Imaginez que Robinson, depuis son naufrage, tient un journal, sorte de carnet de bord où il consigne les événements marquants qui se produisent sur l’île, ses réflexions, ses états d’âme…

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2016 | Académie : Amérique du Nord

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Amérique du Nord • Juin 2016

Série L • 16 points

Littérature et vision du monde

Écriture d’invention

Imaginez que Robinson, depuis son naufrage, tient un journal, sorte de carnet de bord où il consigne les événements marquants qui se produisent sur l’île, ses réflexions, ses états d’âme…

Vous rédigerez les pages de ce journal intime qui correspondraient à différents moments de découverte et de partage tels que celui évoqué dans le texte de Michel Tournier (texte D). Vous enrichirez cette évocation par une réflexion autour des éléments importants de l’existence humaine.

Voir le texte de Michel Tournier.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre du texte à produire : « journal intime/carnet de bord ». Respectez-en les caractéristiques formelles.

Sujet/thème : « les événements marquants qui se produisent sur l’île, ses réflexions, ses états d’âme… » ; « l’existence humaine ».

Type de texte : « événements », « découverte », « expérience » texte narratif ; « réflexions » : texte argumentatif.

Niveau de langue : ni trop soutenu ni trop familier.

Caractéristiques du texte à produire, à définir à partir de la consigne :

Extrait de journal intime (genre) de Robinson (situation d’énonciation/auteur) qui raconte (type de texte) des événements sur l’île (thème), qui rend compte (type de texte) de ses états d’âme (thème), qui argumente (type de texte) sur la condition humaine (thème), (registre) pour garder le souvenir de son séjour et réfléchir sur l’homme (buts).

Chercher des idées

Il reste des choix à faire. C’est une réelle écriture d’invention, une sorte de réécriture, dans laquelle vous pouvez vraiment montrer votre créativité.

Le fond

Chaque événement raconté doit être le départ d’une analyse intérieure psychologique (émotions, sentiments) mais aussi d’une réflexion (« éléments… de l’existence humaine »).

La forme

Journal intime : dates précises ; utilisation de la 1re personne du singulier ; vocabulaire affectif ; vocabulaire de la réflexion.

Le registre : au choix. Mais il peut être lyrique, pathétique, didactique.

Corrigé

Corrigé

Nous vous proposons des extraits d’un devoir d’une élève de 1re L (L. C.) qui a composé en temps limité.

Mercredi 21 novembre 1759

Aujourd’hui nous avons terminé la forteresse. Nous y avons travaillé deux semaines, Vendredi et moi – je l’appelle ainsi car je l’ai trouvé un vendredi, c’est toujours mieux que « Eh ! » ou « Oh toi je te parle ! ». Je lui ai expliqué à quoi servait une forteresse, mais il ne comprend toujours pas son utilité. Ce n’est pas compliqué pourtant : défendre ses biens et ses propriétés est vital dans une société. Vendredi a encore beaucoup à apprendre ! Avec son aide j’ai aussi commencé à cultiver du maïs ; la période des moissons arrive dans quatre mois. Grâce à la poudre trouvée dans la caisse de Tenn j’ai fabriqué de la dynamite. J’en ai placé à des endroits précis autour de la forteresse, inaccessibles à Tenn pour qu’il ne fasse rien exploser et j’ai expliqué à Vendredi de ne pas marcher par là. La valeur d’un homme se mesure à sa force et à sa capacité à se défendre et, moi qui ai créé une nouvelle société dans mon île, je tiens à ne pas la voir détruite.

Jeudi 29 novembre 1759

Comme le temps passe vite ! Il y a exactement deux mois je suis arrivé ici. Je n’ai encore pas vu de bateau au loin, mais j’ai préparé des feux partout autour de l’île au cas où j’en apercevrais un. Vendredi a hâte de voir le « monde des barbus » comme il l’appelle – il est toujours fasciné par ma barbe. Bien qu’il progresse de jour en jour et semble mieux comprendre son rôle dans notre société, il se comporte parfois comme un enfant de cinq ans. L’autre jour, je l’ai retrouvé caché dans la fosse où j’avais découvert Tenn, en train de fumer un de mes cigares et de converser avec quelqu’un…, bien qu’il n’y eût personne.

Vendredi 7 décembre 1759

Je suis abasourdi, furieux et désespéré. J’ai tout perdu ! Tout mon travail parti en fumée ! Bien que Vendredi s’excuse depuis des heures, je n’ose lui répondre de peur de le frapper au sang, car je sais qu’il ne l’a pas fait exprès. Je l’avais prévenu mais il ne retient rien. Je suis comme lui maintenant : un simple sauvage prisonnier d’une île qu’il croyait sienne. L’explosion n’a duré qu’une seconde mais je peux encore entendre son bruit fracassant. Il ne me reste que mon carnet, un pot d’encre et ma plume que je garde toujours sur moi. Maintenant je ne vois plus l’utilité de m’appliquer : la vérité est que la société n’est qu’illusion ! Les calendriers ne me servent plus… De toute manière, qui me sauvera d’ici ? La supériorité entre moi et Vendredi n’a plus aucun sens quand je suis aussi démuni que lui. Dans la pauvreté, tous les hommes se ressemblent…

Un jour ensoleillé, je dirais en avril… ou mars, 1760

Cela fait longtemps que je n’ai pas utilisé ce carnet. Je l’ai retrouvé aujourd’hui dans la poche de mon pantalon, que je ne porte plus, car j’ai toujours chaud. Sa lecture m’a redonné l’envie d’écrire. Je me suis rendu compte que c’étaient cette « belle vie » et cette « société » qui m’empêchaient de trouver le bonheur. La dernière fois que j’ai écrit, le 7 décembre 1759, j’étais désespéré, je suis très heureux aujourd’hui. Vendredi et moi sommes devenus très proches depuis l’explosion. Voyant ma désolation, il m’a aidé à considérer la vie autrement. Au début, je refusais de la vivre comme lui, comme un « vulgaire jeu », mais j’ai finalement compris qu’il était peut-être cent fois plus intelligent que moi. Je ne regrette pas de m’être échoué ici et je ne me verrais heureux nulle part ailleurs. C’est seulement ici que je peux goûter à la liberté, sans règles et sans contraintes inutiles. J’ai réalisé que Vendredi n’est pas un sauvage, c’est un savant ami de la nature. Je me sens comme un jeune étudiant avide de savoir à côté de lui, toujours à l’écoute de ses récits. Il a su m’apprendre quelque chose que je n’aurais jamais cru ressentir un jour : l’émerveillement. Voilà ce qu’est « l’homme véritable » : celui qui ne cesse de s’émerveiller.