Imaginez qu’au lieu de disparaître, le Spectre engage le dialogue avec les personnages présents.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Les réécritures - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
À quoi bon les réécritures ?
 
 

À quoi bon les réécritures ? • Invention

Objets d’étude L

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France métropolitaine • Septembre 2012

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> « Horatio. – Reste ! Parle ! Je te somme de parler. » Imaginez qu’au lieu de disparaître, le Spectre engage le dialogue avec les personnages présents.

Votre texte s’intégrera de manière cohérente dans le dialogue shakespearien.

Comprendre le sujet

Faites la « définition » du texte à produire, en analysant la consigne.

Dialogue théâtral (genre) entre le Spectre et les personnages de la scène (situation d’énonciation) sur l’assassinat du père d’Hamlet et peut-être sur les événements à suivre (thème) pour dramatiser la situation, pour révéler tout ou partie du passé et du sort du Spectre (buts).

Chercher des idées

  • Le sujet vous laisse une large marge d’invention : ni le type de texte, ni le sujet, ni le(s) registre(s) ne sont précisés. Vous devez :
  • choisir et préciser le(s) sujet(s) que va aborder le Spectre : les circonstances de son assassinat et sa souffrance ? sa rancune, son horreur face à l’ambition et à la culpabilité de Claudius, le meurtrier du roi ? méditation sur l’abjection, la fragilité de la condition humaine ? événements à venir (voir « quelque catastrophe étrange ») ? Servez-vous des lignes d’introduction précédant l’extrait et de votre éventuelle connaissance de la pièce ;
  • chercher des procédés pour rendre compte de l’effroi des personnages : exclamations, hyperboles, répétitions, vocabulaire de la peur…
  • choisir un registre : l’identité des personnages, la situation et la scène de Shakespeare suggèrent le tragique.
  • Ne commettez pas d’anachronismes : Hamlet date de 1603.
  • Les émotions et les sentiments des personnages doivent apparaître à travers leurs répliques : ceux des « personnages présents » sont à tirer du texte de Shakespeare ; ceux du Spectre sont à inventer (mais n’oubliez pas qu’il s’agit d’un roi fier).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le théâtre, les réécritures : voir mémento des notions.

Corrigé

Les passages en rouge sont des réécritures des scènes 2 et 4 de l’acte I de la pièce de Shakespeare.

Horatio. – Reste ! Parle ! Je te somme de parler !

Le Spectre, tonnant, sans regarder les trois hommes. – Quel mortel ose me donner des ordres ?

Horatio, moins sûr de lui. – Je te demande de parler et de nous éclairer sur les raisons de ta venue.

Marcellus, le poussant à bout de bras. – Interroge-le, Horatio.

Bernardo, même jeu. – Il voudrait qu’on lui parle.

Horatio, luttant contre les deux soldats. – Mais arrêtez ! Voyez comme il nous regarde de ses yeux terribles…

Le Spectre, plus fort. – Quel mortel ose me donner des ordres ?

Marcellus, même jeu. – Il est offensé.

Bernardo, même jeu. – Il a le même aspect que le roi défunt…

Horatio, luttant toujours. – Oui, oui, j’ai vu !

Bernardo et Marcellus, réfugiés en bout de scène. – Interroge-le, Horatio.

Horatio, se relevant. – Moi, Horatio, ami du très noble prince du Danemark Hamlet, je te supplie de nous éclairer sur les raisons de ta venue.

Le Spectre, soudain attentif, regarde Horatio. – Hamlet, prince de Danemark !

Notez bien

Si vous connaissez l’œuvre dans laquelle votre texte doit s’insérer, vous pouvez en tirer parti et « réécrire » un peu : cela prouve que vous avez de la culture et vous évite de composer un texte en contradiction avec le texte source.

Horatio. – Si tu as un son, une voix dont tu fasses usage, parle-nous ! Pourquoi toi, corps mort, viens-tu tout couvert d’acier, revoir ainsi les clairs de lune et rendre effrayante la nuit ? Et nous, bouffons de la nature, pourquoi ébranles-tu si horriblement notre imagination par des pensées inaccessibles à nos âmes ? Dis ! Que veux-tu de nous ? (Le Spectre lui fait un signe.)

Le Spectre, avec mépris et ironie. – Qui est votre roi, Horatio ?

Bernardo et Marcellus, toujours à l’écart, bas. – Il est offensé !

Horatio. – Le roi Claudius de Danemark…

Le Spectre, tonnant. – Claudius ! Mon frère ! Sur le trône ! Catastrophe, désastre, ruine ! Dans quels abîmes de perdition s’enfonce mon pays !

Marcellus. – Oh ! Comment pouvez-vous ?…

Bernardo. – Il exagère !

