Imaginez la suite du dialogue, en prose, entre Alceste et Philinte

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
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Le conflit • Invention

Question de l’homme

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Pondichéry • Mai 2013

La question de l’homme • 14 points

Écriture d’invention

> Vous imaginerez la suite du dialogue, en prose, entre Alceste et Philinte. Alceste persiste dans sa vision de la société. Philinte ne la partage pas et s’oppose à lui.

Vous veillerez à utiliser des procédés propres à l’argumentation et respecterez le niveau de langue des personnages.

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour en cerner les contraintes.

  • Sujet du texte : « la vision de la société ». Elle est résumée par Alceste : « Je hais tous les hommes […] parce qu’ils sont méchants et malfaisants ».
  • Genre du texte à produire : dialogue. Respectez les caractéristiques formelles du dialogue de théâtre.
  • Type de texte : « persiste dans sa vision », « ne la partage pas » et « s’oppose à lui » indiquent que le texte est argumentatif. Deux thèses s’affrontent. Thèse 1 : « Les hommes sont méchants et complaisants » ; thèse 2 : « Les hommes ne sont pas méchants et la complaisance peut se comprendre ».
  • Situation d’énonciation : qui ? Alceste et Philinte débattent ; quand ? après la scène de Molière.
  • Niveau de langue : celui d’Alceste et de Philinte.
  • Faites la « définition » du texte.

Dialogue en prose (genre) dans lequel Alceste et Philinte argumentent (type de texte) sur la société (thème) pour peser le pour et le contre sur les mœurs sociales de l’époque et sur le genre humain (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • Quelques arguments et exemples possibles d’Alceste :
  • l’homme est mauvais par nature et ses qualités ne sont que des défauts déguisés ;
  • c’est aussi la société et la civilisation qui ont corrompu l’être humain ;
  • l’hypocrisie et les faux-semblants dominent la société ;
  • il faut revenir à la sincérité qui devait être celle des premiers humains.
  • Quelques citations et références possibles : La Rochefoucauld (« L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ») ; des vers d’Alceste (« Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur / On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur ») ; la tirade de l’hypocrisie de Dom Juan (« L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus »).
  • Quelques arguments et exemples possibles de Philinte :
  • l’homme est un être social et non un animal ;
  • « La parfaite raison fuit toute extrémité, et veut que l’on soit sage avec sobriété. ». C’est l’idéal de l’honnête homme au xviie siècle ;
  • il faut savoir dominer ses émotions et éviter tout excès, générateur de conflits ;
  • la vie en société exige une certaine politesse et des compromis.
  • Le choix du registre : « persiste » et « s’oppose » autorisent le registre polémique au moins du point de vue d’Alceste. Philinte peut par moments prendre un ton didactique.

La forme

Respectez la personnalité des personnages, leur caractère, leur style :

  • l’excès d’Alceste (exclamations, hyperboles, mots péjoratifs, forte subjectivité, etc.) ;
  • la mesure de Philinte (euphémismes, litotes, périphrases, modalisation, maximes, etc.).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La question de l’homme, le dialogue : voir mémento des notions.

Corrigé

Attention

Dans une écriture d’invention qui consiste en une suite de texte, veillez à ce que la première phrase de votre texte s’articule logiquement avec la dernière phrase du texte-source.

Philinte. — Ainsi donc tel est votre vrai dessein, « fuir l’approche des humains », vivre reclus en ermite loin de l’agréable commerce des hommes ? Ne pensez-vous pas que c’est là une attitude bien extrême ? L’homme est un être social. Sommes-nous des animaux ?

Alceste. — Oui, « l’homme est un loup pour l’homme ». Ce n’est pas moi qui l’invente, le latin Plaute l’a dit bien avant moi, et a été suivi en cela de penseurs de renom : Érasme, Rabelais, Montaigne… Vous contesteriez leur autorité ? C’est la société qui corrompt le genre humain.

