Imaginez la suite du texte de Guy Sorman

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Année : 2015 | Académie : France métropolitaine
Corpus Corpus 1
Les personnages non humains

Les personnages non humains • Invention

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Roman

4

France métropolitaine • Juin 2015

Le personnage de roman • 14 points

Écriture d’invention

> Imaginez la suite du texte C (texte de Joy Sorman).

Après avoir été exhibé dans les rues de la ville par son nouveau maître, l’ours échappe à la surveillance de ce dernier et retrouve enfin sa forêt natale.

Vous narrerez ces épisodes en ayant soin d’exprimer les émotions et les pensées du personnage. Vous veillerez à respecter les choix d’écriture du texte initial. Votre texte comprendra une quarantaine de lignes au minimum.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre : extrait de roman. Il s’agit d’une « suite de texte ». Respectez le statut du narrateur (narrateur-personnage qui s’exprime à la 1re personne), le temps des verbes et l’emploi des indices personnels.
  • Sujet/thème du texte : les aventures d’un ours qui s’est enfui.
  • Type de texte : « narrerez » : le texte est narratif.
  • Situation d’énonciation : qui parle ? L’ours, à la 1re personne.
  • Niveau de langue : le même que dans le texte de Sorman, courant.
  • Registre non indiqué, à déduire de l’analyse du texte de Sorman.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Extrait de roman (genre), qui raconte (type de texte) les aventures d’un ours qui s’est enfui (thème), mouvementé puis apaisé (adjectifs), pour mettre en opposition deux conditions de vie, pour compléter le portrait psychologique de l’ours (buts).

Chercher des idées

Les contraintes à respecter

  • Le narrateur est un personnage mi-ours mi-homme : la narration se fait à la 1re personne.
  • Le point de vue : il est interne.
  • Le style (à analyser dans le texte) : simple, avec des phrases courtes, juxtaposées.
  • Le temps du récit est le présent de narration.
  • Les différentes étapes du récit doivent être respectées : d’abord la fuite/évasion, puis le retour/l’arrivée dans la « forêt natale ».
  • Le récit doit rendre compte à la fois de ce que voit l’ours, de ce qu’il ressent (« émotions ») et de ce qu’il pense (« pensées »).
  • Restez dans la logique d’un récit fait par un animal, en tenant compte de ses caractéristiques physiques (« pattes », « grognement »…).
  • Respectez la manière dont les paroles rapportées sont insérées dans le récit (ponctuation peu ordinaire).
  • Reprenez la dernière phrase du texte et racontez la fuite de l’ours jusqu’à « sa forêt natale ».

Les choix à faire

  • Les circonstances dans lesquelles l’ours parvient à s’échapper (un incident, une personne blessée par la foule, l’intervention de la police…), comment il parvient à se libérer de ses chaînes et de sa muselière et retrouve sa forêt.
  • La progression du récit : construisez-le et déterminez-en les étapes.
  • Les émotions de l’ours : quelques pistes : peur d’être vu ou rattrapé lors de sa fuite, apaisement lors de la réussite de la fuite, hésitations dans son itinéraire ; euphorie, sentiment de liberté et bien-être lors des retrouvailles avec la forêt, attendrissement sur ses souvenirs d’enfance, étonnement devant les changements survenus…
  • La description des lieux (la « forêt natale ») : rappelez-en les éléments réels (arbres, lumière…) et l’atmosphère (en contraste avec celle, angoissante, de la ville) : calme, sereine, propice à la réflexion.
  • Les pensées de l’ours : quelques pistes : retour en arrière sur sa fuite et rappel de sa peur ; réflexions critiques sur la cruauté des hommes, sur son maître, sur la civilisation ; éloge de la vie naturelle, de la solitude ; réflexion sur son identité, sur son passé. Il peut même être un peu philosophe !

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Observez

Si vous devez composer la suite d’un récit, respectez-en les caractéristiques et les faits d’écriture : circonstances spatiotemporelles, temps verbaux, statut du narrateur, point de vue, identité/personnalité des personnages…

(« […] le fracas de la rue enfle, bourdonne, ma tête comme une poche qu’on remplit d’eau, ma tête qui gonfle sous l’effet du bruit, une cohue redoublée par ma présence dans ces rues. »)

Alors je deviens fou. J’en oublie les coups qu’on me portait aux flancs il y a dix secondes à peine : je ne me contrôle plus. Je n’entends plus que ce vrombissement vertigineux qui me cerne, m’accule et me fait perdre tout repère… Et c’est le trou noir.

