Imaginez la tirade d’Hélène, prononcée devant Ménélas, Hécube et le Coryphée.

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Les réécritures
Année : 2015 | Académie : Amérique du Nord
Corpus Corpus 1
La réécriture des mythes anciens

La réécriture des mythes anciens • Invention

fra1_1506_02_02C

Objets d’étude L

60

Amérique du Nord • Juin 2015

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Dans l’extrait des Troyennes d’Euripide, le Coryphée prie Hécube de détruire l’effet de l’éloquence d’Hélène qui « parle bien / alors qu’elle agit mal ». Imaginez cette tirade d’Hélène, prononcée devant Ménélas, Hécube et le Coryphée.

Vous veillerez à bien tenir compte des informations apportées par le texte introductif. Vous écrirez votre texte en prose ou en vers.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre du texte à produire : tirade de théâtre (en prose ou en vers).
  • Sujet/thème du texte : la fuite d’Hélène et son attitude après cet enlèvement.
  • Type de texte : « se défendre », « le débat » : le texte est argumentatif. C’est un plaidoyer.
  • Situation d’énonciation : qui ? Hélène (1re personne), à qui ? Ménélas, Hécube et le Coryphée.
  • Niveau de langue : celui du texte d’Euripide : soutenu.
  • Registre : celui du texte d’Euripide, tragique.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Tirade de tragédie (d’Hélène) ? (genre) qui raconte et argumente sur (type de texte) sa fuite et son infidélité conjugale (thème) tragique, pathétique (registre) éloquente, émouvante, poignante (adjectifs), pour justifier son attitude et (buts).

Chercher des idées

Il y a peu de choix à faire. Ce sont essentiellement la qualité rhétorique, l’éloquence (« qui parle bien ») et la façon de présenter les faits qui comptent.

La forme : un « pastiche » sérieux

Impératif essentiel : partir du texte d’Euripide, être cohérent avec lui et avec les éléments du mythe d’Hélène.

Vous devez analyser précisément le style d’Euripide pour l’imiter : conserver les événements mais les présenter de façon favorable à Hélène ; créer le pathétique, recourir à des termes valorisants, donner à Hélène des valeurs morales, la présenter comme une victime.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Les réécritures : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Helène. – Hélène infortunée ! Te faut-il donc mourir ?

Ô dieux, ne laissez pas telle horreur se produire !

Cher époux, (montrant Hécube) croiras-tu ces femmes en furie,

Observez

Le pastiche est une imitation du style d’un auteur, différente du plagiat et de la parodie. Il est hommage à un modèle.

Qui me couvrent de boue ? Infâme calomnie !

Pourrais-tu supposer ton épouse infidèle ?

Voudrais-tu immoler une femme – ah, cruel ! –

Qui t’aime, te respecte, et t’honore à la fois,

Qui, dans son grand malheur, garda pure sa foi ?

Oui, je le dis tout haut, je te restai loyale,

Non, je n’ai pas failli lors de ce jour fatal

Où je fus arrachée de force à ma patrie,

À l’époux bien-aimé qu’à présent je supplie.

Ne parviendrai-je pas à te fléchir ? Hélas !

Mais cette fuite à Troie, je ne la voulus pas !

Pâris me contraignit : qu’eussé-je donc pu faire,

Face à cet homme armé, cet ignoble corsaire,

Qui me surprit, en traître, en mes appartements ?

Que la déesse Héra me foudroie si je mens !

Digne divinité, je t’invoque et supplie,

Ne permets pas ma mort ! Tu le sais, tu me vis

Te prier jour et nuit pour l’époux que j’aimais,

Que je te suppliais de toujours protéger.

Tu m’entendis souvent vouer aux gémonies,

Maudire ce Pâris, ce ravisseur haï.

Je n’ai rien négligé pour revenir à toi,

Cher époux, j’ai prié tous nos dieux mille fois

Pour qu’ils fassent périr le parjure au combat,

Pour qu’au champ de bataille il cède devant toi,

Pour que je te retrouve, et que tu me ramènes

À Sparte, où Ménélas chérissait son Hélène.

Oh bienheureux moments où rien ne séparait

Deux époux attachés au bonheur de l’aimé !

Le croiras-tu ? Pour toi j’allais risquer ma vie !

J’avais tout préparé pour fuir ce lieu maudit,

Prête à braver pour toi le plus terrible sort,

Je désirais m’enfuir. Mais Pâris, là encore,

Prévenu par un garde, à nouveau fut plus fort.

Je n’eus d’autre loisir que de pleurer, dès lors,

L’impuissance où j’étais de faire mon destin,

Ne pouvant même pas à ma vie mettre fin.

Mon époux bien-aimé, seras-tu inflexible ?

Hélas, écoute-moi, ne sois pas insensible,

Regarde ces bijoux dont je me suis parée,

Que tu m’offris jadis, lorsqu’encor tu m’aimais !

Je les mis ce matin parce que je savais

Qu’en ce jour tu viendrais, que je te reverrais.

Témoins de cet amour que je te porte encore,

Ils te montrent aujourd’hui que je suis un trésor

Intègre, intact, et pur, et que tu dois chérir !

Mon époux bien-aimé, ne me fais pas périr !

Ceux-là (montrant Hécube et le Coryphée) me calomnient, ne les écoute pas,

Ta femme t’en conjure, et n’espère qu’en toi.