Imaginez la suite de l’extrait du Chercheur d’or de Le Clézio (L)

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Antilles, Guyane
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Le poids des épreuves
 
 

Le poids des épreuves • Invention

Roman

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Antilles, Guyane • Juin 2012

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Imaginez la suite de l’extrait du Chercheur d’or de J. M. G. Le Clézio. Vous veillerez à mêler récit, description et monologue intérieur à la manière de l’auteur.

Comprendre le sujet

  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Extrait de roman (genre) qui raconte (type de texte) la lutte d’Antonio avec l’ouragan (thème), décrit (type de texte) le phénomène (thème), rapporte les pensées du personnage, dramatique, pathétique, épique (registres) pour rendre compte de sa peur et de la violence de l’ouragan (buts).

Chercher des idées

  • Vous devez respecter le texte source, ce qui implique de :
  • conserver les temps verbaux et les indices personnels ;
  • inclure le monologue intérieur dans le récit à partir de la focalisation interne, comme dans le texte de Le Clézio ;
  • respecter les traits de caractère de l’enfant : très jeune, confronté au déchaînement des éléments et imaginant le pire pour les siens comme pour lui-même ;
  • analyser et utiliser les figures de style de Le Clézio.
  • Mais vous devez aussi vous montrer inventif :
  • vous pouvez citer d’autres personnages ou en créer ;
  • vous ne devez pas proposer uniquement un prolongement des mêmes émotions mais faire rebondir le récit : ainsi, Antonio peut évoluer et dominer sa peur.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Voici un extrait répondant à la consigne, mais votre copie doit être enrichie : un devoir trop court sera pénalisé.

Un éclair… un éclair qui me découvre le paysage alentour… Et c’est comme si la lumière se faisait dans mon âme. Le bruit est toujours assourdissant, je suis toujours plongé dans l’obscurité, je sens toujours l’odeur âcre de la terre détrempée, j’ai toujours froid, et le goût âpre du sel dissous dans l’air remplit toujours ma bouche. Mais non, il n’y a pas de monstres qui viennent me dévorer. Oui, je suis bien sur l’Étoile… et je ne tremble presque plus.

Comme si cet éclair de lumière avait brutalement chassé la terreur panique qui me submergeait… Je ne ressens plus autant le besoin de crier à l’aide, de lutter contre l’ombre qui m’entoure et de me protéger de l’eau qui dévale et dévaste les collines. Un miracle ? La pensée de ma famille qui m’envoie du courage ? Oui, cet éclair me dit qu’ils sont saufs… Je les retrouverai…

 

Conseil

Pour écrire la suite d’un texte, il faut identifier ses faits d’écriture (ici les questions rhétoriques, les images saisissantes, les apostrophes à des absents), en faire la liste au brouillon et les réutiliser dans l’écriture de votre texte.

Encore un éclair… Il me rassure… Les hommes m’ont abandonné, mais la nature semble me protéger comme une grande sœur. L’eau ne peut pas me faire de mal, après tout : si je tombe, elle me sauvera, elle me portera, moi si léger… Ce bruit assourdissant, c’est une berceuse terrible, mais magnifique. D’ailleurs, Mam ne m’a-t-elle pas dit, après avoir refermé le grand livre rouge, qu’il n’y aurait plus de déluge, que Dieu avait passé un pacte avec les hommes ? Que l’eau ne s’abattrait plus sur le monde pour tuer ? Non, elle ne nous fera pas de mal, j’ai eu tort de m’inquiéter. Et ils sont beaux, ces tourbillons virevoltants, ces volutes ombreuses, ces arabesques venteuses presque magiques.

Je vais sortir de la sucrerie : je ne risque rien, et je verrai mieux ce magnifique spectacle du haut de l’Étoile. Je dois avoir confiance : je ne connais pas bien le chemin, mais je sais que les éléments me guideront. J’avance lentement : le vent me pousse vers le promontoire, il m’aide à avancer. La pluie bat mes tempes, elle me dicte mes pas et rythme mon avancée. Le froid met tous mes sens en éveil, il purifie l’air que je respire. La terre boueuse adhère à mes pieds, elle m’empêche de glisser et me donne un appui sûr.

Me voilà pourtant en haut de l’Étoile, sans plus de difficulté : je vais m’asseoir au bord du promontoire. Je balance mes jambes doucement dans le vide : je ne risque toujours rien, n’est-ce pas ?

J’attends : je guette un nouvel éclair de lumière qui déchirera l’ombre. Je voudrais que Laure et Mam soient avec moi pour profiter de cet instant magique. Mais elles ne comprendraient pas. Je les entends d’ici : Alexis, reviens ! C’est dangereux ! Comme j’aimerais partager ce moment-là avec elles ! Mais, non, je me trompe : elles sont peut-être perdues dans le déluge… Perdues à jamais ? Alors à quoi me servira mon courage tout neuf ? À qui pourrai-je le montrer ?

Alexis ! Recule ! Descends ! C’est dangereux ! Est-ce leurs voix ? Où sont-elles ? Si elles me voyaient, elles me gronderaient… Mais je ne les entendrais pas : je ne suis qu’un regard avide, tendu vers cette immensité obscure qui m’effraie encore et pourtant m’enveloppe, qu’un corps pris d’une sensation de vertige à la fois angoissante et délicieuse. Quel est ce nouveau bruit ? Un éclair ! Un cri… Tout à coup, je sens qu’on empoigne ma main…

« Mais Antonio, tu es fou ? Sortir par un temps pareil ? Tu veux donc mourir ? » Denis ! C’est Denis ! Avec lui, je suis sauvé !

« Denis, mon Denis ! Tu es revenu ? Tu m’as cherché, n’est-ce pas ? Et Mam ? Et Laure ? Et papa ? Morts ?

− Morts ? Oui ! »

Mon cœur éclate ! Mon sang se glace… Impossible !

« Morts, oui… morts d’angoisse, tu comprends ? On vient de rapporter au village les corps des deux vieux pêcheurs du marché. Alors ils te croient mort aussi et parcourent les alentours en hurlant ton nom… »

Recule ! Descends ! C’est dangereux ! C’étaient donc bien leurs voix…

« Suis-moi, misérable héros de pacotille, et ne t’avise plus de faire le malin, de te mesurer aux forces de la nature ! »

Il me guide comme une gazelle à travers le sol trempé, son visage éclairé par les éclairs comme un ange descendu du ciel. Je me sens penaud et coupable… Comment vont m’accueillir Mam, Papa et Laure ? Et ces pauvres bons vieux pêcheurs… Sur mes joues, les larmes se mêlent aux gouttes de pluie…