Je reprends peu à peu mes esprits. Le vrombissement s’est arrêté : je suis à nouveau moi-même. Par je ne sais quel miracle, me voilà seul, aux portes de la ville, dans un silence délicieux et rassurant. Mais il ne faut pas trop tarder : mon bourreau ne doit pas être bien loin ! À voir la chaîne rompue qui pend de mon encolure, je devine – plus que je ne me le rappelle – que, dans un accès de folie furieuse, j’ai brisé mes fers brutalement, avec une force inouïe et malgré les efforts de mon bourreau. Celui-ci a dû être pris au dépourvu car, jusque-là, la peur des coups me rendait particulièrement docile…

Je romps là ma réflexion, car du bruit se rapproche. Je me redresse, prêt à fuir le vrombissement qui menace de me rattraper. Je suis aussi terrifié à l’idée de retrouver mon bourreau car, désormais, s’il me rattrape, il veillera au grain… Galvanisé, je me précipite : je passe les portes de la ville à toutes pattes et me laisse porter où mes pas me mènent, sans trop réfléchir. Je commence d’ailleurs à comprendre qu’il n’est plus temps, pour moi, de le faire, si je veux avoir une chance de m’en sortir vivant, et heureux. N’aurais-je tout simplement pas beaucoup trop réfléchi, jusqu’ici, pour mon propre bonheur ?

Quelle joie de courir, nez au vent qui caresse ma fourrure ! Jamais, je crois, je n’ai ressenti une telle sensation de liberté. Qu’elle me semble loin, cette parade atroce que m’a infligée mon bourreau ! Que la nature me semble belle, une fois dépouillée des êtres qui me torturaient tantôt ! Comme l’air me semble plus vivifiant et la terre plus douce sous mes pattes nues !

Quelque peu essoufflé, je finis par m’arrêter ; je m’avise alors que ma course m’a mené… dans la forêt où je suis né – enfin, où je suis apparu, moi, être hybride qui n’a jamais connu de mère ni de père… et qui n’a jamais su exactement ce qu’il venait faire au monde, sinon souffrir. Je jette un coup d’œil circulaire à cette forêt à la fois protectrice et cruelle, ma forêt qui m’a vu naître et qui m’a caché. Je sens qu’il me faut, maintenant, prendre une décision…

Je me permets de revenir sur ce qui m’est arrivé dans la ville, au milieu du bourdonnement infernal qui m’a fait perdre la mémoire. N’était-ce pas là la manifestation ultime de mon évolution ? De la créature humanoïde que j’étais, j’ai pris de plus en plus les traits d’un ours : cette parade n’a donc fait que faire coïncider être et paraître ? Pendant ces quelques moments où j’ai perdu conscience, mon esprit s’est conformé à mon apparence de bête. J’en reste confondu quelques instants, pris de peur et de résignation tout à la fois. Car quel mal y a-t-il à vouloir fuir cette destinée, finalement ? Ce monde cruel, qui m’a maltraité et vendu, pourquoi voudrais-je y rester ? Quelle place pourrais-je y occuper, sinon celle d’une bête fauve à la fois terrifiante et pitoyable ? Revenir à ce qui semble être devenu mon destin désormais parmi les hommes – ces créatures qui s’appellent des hommes ?… Une vie d’exploitation, de misère et de honte à l’idée d’une déchéance que je n’ai pas demandée et certainement pas méritée ? Non, non ! Ma place est ici, dans ces étendues protectrices et simples, où l’on est soi-même… N’ai-je pas assez souffert de cette terrible métamorphose ?

Il me semble que ma forêt natale m’encourage dans ces réflexions. Les branches des arbres bruissent doucement et semblent m’inviter à m’enfoncer plus profondément entre leurs troncs accueillants. Je prends alors finalement ma décision : tournant l’échine à la lisière du bois, je m’avance d’un pas lourd et serein vers son cœur, après un adieu bref, sans regret, au monde qui m’a rejeté.

Et cette fois-ci, c’est de toute mon âme que j’embrasse le trou noir qui me submerge…