Philinte. — Vous exagérez ! Si la société ne s’était pas dotée de règles pour faire régner la vie en communauté, nous en serions encore à l’état sauvage, fort cruel, je vous le rappelle !

Alceste. — Les hommes ne sont-ils pas cruels aussi ? Ne se font-ils pas la guerre, tout comme les animaux, et peut-être même bien pire, avec toutes les inventions diaboliques qu’ils inventent pour mieux massacrer leurs prochains ? Mais, oublions la violence physique : certaines paroles sont plus cruelles que les actes et je ne vois pas que les animaux aient quoi que ce soit à nous envier. Tenez, encore tout récemment, on me donnait à lire les œuvres d’un certain La Rochefoucauld, fort en cour pourtant chez les honnêtes gens et auprès de vos courtisans, certaines de ses Maximes résument fort bien ma pensée. Jugez vous-même : « Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés ».

Philinte. — C’est être là bien pessimiste…

Alceste. — Peut-être… Audacieux aussi, car je suis sûr qu’il va faire grand bruit auprès de vos courtisans zélés qui ne vont pas manquer de s’indigner que l’on offense Dieu à travers ses créatures. Je tiens pour moi qu’il faut en toute occasion s’adonner à la sincérité, comme nous l’enseigne la religion chrétienne. Pour moi, je vous l’ai déjà dit, « je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur ». Je ne puis souffrir ces singes de cour qui applaudissent aux pires forfaits… Il me prend alors des envies de…

Philinte. — Modérez vos ardeurs. Un honnête homme doit obéir à la raison et fuir toute extrémité… Soyez sage avec sobriété…

Alceste. — Si c’est là l’honnêteté, alors décidément je renonce au titre d’honnête homme…

Philinte. — Mais convenez avec moi que « toute vérité n’est pas bonne à dire », et que, ce que vous appelez mensonge, est parfois salutaire… La vie en société exige certains compromis et être sincère sans discernement, c’est manquer de respect à notre semblable.

Alceste. — En somme, à vos yeux, la sincérité est un défaut ! Belle leçon de morale !

Philinte. — À votre compte, saluer une personne que vous ne portez pas dans votre cœur d’un simple « Dieu vous garde ! » serait de la duplicité ? Avouez que la politesse a ses avantages ! Elle introduit les bonnes manières entre gens civilisés et évite les conflits.

Alceste. — Non, flatter un fat, vanter les mérites d’un scélérat, fût-il grand seigneur, sourire à tout un chacun… voilà ce que je ne saurais souffrir !

Philinte. — Quel intérêt auriez-vous donc, quand vous conversez avec une personne que vous n’estimez pas, de lui asséner ses quatre vérités simplement pour la gloire d’être sincère ? Dire la vérité à tout le monde, ce serait remettre en cause le fonctionnement de la société qui repose sur ce contrat implicite selon lequel les honnêtes gens s’entendent et se respectent.

Alceste. — Si c’est le prix à payer…

Philinte. — Soit, laissons là la sincérité et permettez que j’achève la pensée que vous avez interrompue. Je disais donc : « encore est-il bien quelques pauvres mortels, dans le siècle où nous sommes qui… », je voulais dire : qui rachètent par leur grandeur d’âme et leur générosité ce misérable genre humain que vous méprisez tant… Comptez-vous pour rien les grands esprits, Pascal, Descartes et tant d’autres qui ont consacré leur vie à éclairer leurs semblables ? « Méchants et malfaisants », dites-vous, un saint Vincent de Paul, aumônier des galériens, des enfants trouvés et des misérables ? « Méchants et malfaisant », La Fontaine et La Bruyère qui ont dénoncé les abus et démasqué les semblables de votre « scélérat » ? Ont-ils pour autant fui dans le désert ?

Alceste. — Non, non, je ne puis être d’accord avec vos compromissions. Ma résolution est prise : je m’en vais sans délai fuir un monde qui offense ma vertu…