Imaginez le récit que peut faire Horace à un ami de sa rencontre avec Agnès.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Antilles, Guyane
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La rencontre amoureuse
 
 

La rencontre amoureuse • Invention

Théâtre

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Antilles • Juin 2012

Séries ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> Dans l’extrait de L’École des femmes, Agnès raconte à Arnolphe sa rencontre avec Horace. Imaginez le récit que peut faire Horace à un ami de cette même rencontre.

Votre texte sera une scène de théâtre en prose.

Comprendre le sujet

  • Sujet : « la rencontre » d’Agnès et d’Horace.
  • Genre : « scène de théâtre ». Respectez-en les caractéristiques formelles (répliques précédées du nom du personnage). Attention ! Molière écrit en vers ; vous, vous devez écrire en prose.
  • Type de texte : « récit » indique que le texte est narratif. L’accent doit être mis sur le récit d’Horace ; l’ami peut dire quelques répliques mais ne doit pas se substituer à lui.
  • Thème : « cette même rencontre » indique que vous devez reprendre les éléments informatifs du texte de Molière sans transformation ni incohérence, mais avec inventivité (ne pas recopier le texte source).
  • Registre : logiquement, ce doit être celui de la scène, le comique.
  • Situation d’énonciation : qui parle ? Horace ; à qui ? un ami ; quand ? après la rencontre ; où ? non précisé.
  • Niveau de langue : dans la mesure du possible, adoptez un langage adapté au contexte de la pièce (le xviie siècle), assez soutenu.
  • « Définition » du texte à produire à partir de la consigne.

Scène de théâtre en prose (genre) dans laquelle Horace raconte (type de texte) à un ami (situation d’énonciation) la rencontre d’Agnès avec Horace (thème), comique (registre).

Chercher des idées

  • Le personnage d’Horace

Vous devez donner à Horace une personnalité. On peut imaginer toutes sortes d’Horace (naïf, cynique, romanesque, libertin…) pourvu qu’il soit cohérent. Pour cela, il faut bien identifier et analyser ses sentiments.

  • Le registre comique : récapitulez et utilisez les procédés comiques que vous connaissez (de gestes, de répétition, de mots, de situation, etc.).
  • Le contexte : c’est celui du xviie siècle, donc pas d’anachronismes. Vous pouvez imiter le langage d’Agnès ou recourir au langage précieux (hyperboles, exclamations, métaphores, périphrases, adjectifs substantivés…).
  • Donnez à votre récit de la vivacité et du rythme.

Remarque : le récit qu’on vous demande d’écrire, Molière l’a inséré dans sa pièce (I, 4), mais il est en vers et s’adresse… à Arnolphe !

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Valère. – Quoi, tu ne vas pas venir ce soir chez Camille ?

Horace. – Non ! Combien de fois me tuerai-je à te le répéter ? Que ne comprends-tu donc pas dans « non » ?

Valère. – Quelle extravagance de refuser d’aller voir une agréable personne, à qui tu rends visite depuis plus de six mois !

Horace hésite puis se décide. – J’ai rencontré hier une jeune personne qui… J’ignore son nom. Tout ce que je sais, c’est que c’est la créature la plus charmante que j’aie jamais vue ! D’une beauté céleste, d’une innocence lumineuse ! Et des yeux aux mille feux, mon ami, d’une douceur sans pareille !

Valère, à part. – Une niaise ! (À Horace, d’un air complaisant) Sans doute !

Horace le regarde, méfiant, puis avec passion. – Tout en elle n’était que perfection : sa taille fine, ses doigts délicats, son regard doux, et ses cheveux tombant en vagues d’or… Camille n’est que vulgarité à côté d’elle !

Valère, à part. – Et voilà pour Camille ! (À Horace) Ensuite ?

Horace. – Je ne savais que faire ! Tantôt je m’approche, tantôt je n’ose bouger… Elle, tout à son ouvrage, ne me voit pas aussitôt. Je me désespérais d’attirer jamais son attention quand elle lève enfin la perle de ses yeux sur moi. Je défaille… D’un coup, je me sens prêt à tout ! À renier mes parents, à forcer la loi, à mourir au combat, à trahir mes amis, à… enfin, à en venir à toutes les extrémités pour ces beaux yeux-là !

Valère. – Et… ?

Horace, d’un air fier. – Je l’ai saluée.

Valère, après quelques instants de silence. – Est-ce là tout ?

Horace. – Oh, toi, tu n’as jamais senti ces doux transports… T’es-tu jamais senti faiblir et trembler sous le regard d’une femme dont tu sais qu’au moindre geste déplacé, tout est perdu ? Moi-même, je ne l’ai compris qu’hier, sous son regard limpide et pur ! Camille n’était qu’une passade…

Valère, à part, à la fois révolté et amusé. – Oh, le goujat ! (Tout haut) Achève !

Horace. – Cette délicieuse créature me rendit mon salut, avec une courtoisie à laquelle se mêlait une grâce infinie. Que faire ? Je craignais de l’effaroucher. Je pris mon courage à deux mains : je la saluai une seconde fois !

Valère. – Merveilleuse invention !

Horace. – Mais après cela, je ne sus plus que faire.

Valère. – Je t’ai connu plus entreprenant et audacieux auprès de Camille…

Horace. – Que veux-tu, je n’aimais pas alors ! Voilà qui rendait l’entreprise furieusement plus aisée ! Je dus donc m’éloigner, mortifié. Mais je ne pus me résoudre à la quitter ainsi, sans un mot ! Je n’y tins plus : je retournai la saluer. Elle me rendit mon salut !

Valère, avec ironie. – Assurément ! La belle conversation que voilà !

Horace. – Tu n’y entends rien !

Valère. – Et combien de temps dura cette plaisante pantomime ?

Horace. – Je ne sais… Je me vis forcé de partir : il se faisait tard. Mais je m’en allai décidé à la revoir au plus vite. J’ai dans ce dessein mandé Nérine de l’entretenir de mon amour. Je l’ai enjointe de me retrouver secrètement ici pour éclairer mon cœur sur la situation de cette aimable beauté. Ah, je vais bientôt apprendre son nom ! Et je suis résolu à tout faire pour obtenir sa main ! Ni mes parents, ni les dieux ne sauront arrêter l’impétuosité de ma passion ! (Jetant un coup d’œil à la coulisse.) Ah, voici venir Nérine ! Ô extase d’amour ! Conçois-tu mon bonheur ?

Valère, à part. – Dans son état, il serait capable de faire quelque folie et de s’aller jeter dans quelque fâcheuse affaire ! Ne le quittons pas…