Horatio. – Votre frère ? Vous êtes donc notre roi défunt revenu parmi nous ?

Bernardo et Marcellus, au bout de la scène. – Interroge-le, Horatio !

Le Spectre. – Ton souverain est donc le roi Claudius de Danemark, et non le roi Hamlet ! Ô déchéance du royaume, ô honte, ô déshonneur !

Bernardo, bas à Marcellus. – Non, vraiment, il exagère !

Horatio. – Silence, vous !

Le Spectre. – Horatio, ami de Hamlet, prince de Danemark, je te déclare solennellement que ton roi est un infâme tyran.

Bernardo, bas à Marcellus. – Un tyran, un tyran… Il a épousé la reine Gertrude un peu vite, certes, mais tout de même !

Marcellus. – Mais vas-tu te taire à la fin !

Le Spectre, oubliant Horatio, et se dirigeant vers les deux soldats. – Comment ! Claudius de Danemark, époux de la reine Gertrude ! Parle !

Marcellus, poussant Bernardo à bout de bras. – Réponds-lui.

Le Spectre. – Parle !

Bernardo. – Votre Grâce, votre royal frère a épousé la reine Gertrude deux semaines après vos funérailles.

Le Spectre, après un lourd silence. – De force ?

Bernardo, croyant bien faire. – Non, votre Grâce ! La reine en semble très heureuse…

Horatio, horrifié. – Bernardo, silence !

Le Spectre. – Très heureuse ? (Il réfléchit. Horatio et les deux soldats le regardent avec inquiétude.) Elle aurait donc contribué à l’attentat ? Ignoble vipère confite dans la luxure et le crime ! Le Danemark serait-il à ce point corrompu par le vice ? Quelle infâme pourriture ronge mon peuple ?

Bernardo, à Horatio et Marcellus. – Pourriture, pourriture… Il y va fort !

Horatio. – Silence, enfin !

Le Spectre, sans l’entendre. – Horatio, ami d’Hamlet, prince de Danemark ! Je te somme, moi, Hamlet1, de m’amener mon fils ici, la nuit prochaine, à la troisième veille ! Jure-le sur ce qui t’est le plus cher !

Horatio. – Sur l’honneur de mon ami, le prince de Danemark, je jure de vous l’amener la nuit prochaine, ici même, à la troisième veille. Mais pourquoi voulez-vous revoir votre fils ?

Le Spectre. – Pour qu’il me venge.

Horatio. – Et de quoi, juste ciel ?

Le Spectre. – De l’acte le plus ignoble qui ait jamais été commis. Écoutez…

Horatio. – Je frémis… Quel acte ? Parlez, Seigneur…

Le Spectre. – Écoutez et tremblez ! Oui, je suis l’esprit de votre roi, infortuné père du prince Hamlet. On a fait croire que, tandis que je dormais dans mon jardin, un serpent m’avait piqué. Mais sachez-le, le serpent qui a mordu votre roi mortellement porte aujourd’hui sa couronne.

Bernardo, Marcellus, Horatio, ensemble, horrifiés. – Votre frère ? Notre roi, un régicide ? Est-ce possible ? Notre sang se glace !

Le Spectre. – Je vais vous révéler son forfait dont le récit va faire se hérisser chacun de vos cheveux sur votre tête comme des piquants sur un porc-épic furieux. Pendant que je dormais, cet être immonde s’est glissé près de moi avec une fiole pleine d’un poison funeste, rapide comme le vif-argent, qui fait cailler, comme une goutte d’acide fait du lait, le sang le plus limpide et le plus pur. Voilà comment dans mon sommeil la main d’un frère me ravit à la fois existence, et couronne, et femme !

Bernardo, Marcellus, Horatio, ensemble. – Hélas ! Pauvre ombre ! Qui pourra te venger ?

Le Spectre. – Je prends à témoin le Ciel et les Enfers, et je jure que ces deux crimes ne resteront pas impunis. Prends garde, ô Claudius, elle est longue et douloureuse, la chute d’un roi du haut du pinacle ! Prends garde, ô Gertrude, elle est triste et infâme, la disgrâce d’une épouse parjure ! Mais l’heure est arrivée où je dois retourner dans les flammes qui servent à mon tourment (le Spectre disparaît dans les profondeurs. Lourd silence, puis de dessous la terre :) Souvenez-vous de moi !

Marcellus. – Qu’en dis-tu, Horatio ?

Horatio. – Tout cela ne présage rien de bon, Marcellus. Je crains fort que ne viennent de sombres jours. Allons parler à Hamlet…

1. Le roi défunt, père du prince Hamlet, s’appelait lui aussi Hamlet.