Imaginez, sous la forme d'un monologue intérieur, les réflexions et la méditation d'un monument

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Les réécritures
Type : Écriture d'invention | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine

 

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France métropolitaine • Juin 2016

Série L • 16 points

Réécrire un mythe et surprendre

Écriture d’invention

 Imaginez, sous la forme d’un monologue intérieur, les réflexions et la méditation d’un monument installé depuis longtemps dans un lieu de votre choix : il s’interroge par exemple sur sa raison d’être, le comportement des hommes, son devenir, etc.

Les textes du corpus sont reproduits ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « monologue intérieur » renvoie non pas au théâtre mais à un genre narratif. La focalisation est interne.

Sujet du monologue intérieur : soi (« sa raison d’être »), son destin (« devenir »), les « hommes ».

Type de texte : « réflexions/méditation ». Le discours est argumentatif.

Situation d’énonciation : Qui ? « un monument » (à déterminer ; vous utiliserez les indices de la 1re personne) ; à qui ? à soi-même.

Niveau de langue : courant.

Le registre ne vous est pas indiqué.

« Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Monologue intérieur (genre), qui médite et argumente sur (type de texte) soi-même, sa raison d’être, son destin, les hommes (thèmes), ? (registre), pour faire le point sur soi, le monde, la vie (buts).

Chercher des idées

Les choix à faire

Le monument et sa situation : vous avez un large choix, mais le monument doit être « installé depuis longtemps ». Quelques suggestions, non limitatives : la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, Notre-Dame, la colonne de la Bastille, le Mont-Saint-Michel, le pont du Gard… mais aussi des monuments étrangers : la Grande Muraille de Chine, la statue de la Liberté de New York, etc.

Le registre dépend de l’identité du monument et de la teneur de ses réflexions. S’il se lamente, le registre sera élégiaque, voire pathétique ou tragique. S’il est heureux de son sort, le monologue peut être lyrique. N’excluez pas le comique et l’humour.

Le fond et la progression

Vous devez faire des allusions au passé, donc connaître un peu l’histoire du monument (construction, créateur, transformations). Il peut aussi se projeter dans l’avenir.

Il peut évoquer l’utilisation artistique qui a été faite de lui (sur la tour Eiffel : poèmes, peintures ; sur le pont Mirabeau, le poème d’Apollinaire ; Notre-Dame et le roman de Hugo…) ; cela mettra en valeur votre culture.

Les réflexions portent sur : les événements marquants que le monument a vécus ; le lieu où il se trouve (urbanisation, pollution) ; le comportement des hommes (admiration, oubli, respect, souci ou mépris du patrimoine).

La forme, l’écriture

Il s’agit d’une prosopopée. Elle peut éventuellement prendre la forme d’un poème.

Vous devez faire part de vos sentiments (qui doivent être en cohérence avec le cadre, les circonstances) et donc utiliser le vocabulaire de l’affectivité.

« Réflexions », « méditations » suggèrent un vocabulaire moral et philosophique, existentiel.

Le texte ne doit pas avoir la rigueur dans sa progression d’un texte argumentatif, avec connecteurs logiques et fil conducteur : il s’agit de la liberté d’un « flux de conscience », qui juxtapose les pensées et les réflexions au gré de la méditation.

 Pour réussir l’écriture d’invention : voir lexique méthodologique

 La question de l’homme/les réécritures : voir mémento des notions

Corrigé

Corrigé

Notez bien

La prosopopée consiste à faire parler un mort, un être absent, un animal, une chose personnifiée, une abstraction.

Tempus fugit.

Le temps fuit, oui, et me voilà bien changé ! Quelle gloire n’avais-je pas au temps de Vespasien et de Titus ! À qui n’en imposais-je pas, moi qui, d’Amphithéâtre flavien, suis devenu le Colisée, le Colosse de Rome ! moi qui fus l’hôte de spectaculaires courses de char et de grandioses naumachies ; moi, dont les cavea ont vu s’empresser tout Rome pendant des siècles, de la plèbe au patriciat ; moi dont l’hypogée a renfermé les plus impressionnantes bêtes féroces ; moi dont les gradins ont accueilli d’illustres sénateurs ; moi enfin, dont la loge impériale a vu siéger le grand Trajan, Hadrien le lettré et Marc-Aurèle le philosophe ! N’ai-je pas été, en vérité, le joyau et la gloire de Rome ?

Oh, j’ai aussi eu mes Commode et mes Héliogabale. J’ai vu dans mon arène le rétiaire qui bien souvent recouvrait le mirmillon de son filet ; j’ai vu le pouce baissé de l’empereur qui refusait la grâce des gladiateurs ; et j’ai vu d’innombrables Chrétiens livrés aux lions. Les hommes sont cruels, impitoyables, aveugles… La gloire a ses cruautés sans lesquelles elle ne saurait s’édifier.

Mais les Barbares sont arrivés et j’ai vu ma ruine s’amorcer pour ne plus jamais s’arrêter. Rome, la maîtresse du monde dont j’étais le flambeau, fut mise à sac ; et moi, je me suis vu vide et désolé, avec mes souvenirs de grandeur et mes reliefs de gloire. Jusqu’où ne suis-je pas tombé, moi le Colosse, quand j’ai servi de vulgaire carrière de marbre à tout Rome ! Oh cruel souvenir de ma gloire passée ! Il me blesse aujourd’hui avec le plus d’acuité. Car, si l’on se bouscule à nouveau en mon sein, c’est non plus pour contribuer à ma gloire mais pour contempler ma ruine. Au lieu d’empereurs, de bêtes féroces, de farouches gladiateurs, j’ai droit à des touristes flanqués d’énormes appareils photos, affublés de casquettes grotesques et recouverts de crème solaire. Ils regardent sans voir. Au lieu de s’enthousiasmer devant les voluptés sanglantes du jeu terrible de la survie et de la mort, ils se satisfont d’une photo prise à la hâte pour prouver qu’ils ont marché sur les pas de Caracalla et de Constantin. Et – coup de grâce ! – ils vont acheter ensuite, à prix modique, une de mes répliques miniatures d’un goût atroce dont ils feront leur porte-clefs. Moi, le Colosse, une miniature ! Saint Augustin condamnait la fascination d’Alypius pour le spectacle cruel que je déployais sous les yeux de ce jeune homme, mais n’est-ce pas un spectacle plus cruel encore que celui que j’offre maintenant, géant éventré, à cette populace avide de vulgaires selfies, qui n’a plus rien à voir avec la foule farouche et captivée que j’accueillais dans mes entrailles, et qui réclamait toujours du pain, certes, mais surtout des jeux !

Le temps fuit, oui, et avec lui tout passe. De formidable colosse, me voilà devenu simple attraction. Eussé-je pu choisir, j’aurais supplié Genséric de me raser complètement : car la mort subite vaut mieux que l’érosion lente et inexorable de mes splendides murailles de jadis.

Sic transit gloria mundi.