et tes yeux au regard torturé qui se détournent de moi. Je te vois et je t’aime.

Mais toi, tu refuses mon amour, parce que tu es fière. Tu étais pauvre et tu as gardé ta fierté de pauvre. Tu le dis toi-même, il faut faire attention à ne pas vexer les pauvres. Ma richesse te vexe, Thérèse ? Tu n’en veux pas ? Eh bien moi non plus je n’en veux pas ! Ces riches étoffes, je n’en veux plus… Ces vases de cristal, je les briserai… Cette argenterie, je la jetterai (il renverse violemment un plateau d’argent). Je te suivrai, je laisserai tous mes biens derrière moi. Nous serons pauvres, mais nous serons pauvres ensemble ! Nous jouerons ensemble : la musique réunit les extrêmes et se rit de la fortune. Elle sera notre seule richesse et nous unira à jamais.

(Il rit amèrement.) Bien sûr, tu me diras qu’il y a entre nous des gouffres que l’amour ne peut surmonter. Car même si j’abandonnais tout, ce ne serait pas assez… parce que je ne suis pas , que je n’ai pas été élevé dans la misère. Mais qu’y puis-je ? Si j’avais pu, moi aussi j’aurais été pauvre, rien que pour être plus proche de toi. Mais je suis et j’ai été élevé dans les richesses et l’opulence. Pendant que tu marchais faire des commissions, je me promenais en calèche… Tu m’as peut-être vu passer un jour, et tu m’as regardé avec envie et un peu de haine, cette haine que, malgré tes déclarations d’amour, je lis encore en toi. Cette haine, c’est aussi elle qui fait que tu me quittes.

Mais que dis-je ? Que je voudrais être pauvre pour toi ? C’est ridicule ! Ta haine vient de ta souffrance, et je refuse que tu souffres. Tu as mal, Thérèse ! Tu es brisée, et moi je veux te faire revivre. Je veux te donner tout ce que tu mérites, t’offrir le meilleur. Tu as assez payé… Que n’es-tu comme ton père ? Pourquoi ne vois-tu pas ce que ma richesse a de bon ? Pourquoi t’obstines-tu à ne voir que le mauvais côté de la vie ? Ne vois-tu pas que je ne souhaite que ton bonheur ? Je t’aime. (Une pause.) Mais je parle tout seul pendant qu’elle s’éloigne ! Elle est peut-être loin, déjà. Je dois la rattraper, lui dire que notre amour est plus fort que tout, la supplier de rester. (Il sort précipitamment.)